PANAFRICANISME
Le Panafricanisme est le mouvement politique et culturel, qui vise à unir les Africains et les descendants d'Africains, hors du continent noir,
ainsi qu'à encourager un sentiment de solidarité entre les populations du monde africain. Ce mouvement glorifie le passé des civilisations négro-africaines
en stimulant la fierté de leurs descendants dépositaires de ces valeurs. Sur le continent Kwame Nkrumah père de l’indépendance du Ghana, est aussi, le
véritable père du panafricanisme. Il fut l’un des tous premiers à rêver d’une Afrique unie, comme les Etats-Unis, un continent qui ne serait plus utilisée
comme simple réservoir de matières premières pour l’Europe, mais une puissance économique viable.
Cependant le panafricanisme n’est pas né sur le continent noir, mais dans la diaspora. Il s’est développé à travers « un triangle compliqué
d’influences atlantiques » entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Ce projet est historiquement le produit logique des conditions et des conséquences du commerce triangulaire. Les esclaves africains de diverses origines et leurs descendants se sont trouvés placés dans un système d’exploitation inhumain, du fait de leurs origines. Dans la nuit de l’esclavage, ces peuples déportés, soumis à une oppression totale, continuaient à vivre, à créer, à épanouir leurs cultures en terre étrangère, mais aussi, à inventer un rêve de retour à l’Afrique. Le panafricanisme met l’accent sur leur expérience commune, pour développer la solidarité et la résistance à l’exploitation, considérant que les différences culturelles ou d’origine sont secondaires. Aux caraïbes et en Amérique du Nord à la fin du XIXème siècle, il y eut une longue et parfois violente confrontation opposant les autorités et les propriétaires esclavagistes aux Nègres libres et aux Nègres esclaves. Parmi les personnalités qui participèrent à la naissance du panafricanisme, quatre hommes des caraïbes se démarquent. Ils se différencient nettement des autres penseurs de leur génération : Edward Wilmot Blyden, Anténor Firmin, Henry Sylvester Williams et Benito Sylvain. Ils seront à l’origine de l’organisation de la première conférence panafricaine organisée à Londres en 1900. C’est à ce rendez-vous que fut adopté le mot « Panafricanisme», pour qualifié un mouvement qui avait jusque-là existé sans nom pendant plus de cent ans. Ainsi dans un contexte plus large, le panafricanisme avait tout d’abord été la réponse des esclaves noirs du Nouveau Monde, à la condition d’infériorité qui leur était faite. Puis il devint une volonté d’affirmation de leur africanité, doublé d’un fort désir de retour dans leur mère patrie africaine, berceau d’une culture et d’une civilisation authentiques.
Toutefois, selon les époques considérées, le panafricanisme désignait des courants assez différents. Il est apparu tour à tour comme un mouvement
philosophico- racial, culturel et politique. Ces trois courants se sont parfois confondus dans l’esprit de ses concepteurs. Influencé par l’œuvre de
Booker T. Washington, Marcus Mosiah Garvey né en Jamaïque créa aux Etats-Unis l’Association Universelle pour l’Amélioration du Noir (UNIA).
En 1914, il pensait être prêt à œuvrer, pour réunir les peuples noirs du monde entier, dans un seul grand ensemble, avec un pays et un gouvernement.
Garvey était infailliblement dévoué à la doctrine de la race avant toute autre chose. Précurseur du panafricanisme, il se fait le chantre de l’union des
noirs du monde entier à travers son journal The Negro World et le promoteur obstiné du retour des descendants des esclaves noirs vers l’Afrique
(ce qu'on appelle le "Back to Africa"). Son constat est sans appel :
« Partout, le Nègre est marginalisé, maintenu de force au bas de l’échelle sociale
de l’humanité, parce que noir. Sans la moindre considération, ni pour ses qualités humaines, ni pour ce qui pourrait être son intelligence ou ses dons.
