LES CIVILISATIONS NÉGROAFRICAINES
Pendant plusieurs siècles, le continent noir pourtant berceau de l’humanité a vécu en quasi-autarcie. Il fut coupé du reste du monde, du néolithique à l'âge de fer. Grecs et Romains n’avaient visité que les régions de la partie nord, sans pousser plus en avant leurs entreprises. Malgré cet isolement, l'Afrique a vu de grandes civilisations se développer sur son sol ; mais elles sont longtemps restées méconnues de l’Europe et du monde en général. On pourrait trouver d’autant plus étrange cette méconnaissance, que nombre de découvertes quant au passé de ce continent, sont dues à des scientifiques européens. Mais de manière subjective voire arbitraire, tout ce qui touchait à son patrimoine culturel ou artistique, a longtemps été qualifié de « primitif. » Serait-ce parce que la plupart de ses peuples n'ont pas utilisé l'Écriture pour fixer leur histoire, ayant pratiqué la seule tradition orale ? Qu’à cela ne tienne, l’usage de l’oralité n’a toutefois jamais empêché la pratique de bon nombre de disciplines scientifiques - cas de l'Égypte antique -, au sein des civilisations africaines. Pendant très longtemps, cette tradition orale a également servi de vecteur naturel dans la transmission des connaissances en Europe où, faut-il le rappeler, jusqu’au XIIIème siècle, seule une minorité d’aristocrates savait lire et écrire. À Tombouctou, haut lieu de culture, dès le XIIème siècle l’université de Sankoré soutenait avantageusement la comparaison avec les universités européennes. Là s’enseignait depuis bien longtemps la géométrie, l’astronomie et l’arithmétique. Les maîtres qu’ont été le Soninké Kati, le Manding Bagayogo ou le savant peul Ahmed Baba sont, il est vrai, fort peu connus. Ben que les Romains n’eussent colonisé que la région septentrionale du Continent (notamment Carthage et en Numidie), ils connaissaient cependant les royaumes de Nubie et d'Éthiopie, quoique ce dernier se fût replié sur ses hautes terres après la ruine d'Axoum, au VIème siècle. Les Romains entretinrent des relations suivies avec les
Afris, d’où découle le nom d’Afrique. Ces
Afris étaient de fameux guerriers de la tribu des Awragas, qui occupaient le sud de la Tunisie. Ainsi, après avoir servi à désigner les habitants des possessions carthaginoises, le qualificatif d’Africains fut-il étendu (par les Romains) aux autres peuples du Continent noir. Pour ce qui est de son peuplement, après bien des mutations de erectus à sapiens, la fin du premier processus de migrations internes a fixé de façon presque définitive, des
Homo sapiens dans divers espaces africains. Ces groupes de peuples sont qualifiés d’« autochtones », parce qu’ils ont toujours vécu, là où ils se trouvent encore aujourd'hui, en luttant pour maintenir leurs cultures, leurs langues et leurs modes de vie. Ce sont entre autres, les peuples des forêts humides d'Afrique centrale comme les pygmées, qui pratiquent la chasse et la cueillette. D’autres comme les Masaï et les Samburu d’Afrique de l'Est, sont des nomades pastoraux.
Quant aux San (ou Bochimans) d’Afrique australe, ils ont presque tous disparu, sous la pression d’un environnement humain et culturel moins ancien mais hostile. Pendant longtemps ces peuples « autochtones » ont occupé de vastes territoires, avec leurs propres organisations sociales, langues, croyances et histoire. Jusqu’à nos jours ils se reconnaissent et s’identifient encore à leurs clans, à leurs tribus, à leurs ethnies, à leurs chefs et à leur territoire. Cependant, à coté de ces peuples stabilisés depuis des millénaires, dans l’espace et dans le temps, un véritable brassage de populations s’est opéré sur l’ensemble du continent noir et accouché de grandes civilisations. Dès les premiers millénaires de l’histoire de l’humanité - notamment au cours des périodes paléolithique et néolithique, le rôle tenu par le continent noir fut de tout premier ordre. Nombreux sont ses peuples – bien que usant de l'antique média de l'oralité -, qui ont mis sur pied des ensembles politiques, économiques et culturels des plus élaborés. L'Afrique a vu naitre et s'épanouir des civilisations aussi prestigieuses que celles de la
Nubie, du
Grand Zimbabwe, de l'
Éthiopie, de
Ghana, du
Mali>, de Nok, d’Ikbo Ukwo, d’Ifé - au nord du Nigeria actuel – et qui ont livré pendant plus d’un millénaire, des chefs-d’œuvre parmi les plus exceptionnels et surprenants connus à ce jour, meublant les plus grands musées et que recherchent encore les plus avertis des collectionneurs du monde entier.
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