Culture et Histoire



SOUNDIATA KEITA

Cependant, dans la région les candidats à la succession d'un empire en pleine décomposition ne manquaient pas. Le souverain tout puissant du royaume soninké du Sosso, Soumangourou Kanté, finira plus tard de détruire Koumbi Saleh et ce qui restait du grand empire du Ghana, affirmant par-là sa volonté de prendre la relève. Après la défaite de ses armées, le Ghana devait sombrer dans une anarchie indescriptible. Des bandits de grands chemins pratiquaient le rapt d'esclaves qu'ils revendaient ensuite aux maures. Pour mettre fin à ce commerce infâme qui ne correspondait pas vraiment aux habitudes traditionnelles de la plupart des royaumes africains, Soumangourou Kanté proposa une alliance aux souverains mandings. Ces derniers qui l'ont toujours méprisé du fait de son appartenance à la caste inférieure des forgerons, déclinèrent l'offre.

Ce contentieux allait peser lourd par la suite car, vexé, Soumangourou Kanté, au lieu d'abolir cette forme d'esclavage, la reprendra à son compte. A la tête dune des plus puissantes armées de l’époque, il sèmera la terreur dans la région pendant plusieurs années. Cette situation inquiétait les populations du pays manding. Dans cette région, de petites principautés ont longtemps évolué dans une relative coexistence pacifique. Des clans familiaux ou tribaux y ont administré des organisations économiques, sociales, politiques et culturelles d'une grande cohésion. Devant la menace expansionniste des royaumes voisins, la première entreprise de réunification pour faire face, fut l’œuvre des Keïta, originaires de Narena dont la principauté se situait entre Siguiri et Kita. Ce premier royaume qui fut une sorte de confédération, sera tout d'abord dirigé par Hamana en 1150, ensuite par Djigui Bilali en 1175 qui cédera le trône, en 1200 à Moussa Keïta. Le fils de ce dernier, Naré Famaghan, sera leur premier conquérant en s'emparant de quelques territoires au Sud et de toute la rive droite du haut Niger. Naré Famaghan est le père du plus illustre des souverains manding, Soundiata Keïta.

La légende raconte que le petit Soundiata était infirme et se traînait à quatre pattes jusqu'à l'âge de sept ans. Après avoir conquis le pays manding, le roi du Sosso Soumangourou Kanté, fit exécuter tous les princes des ethnies locales. C'est miraculeusement que le jeune Soundiata échappa à ce châtiment. Plusieurs fois exilé à Ségou et en pays voltaïque - actuel Burkina Faso -, loin des intrigues de palais et des exactions des troupes occupantes Sossos, il attendit son heure. Excédé par l'asservissement et le déshonneur de son peuple, le Conseil des anciens décida de faire appel au prince manding pour libérer le pays. Soundiata Keïta n'eut aucun mal à lever une armée auprès de populations d'ethnies différentes mais toutes hostiles au pouvoir du roi de Sosso. A la tête de cette armée hétéroclite, le prince manding devait attaquer en 1234, les unités avancées de l'armée de Sosso. La victoire des combattants Sossos plus expérimentés que les hommes de Soundiata, fit vite comprendre au jeune prince que l’heure de la défaite n’avait pas encore sonné pour Soumangourou Kanté et sa puissante machine de guerre. Une certaine légende disait du chef Sosso, qu'il était invulnérable car aucune flèche n'avait su l'atteindre sur le champ de bataille grâce à son immense talent de magicien. Aussi, chez les Keïta on emploiera la ruse en offrant la propre sœur du prince manding à Soumangourou Kanté, en signe d'allégeance. Fidèle à sa réputation de grand amateur de femmes, le souverain Sosso succomba au charme de la jeune et belle Méniamba Souko, qui réussit à lui soutirer le secret de son invulnérabilité. Seul un ergot de coq blanc pouvait le tuer. Légende ou réalité magique africaine, toujours est-il que la bataille de Kirina qui devait s'engager peu de temps après, fut fatale à Soumangourou Kanté. De part et d'autre, d'importantes forces allaient s'affronter à coup de flèches empoisonnées et de lances, dans une sanglante bataille de fantassins. L'armée de Soundiata qui était composée de chasseurs armés de lances, de boucliers et de redoutables archers, allait prendre le dessus. La victoire des armées mandings permit à Soundiata Keïta de se débarrasser du roi du SossoSosso dont on ne retrouva jamais le corps. Soundiata avait vaincu et soumis ses troupes. Le prince manding avait également annexé son royaume en même temps que ses dépendances qui s'étendaient du Baghana à la cité de Koumbi Saleh, ancienne capitale du Ghana.


LES GRANDS EMPIRES OUEST-AFRICAINS AU XIIIè et XIV ème siècle
Ghana prédécesseur du MALI


Soundiata sera proclamé Mansa unique (souverain suprême), du pays manding par tous les nobles des quarante principautés qui seront ainsi fédérées. Ce nouvel empire prendra le nom de Mali. Après la chute du Sosso, Soundiata Keïta étendra sa domination sur une partie du Sénégal et les principales sources aurifères de la région.

Le nouveau souverain malien n’abolira pas l'esclavage domestique mais, tout commerce de captifs maliens avec les Maures ou les Arabes, serait puni de mort. Soundiata organisera l’empire du Mali d'une manière décentralisée. Près de 400 villes étaient réparties en une vingtaine de provinces subdivisées en cantons. Toutes ces entités administratives étaient gérées par des autorités religieuses ou politiques qui étaient responsables devant le souverain. Dans cet empire qui connaissait déjà l’industrie de la métallurgie et du fer, comme la plupart des autres Etats africains, Soundiata introduira la culture du coton, de l’arachide, des papayes et le développement de l’élevage. L’empire du Mali au moment de son apogée - XIVème siècle -, s'étendra de la région nord de la Guinée à Tombouctou, et des côtes atlantiques du Sénégal et de la Gambie à Gao sur le fleuve Niger. Les principales ressources de l’empire, provenaient de l'or, des impôts frappant le bétail, des récoltes, de taxes douanières et de butins de guerre.

Comme le Ghana, l’empire du Mali évoluait dans un environnement de grande tolérance religieuse et culturelle. Plusieurs ethnies qui se sont longtemps fait la guerre ailleurs, ont vécu au Mali en parfaite harmonie. Les intellectuels et marchands venus du monde arabe ou des autres royaumes négro-africains, séjournaient et commerçaient en toute sécurité avec les Maliens. Comme l’Egypte, la Nubie, le royaume d’Ethiopie ou l’empire du Ghana, le Mali sera l’un des premiers Etats africains véritablement connus avec précision.

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