Nulle part, le Nègre ne jouit de la moindre dignité humaine ; partout, il est serf, esclave, "peone" »

Garvey déclara ainsi dans les premiers éditoriaux du « Negro’s World » :
« L’Afrique doit être libérée, et nous devons tous vouer notre vie, notre
énergie et notre sang à cette cause sacrée » Il est à noter que Garvey a toujours eu conscience que le pouvoir passait par l’information.
Ainsi, en a-t-il fait une priorité absolue de son combat. Dès ses débuts, Mosiah avait manifesté cette volonté obsessionnelle
de disposer de
ses propres moyens de communications et d’informations sans lesquels toute lutte serait inutile, puisque perdue d’avance dans les médias et
dans l’opinion. Voilà pour quels motifs Marcus Garvey consacrera énormément de son temps et de son énergie dans divers journaux.
Il en créa en tout et pour tout sept. Cette exigence (s’il est utile de la rappeler), nous devons la faire notre encore aujourd’hui. Cela,
tout en sachant que les médiums propices à l’expression de nos idées sont des plus nombreux (journaux, radios, télévision, cinéma, internet...)
et qu’aucuns de cela ne doivent être délaissé. Ainsi, après avoir savamment mit en place un puissant moyen de communication, visant à répandre
les idées panafricanistes et à leur donner un écho suffisant, en fin stratège qu’il est, Garvey peut maintenant prétendre avancer ses pions sur
l’échiquier mondial et commencer à appréhender les modalités de mise en place d’un véritable Etat Noir. Mais avant tout il pense utiliser son
Black Star Line, une compagnie maritime transatlantique, créée en 1919 qui avait pour but de "servir de lien entre les peuples de couleur du
monde dans leurs rapports commerciaux et industriels". Elle fut entièrement financée par "la souscription et l'émission d'actions acquises par
des personnes noires ordinaires, attirées par l'idée d'une « nation nègre indépendante » conceptualisée par Garvey". Cet élan de solidarité
permit rapidement à Garvey l'acquisition de quatre autres paquebots transatlantiques (dès 1922). Ceci répandit une onde de choc parmi
l'establishment blanc international : "Voilà un homme qui, non seulement avait compris que la seule voie vers l'accession au pouvoir politique
passait par la puissance économique, mais utilisait les deux avec une habilité stupéfiante. La mise en route de la Black Star Line constituait le
couronnement de son action et laissait entrevoir ce qu'une nation noire unie pouvait effectivement accomplir sous l'influence d'un leader
entreprenant et créatif". Quelques temps plus tard il fut emprisonné. Au pays de Garvey la Jamaïque, le mouvement Rastafari est né du
panafricanisme. Une autre grande figure de cette lutte est W. E Burghart Du Bois, qui participe d’une manière décisive à la théorisation du
panafricanisme au début du XXème siècle. Co- Fondateur aux Etats-Unis de l’Association Nationale pour l’Avancement des Personnes de
Couleur (NAACP) en 1909, Dubois est le principal responsable de l’organisation des cinq congrès panafricains entre 1919 et 1945. Du point
de son expression culturelle, le panafricanisme s’est ensuite manifesté à travers le mouvement de la Négritude, développé par Césaire, Senghor,
Tirolien et Damas. La Négritude fut un mouvement de pensée, qui a donné naissance à la maison d’édition « Présence Africaine » créée par
Alioune Diop en 1947. En 1956, l’équipe intellectuelle de « présence africaine » organisa à Paris le premier congrès international des écrivains
et artistes noirs, symboles de l’universalité de la culture noire. Son deuxième congrès tenu à Rome en Mars 1959, mit l’accent sur le refus de l’
assimilation culturelle. Quant au premier festival mondial des arts Nègres qui se déroula à Dakar en Avril 1966, celui d’Alger en juin 1969 et de
Lagos en 1974, ils s’inscrivaient dans l’esprit d’une expression littéraire et artistique du Panafricanisme. Dans une acception plus politique,
le panafricanisme se présente comme un moyen de libération coloniale, de consolidation de l’indépendance et de réalisation de l’unité
africaine que les Africains, croyant en un destin commun, se proposent de réaliser. Deux personnalités marquantes ont véritablement
théorisé le Panafricanisme après la deuxième guerre mondiale. Il s’agit du Jamaïcain George Padmore et bien sur de Kwame Nkrumah.
