KWAME NKRUMAH

Kwame Nkrumah est né le 21 Septembre 1909 à Nkroful dans le sud-ouest de ce qui s'appelait alors la Côte d'Or ou Gold Coast, une colonie britannique Fils unique, son nom "Kwame" vient du fait qu'il est né un samedi. Comme étudiant, Nkrumah a été séduit par la vision du Dr Kwagyir Aggrey, diplômé aux Etats-Unis, qui était convaincu que le salut des noirs, comme aux USA, pouvait venir de leur auto-amélioration par une meilleure éducation. Nkrumah a commencé sa carrière comme enseignant dans une école religieuse, avant de devenir rapidement principal. Il a tenté de créer un environnement de haut niveau pour ses élèves, en créant des clubs littéraires, des sociétés académiques, ou en invitant des personnalités à venir discuter avec les élèves Pendant ce temps, la grogne contre la puissance coloniale britannique, menée par
J. B. Danquah
et les planteurs de cacao montait, dans un pays qui commençait à rêver d'indépendance. Convaincu d'être appelé à jouer un rôle historique dans l'indépendance de son pays, Nkrumah estimait que son éducation n'était pas encore au niveau qui devait être celui d'un futur leader, et a pris la décision de continuer ses études aux Etats-Unis. Il arrive aux Etats-Unis en 1935, bien décidé à compléter son bagage académique. Son arrivée là-bas est un choc lié à l'extrême pauvreté qui le caractérisera. Il lui arrivera de dormir dans les rues, et pour financer ses études, il sera contraint d'accepter des petits boulots bien éloignés de ses capacités : vendeur de poisson, ouvrier agricole, ou encore employé d'usine. Il a pu développer ses talents d'orateur, qui s'avéreront très utiles par la suite, en participant à des meetings religieux.
Nkrumah a également étendu son répertoire politique en assistant à des meetings politiques socialistes et communistes. Son séjour aux Etats-Unis lui a permis d'étudier en détail la politique américaine, son histoire et toutes ses subtilités, et de voir dans quelle mesure le Ghana, voire l'Afrique entière pourraient en bénéficier. C'est naturellement à cette occasion qu'il a pris conscience de la force que l'unité d'un état a conférée aux Etats-Unis, et a commencé à rêver de la puissance qu'un tel schéma produirait en Afrique. Nkrumah a fait ses débuts d'auteur aux Etats-Unis, publiant en 1943 Education and Nationalism in Africa, puis Towards colonial freedom une vive dénonciation de la colonisation, dépeinte comme un moyen de priver les indigènes du droit que Dieu leur avait offert de connaître la prospérité. Il quitte les Etats-Unis en 1945 solidement diplômé. Bachelor of Science degrees en Economie et Sociologie, Bachelor of Theology degree et Master of Philosophy degree. Il avait également quasiment terminé son doctorat en philosophie. Sa prochaine destination : l'Angleterre, le pays qui maintenait la Gold Coast sous sa domination. Kwame Nkrumah arrive à Londres en 1945, et établit très rapidement des contacts avec la diaspora de son pays présente à Londres. Il devient rapidement membre d'un groupe se réunissant tous les Jeudi et Samedi après-midi chez le Dr Hastings Kamuzu Banda. Ce groupe était composé d'éminents politiciens, dont une grande partie joua par la suite un grand rôle en apportant l'indépendance à leur pays :
Kenneth Kaunda (Zambie),
Jomo Kenyatta (Kénya),
Joshua Nkomo (Zimbabwé),
Julius Nyerere (Tanzanie),
Kojo Botsio,
Harry Nkumbula (Zambie), et bien d'autres. Nkrumah continue son apprentissage politique en suivant des cours de politique et de socialisme à la London School of Economics and Political Science. Sa plus importante activité fut de participer au West African Secretariat, et il devint très rapidement un des hommes-clé du Mouvement Pan Africain, et fut en particulier le Secrétaire-Général du 5è Congrés pan-africain qui se tint à Manchester en 1945. Pendant la préparation de ce congrès, il rencontra le socialiste Indien
George Padmore
, et une grande amitié personnelle, ainsi qu'une connivence idéologique naîtra entre les deux hommes. Ils ont rédigé ensemble la déclaration de clôture du Congrès qui demandait, de façon très vigoureuse, une libération de l'Afrique pour une auto-administration. Leur collaboration a continué bien après ce congrès, ils ont ensemble inondé Londres et tous les centres de décision anglais de moult pamphlets et protestations, tant et si bien que le nom " Nkrumah " devint rapidement synonyme de la lutte pour l'indépendance de la Gold Coast.
