CHAKA ZOULOU
CHAKA LE CONQUÉRANT :
CAVALIER NÈGRE DE L’APOCALYPSE
Les Anglais tout au long de leur séjour africain, feront face à des conflits plus ou moins meurtriers. L'un d'entre eux et non des moindres, restera gravé en noir, dans les annales de leur histoire militaire. Un grand peuple de guerriers, lors d'une bataille mémorable, leur a fait face victorieusement : les Zoulous, que les tribus ennemies surnommaient les Lifakanis (ou ceux qui hachent et taillent l'ennemi en pièce). Ces redoutables prédateurs s'appelaient entre eux, Ama zoulous (les célestes). Les populations zoulous ont mis au point dès la fin du XVème siècle, une organisation socio-économique et militaire disciplinée, de type spartiate. A la tête de cette puissante organisation, un homme exceptionnel, bâtisseur de nation et resté dans la légende des grands chefs africains :
Chaka Zoulou. Ancien berger, il s'est révélé très tôt comme un grand stratège militaire. Les guerriers n'gunis feront d’abord appel à
Chaka pour commander leur armée dans des guerres d’expansion, mais il restera
par la suite au pouvoir pour réorganiser cette nation. Chaka disait :
Je ressemble à ce grand nuage où gronde le tonnerre. Alors mon peuple s'appellera
Zoulou c'est-à-dire, le ciel. Les victoires de ses armées sur d'autres nations
guerrières sont mémorables. Au cours de ce que l’histoire africaine
retient sous le nom de
Mfécane ( le temps des troubles), les peuples de
l'Afrique australe ont été victimes de guerres fratricides, de destructions et
de famine. Mais
Chaka n’en jeta pas moins les bases d'une nouvelle configuration
démographique, militaire, économique et sociale. Sur les débris de peuples en quête
de refuge et d’habitat, et les ruines des micro-sociétés et chefferies n'gunis,
Chaka unira par la force tous les clans environnants dans une structure centralisée pour bâtir une nation homogène qui survivra jusqu'à nos jours.
Sous son règne les armées zoulous compteront jusqu'à 100 000 hommes répartis en
une centaine de régiments où étaient enrôlés des guerriers de 16 à 60 ans.
Chaka
était également un remarquable administrateur qui a créé et développé un empire
prospère englobant des territoires qui s'étendaient sur 3000 km jusqu'aux limites
du lac Victoria et qui occupera tout le Natal moderne. Chaka n'eut pas à combattre
directement les puissances européennes. Mais tous ses successeurs, animés de
l’impulsion qu’il avait libérée, se sont dressés contre les visées européennes.
Chaka mourut assassiné en 1828 par son frère Dingane qui le remplacera sur
le trône. Ce dernier sera néanmoins piégé par les Boers. Chassés par les Anglais
des contrées qu’ils occupaient, les Boers demanderont à Dingane la permission de
s’installer sur des terres du Natal. Mais quand ils arriveront en masse, ils
massacreront 3000 Zoulous et le chef Dingane. Le fait d'armes anticolonialiste
le plus spectaculaire qui est resté dans l’histoire africaine, eut lieu lors de
la bataille de Hisandhlawana gagnée par les Zoulous sous le commandement du chef
Cetiwayou en 1879, contre les troupes britanniques. Sur ordre de la reine
Victoria, le gouverneur anglais décida à Pietermaritzburg dans le Natal (Afrique du Sud),
de mettre fin à l'éternel problème zoulou. Le représentant local de la couronne
intima au roi
Cetiwayou l'ordre de démilitariser son royaume et de faire
allégeance à sa majesté Victoria reine de toute l'Afrique. Sans se faire
d'illusions sur la suite des événements, les armées de sa majesté sous la
direction du colonel Danford, s'organisèrent en même temps pour se préparer
à la guerre. Cette fois, les Anglais pour liquider définitivement la puissante
organisation guerrière Zoulou, avaient renforcé leur puissance de feu en introduisant
pour la première fois des armes redoutables comme l'ancêtre des mortiers. Les troupes
britanniques étaient également équipées d'un nombre impressionnant de canons et de
fusils modernes. A la tête d'une telle armée, Lord Chelmsford pensait pouvoir en finir
avec un adversaire dont les guerriers n'auront que des sagaies à opposer au cours
de ce qu'il avait baptisé lui-même «l'ultime bataille». Ainsi, les autorités
coloniales britanniques lancèrent un ultimatum à
Cetiwayou par l'intermédiaire
d'un messager. La réponse du chef africain ne se fit pas attendre : un Zoulou
ne respecte que les lois zoulous. Et
Cetiwayou d'ajouter que si les Anglais
avaient réussi à s'implanter de l'autre côté du fleuve, ils seraient bien inspirés
d'y rester car la seule souveraineté légitime chez les Zoulous était celle incarnée
par ses chefs qui n'avaient pas d'ordre à recevoir d'une femme étrangère et qui se
prétendait reine de l'Afrique. Au demeurant, les Anglais n'attendaient pas d'autre
réponse. Lord Chelmsford décida une attaque préventive, histoire d'impressionner
les Zoulous par une démonstration de force sans précédent et leur enlever le goût
de se battre. Grossière erreur de ce général très médiatique pour l'époque qui
rêvait d'être présenté à Londres comme le vainqueur du redoutable peuple zoulou
naturellement rebelle à l'autorité victorienne. Fin stratège, Cetiwayou avait
déjà envoyé des «déserteurs» volontairement tombés entre les mains des britanniques
pour bombarder leur état-major de fausses informations tant sur la direction des
troupes zoulous que sur les intentions de leur chef. Après les avoir baladés des
jours durant en différents points du pays,
Cetiwayou, expert dans l'art des mouvements
de troupes et du camouflage, décida de se montrer. Les Anglais se retrouvèrent nez
à nez avec les milliers de guerriers de l'immense armée zoulou surgie de nulle part.
