SAMORA MACHEL

De religion protestante, Samora Machel est le fils d'un petit chef shangaan (en portugais, changane) de la province de Gaza.
Il est scolarisé à la mission catholique la plus proche, où il gagne le surnom de « rebelle » mais, suite à la mort de son frère dans
une mine en Afrique du Sud, Samora Machel est obligé de cesser ses études, faute de crédits. Il parvient néanmoins à débuter une
formation d'infirmier et est embauché à l'hôpital de Lourenço-Marquès. Il devient ensuite l'infirmier personnel attaché à une doctoresse
portugaise.
En 1961, Machel rencontre Eduardo Mondlane, un intellectuel mozambicain en lutte contre le colonialisme portugais au Mozambique, de retour
au pays à la tête d'une mission pour le compte de l'ONU. En 1963, Samora Machel quitte son épouse et choisit de rejoindre la lutte indépendantiste
contre la puissance coloniale portugaise. Machel intègre le Frelimo (Front de libération du Mozambique) et rejoint son chef, Mondlane, à Dar es Salaam.
Il suit alors une formation militaire en Algérie et fait partie le 25 septembre 1964 des 250 guérilleros du Frelimo qui déclenchent la lutte armée
contre le Portugal.
En 1966, il devient secrétaire à la défense du Frelimo, succédant à Filipe Magaia, mort au combat.
En 1968,
Machel devient commandant en chef des forces armées et entre au comité central du Frelimo. Après l'assassinat d'Eduardo Mondlane
en 1969, il accède à la direction du parti au sein d'un triumvirat avec Marcelino dos Santos et le révérend Uria Simango.
Samora Machel représente alors l'aile marxiste et multiraciale face aux tenants du courant africaniste.
Dès 1970, il s'impose face à ses deux rivaux et prend seul la direction du mouvement de libération marxiste.
Josina Mutemba, sa seconde femme, rencontrée en Tanzanie, meurt en 1971 d'une leucémie. En 1973, il refait sa vie avec Graça Simbine.
En 1974, au Portugal, les militaires renversent Marcelo Caetano (successeur du dictateur Salazar), dans le contexte de la Révolution des œillets.
Les nouveaux dirigeants souhaitent mettre fin aux guerres coloniales que l'armée portugaise mène en Afrique, en accordant l'indépendance
à ses possessions (Mozambique, Angola, Guinée-Bissao, São Tomé et Príncipe et Cap-Vert). Le Frelimo est alors l'interlocuteur privilégié du
Portugal.
Le 7 septembre 1974, à Lusaka, est signé un accord de cessez-le-feu et fixé un calendrier, prévoyant un gouvernement provisoire,
l'indépendance du Mozambique et des élections pluralistes. Dès la période de neuf mois de transition qu’il partage avec le Portugal
avant l’indépendance, le FRELIMO écrase toute opposition. Les anciens militants Lázaro Kavandame, Uria Simango, Paulo Unhai,
Kambeu et Prêtre Mateus Gwengere sont détenus, sous le prétexte de s’être alliés à des éléments de la communauté blanche lors
du soulèvement du 7 septembre 1974 contre l’octroi du pouvoir exclusivement au FRELIMO (Mateus Gwengere est kidnappé au
Kenya, où il s’était exilé, et ramené secrètement au Mozambique). La même vague attrape Joana Simeão, qui n’avait jamais
été membre du FRELIMO mais avait créé un parti (GUMO – Groupe Uni du Mozambique) prétendument pro-occidental,
lequel proposait un modèle basé sur le pluralisme et l’économie libre (ironiquement, le FRELIMO adopterait ce modèle
quelques années plus tard, lorsqu’il renonça au marxisme). Tachés de «traîtres» et d’«ennemis», ils purgent un certain temps
dans des campos de reeducação (camps de rééducation) et, après un jugement sommaire présidé par Machel lui-même selon
les lignes dites «révolutionnaires» et «populaires», ils sont exécutés. Un autre dissident du FRELIMO, Miguel Murupa, réussit
à se réfugier au Portugal, de même que Máximo Dias (n.º 2 du GUMO), Domingos Arouca et Pereira Leite (bien que ces
deux derniers avaient autrefois été des adversaires du régime colonial). L’avocat Willem Gerard Pott, qui avait eu une activité
considérée comme progressiste pendant l’époque coloniale, est décrié, du fait de ne pas avoir démontré une fidélité inconditionnelle au FRELIMO,
et finit par mourir en prison suite à des humiliations (comme, par exemple, être exhibé à moitié nu sur la voie publique).
Le Mozambique devient indépendant le 25 juin 1975.
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