Le 14 Novembre 1947, Kwame Nkrumah met un terme à son séjour anglais, et prend le bateau pour retourner dans son pays, fermement décidé à mettre un terme à la domination anglaise. Après 12 ans d'absence, Kwame Nkrumah retrouve son pays le 10 Décembre 1947. Il retrouve un pays encore sous forte domination britannique, mais un pays résistant de plus en plus à la puissance coloniale. Une forte répression était en cours, les britanniques voulant tuer dans l'œuf toute velléité d'indépendance : les grèves furent interdites, certains responsables politiques furent exhilés de force, et les responsables britanniques suspectés de sympathie avec les indépendantistes perdirent leur poste. Nkrumah devint rapidement le Secrétaire Général du principal parti United Gold Coast Convention (UGCC) dirigé par
J.B. Danquah,
et commencera rapidement un tour du pays qui lui permettra de révéler ses talents d'orateur, et de montrer sa puissante rhétorique, tout en lui permettant de prendre le pouls du pays, et de sentir que ce dernier commence à rêver de plus en plus d'indépendance et d'auto-détermination. Il met sur pied une campagne pacifiste, destinée à mettre en difficultés l'administration britannique. Au programme, boycott des produits européens, grèves de plus en plus fréquentes, ralentissement de l'économie. Le
28 Février 1948 marquera un tournant de l'histoire d'un pays où rien ne sera plus comme avant. D'anciens militaires manifestaient pacifiquement, et surtout sans leurs armes, quand l'armée anglaise ouvrit le feu. 63 d'entre eux furent tués ou gravement blessés. 5 jours d'émeutes conduisirent l'administration britannique à décréter l'état d'urgence et à emprisonner tout l'état-major de l'UGCC, dont Kwame Nkrumah. Le calme ne revint pas totalement, et sous la pression, l'Angleterre dut mettre sur pied un plan qui devait ultimement conduire le pays à l'indépendance. Dans le même temps, selon certaines sources, convaincu que l'UGCC ne comprenait pas totalement sa vision, Nkrumah démissionna de ce parti pour fonder le CPP ou Convention Peoples Party. D'après d'autres sources, il en fut exclu pour avoir mené une campagne de désobéissance civile. Quand des municipales furent organisées en 1950, bien qu'emprisonné cette année là, Nkrumah connut un grand succès puisque son parti gagnera avec 22 780 voix sur 23 122 votants. Libéré en 1951, Nkrumah continua la lutte pour l'indépendance, et progressivement l'Angleterre lâcha prise. Le
05 Mars 1952,
Kwame Nkrumah est nommé Premier Ministre. Le
18 Novembre 1956
une date est trouvée pour l'indépendance, et celle-ci sera le
06 Mars 1957.
Après plusieurs années de lutte, Kwame Nkrumah peut savourer son triomphe, ce
06 Mars 1957,
c'est devant une foule enthousiaste qu'il déclare l'indépendance de son pays. Le nom du pays sera changé, de
Gold Coast
il deviendra
Ghana, du nom d'un des plus anciens empires ouest-africains. Nkrumah prononcera un discours qui fera date, et qui montre qu'au moment où son pays accède à l'indépendance, toutes ses pensées vont déjà vers les autres pays africains qui eux n'ont pas encore été libérés car, d'après lui, l'indépendance du Ghana n'a aucun sens, tant que les autres pays n'auront pas été eux aussi libérés du joug colonial. Nkwame Nkrumah :
Nous re-dédions maintenant notre action à la lutte pour émanciper les autres pays car l'indépendance du Ghana n'a aucun sens, tant qu'elle n'est pas liée
A une libération totale du continent noir.
Nkrumah sera d'ailleurs l'un des pères-fondateurs de L'
OUA ou
Organisation de l'Unité Africaine, qui voit le jour en 1963. Mais l'aide qu'il propose aux autres pays ne sera pas acceptée, les différents leaders préférant ici et là jouer leur carte personnelle. Après l'indépendance, Nkrumah met sur pied une politique volontariste et ambitieuse, destinée à permettre au Ghana d'évoluer, et de s'affranchir de ses limitations antérieures. En particulier, il voulait développer l'agriculture afin qu'elle ne dépende plus du seul cacao, ce qui, en cas de chute des prix, aurait mis le pays dans une situation délicate. Il voulait également réduire la dépendance du pays par rapport aux manufacturiers étranger, et sortir le Ghana de son rôle de fournisseur de matières premières. Tout ceci s'est traduit par la construction de nombreuses routes, d'hôpitaux, d'université, et d'une foule de projets industriels, dont un très ambitieux barrage hydro-électrique sur la Volta. A l'indépendance, les prix du cacao étaient à de très haut niveau, ce qui a permis à cette politique d'être mise en application, et à Nkrumah d'être un leader respecté et adoré par ses administrés. Si l'histoire s'était arrêtée là, l'étoile de Nkrumah serait restée très haute dans le firmament des leaders africains…
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