Le général Chelmsford et le colonel Danford bien qu’impressionnés par cette marrée
de fantassins remarquablement disposés, ne doutèrent pas un instant de l'issue
finale car ils avaient avec eux un armement plus meurtrier. Toutefois, les
académies militaires britanniques trop méprisantes, n'enseignaient pas à
leurs élèves les techniques guerrières zoulous.

Guerrier zoulou
Comme dans la plupart des civilisations négro-africaines, le vrai combat est un corps
à corps où les réelles qualités de courage, de force et d'endurance du guerrier se révèlent.
Tous les chefs zoulous qui se sont succédés au pouvoir depuis 1828, avaient gardé
l'organisation initiée par Chaka. Une arme à lancer pouvant développer la peur,
les réflexes d'éloignement voire la fuite, on équipera les guerriers Zoulous,
d’armes à portée rapprochée. Pour préparer le combat, on s'équipe d'une petite
sagaie courte à lame très large
(Mokondo), de hache
(Chaké), et d'un bouclier en
peau de bœuf. Ces armes à courte portée, obligent le guerrier zoulou à chercher
le contact avec l'ennemi dont il peut voir les yeux et flairer la peur ou la bravoure.
Ainsi, chaque jeune guerrier de cette armée à discipline de fer, est avant tout entraîné
au corps à corps et dans les confrontations de masse, les Zoulous ont adopté la technique
du
«rabattage». Comme beaucoup d'autres tribus guerrières africaines, les Zoulous se sont
inspirés des techniques de la chasse aux fauves ( antilopes ou buffles). Par des battues,
les chasseurs africains obligent d’abord le gibier à se rabattre avant de frapper. Dans
cette stratégie appliquée à la guerre, les combattants zoulous des ailes
(unités volantes),
doivent se préparer au sacrifice pour permettre l'arrivée des unités d'élite du centre sur
l'ennemi et engager le corps à corps qui marque le vrai début du combat. Pour parvenir à
cette phase, peu importe le nombre de guerriers tombés pour la nation zoulou.
On n'attaque pas en ordre dispersé mais en
Impi, c'est-à-dire en formations
soudées en arc de cercle dans des rangs compacts et qui avancent toujours tout
droit sur l'ennemi. De chaque côté de ces formations qui attaquent, se déploient
les unités volantes des ailes. Elles sont formées par de jeunes guerriers rapides
et agiles qui ont pour mission d'empêcher l'ennemi de décrocher et de le rabattre
toujours vers le centre. Au centre de l’armée zoulou, se trouvent les combattants
les plus expérimentés qui constituent le noyau de choc au moment de la confrontation finale.
Ainsi, quand l'ennemi entre en contact avec le centre zoulou, c'est qu'il est pris au piège.
Tout recul ou retour en formation sans arme d'un guerrier zoulou, est immédiatement
puni de mort. Durant des heures, les troupes britanniques verront tomber sous
leurs tirs de mortiers, de canons et de fusils, des dizaines de jeunes guerriers
des unités volantes des ailes, mais très peu du centre. Quand les Britanniques
furent directement confrontés aux unités du centre de l'armée zoulou,
ils furent très vite submergés. Cette armée rodée sur tous les champs
de bataille d'Europe et dont les anciens sous les ordres du général Duc
De Wellington avaient battu la grande armée de Bonaparte, était ce jour-là
décimée par les guerriers zoulous. Les Britanniques laisseront 1300 morts sur
le champ de bataille (800 Européens et 500 auxiliaires locaux). Dans leur fuite
désespérée pour sauver le drapeau anglais, quelques rares unités survivantes
furent rattrapées et massacrées sans pitié.
Cette bataille, devaient écrire
les historiens anglais,
est la pire défaite jamais infligée à une armée moderne
par des troupes indigènes. La défaite de
Hisandhlawana devait provoquer la chute
du gouvernement Disraeli. Avant de quitter le parlement londonien, le Premier
ministre
Benjamin Disraeli Comte de Beaconsfield posa cette question à la fin des débats :
Qui sont ces Zoulous, quel est ce peuple remarquable qui a vaincu nos guerriers,
converti nos évêques et qui a aujourd'hui mis fin à une grande dynastie ? Il faudra
aux Britanniques, faire venir d'importants renforts d'Angleterre pour battre
Cetiwayou au terme d'une guerre de trois ans. Mais les Zoulous
se révolteront à nouveau de 1906 à 1908, deux années au cours desquelles
de sanglants combats les opposeront encore aux troupes britanniques.
Et longtemps après le protectorat anglais, quand les Sud-Africains blancs
instaureront le régime raciste et ségrégationniste de l'
Apartheid,
ils se garderont bien de provoquer ce peuple, préférant s'en faire des alliés objectifs. Cela était d'autant moins compliqué que, en dehors de toute considération ethnique, les Zoulous n'ont toujours désiré qu'un développement autonome et surtout séparé des Blancs. Jusqu'à une période récente, chaque fois qu'ils se soulèveront, quels que soient les motifs, ils feront trembler toute la société sud-africaine même si à leur tête le chef Mangusutu Bouthélézi a échangé la tenue de guerre de
Chaka

Danseuses zouloues
Extraits de l’ouvrage : L’empire de Chaka Zoulou de Tidiane N’Diaye;
Aux Editions L’Harmattan , Paris.
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