Dans « Panafricanisme ou communisme », Padmore raconte le combat historique des africains et des peuples d’ascendance africaine
pour leurs droits et leur autodétermination dans l’unité. Son ouvrage était une réponse à une certaine propagande nourrie, qui présentait
tout activisme politique ou revendication visant à obtenir l’indépendance, comme étant d’inspiration communiste. Quant à Nkrumah,
il proposait dans « l’Afrique doit s’unir», la création des Etats-Unis d’Afrique. Selon l’intellectuel ghanéen, l’unité politique, économique
et militaire serait la seule condition efficace, pour relever le défi posé par la balkanisation de l’Afrique et sa domination par le monde
occidental. Le Panafricanisme de Nkrumah sera par la suite qualifié de révolutionnaire et marxisant, par opposition au panafricanisme
modéré ou minimaliste qui à généré l’Organisation de l’Unité Africaine(OUA) tout comme l’Union Africaine(UA).
LES PÈRES DU PANAFRICANISME
Booker Taliaferro Washington
Booker Taliaferro Washington (5 avril 1856 – 14 novembre 1915 ) fut enseignant, écrivain et surtout un militant qui défendit les droits des
Américains noirs. Washington est né esclave, d'un père blanc et d'une mère noire
EDWARD WILMOT BLYDEN (1832 - 1912)
Né le 3 août 1832 à Saint-Thomas, une des colonies danoises des Caraïbes, et descendant d'esclaves, Edward Wilmot Blyden devint l'une
des personnalités internationales les plus brillantes du monde africain et caraïbe. Connaissant plusieurs langues, dont le français, l'allemand,
le grec, l'hébreu et l'arabe, il exerça des fonctions d'enseignement tout d'abord, au Liberia et en Sierra Leone.
JOSEPH-ANTÉNOR FIRMIN (1850 – 1911).
Joseph Anténor Firmin (18 octobre 1850 - 1911) est un homme politique et intellectuel haïtien. Anténor Firmin est candidat à la présidence
à la fin du XIXe siècle. Ministre de Florvil Hippolyte en 1891, il résiste aux pressions des États-Unis, qui voulaient installer une base militaire
en Haïti, au Môle Saint-Nicolas.
Henry Sylvester-Williams
Henry Sylvester-Williams né en 1869, mort en 1911, était un avocat et un écrivain britannique. Né en 1869, mort en 1911, était un avocat et
un écrivain britannique. Inscrit au barreau anglais au XIXe siècle, il fut un actif partisan du mouvement panafricain. Il avait noué des rapports
étroits avec les noirs africains de Grande-Bretagne, et les conseilla juridiquement.
En 1900, au moment de l'exposition coloniale, il convoqua une conférence à Londres contre l'accaparement des terres coutumières par les
Européens. Selon DuBois, c'est cette conférence qui mit pour la première fois à la mode le mot « panafricanisme ».
William Edward Burghardt (W.E.B) Du Bois (23 février 1868 – 27 août 1963)
William Edward Burghardt (W.E.B) Du Bois (23 février 1868 – 27 août 1963) est un sociologue, éditeur et poète afro-américain originaire
d’Haïti qui milita pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs aux États-Unis. Il fut naturalisé ghanéen en 1963. Il fut lauréat du
Prix international de la paix (décerné par le Conseil mondial de la paix) en 1952 et du prix Lénine pour la paix en 1959.
Marcus Mosiah Garvey
Marcus Mosiah Garvey (17 août 1887, Saint Ann's Bay, Jamaïque-10 juin 1940, Londres) est un leader noir du XXe siècle et est considéré
comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari, d’où son surnom Moses ou The Black Moses, Moses se traduisant par Moïse en français.
Lorsque Marcus Garvey déclara : « Tournez vous vers l'Afrique pour le couronnement d'un roi noir », les Rastas se sont tournés vers Hailé
Sélassié Ier d'Ethiopie.
George Padmore
George Padmore (né Malcolm Ivan Meredith Nurse à Arouca sur l'île de Trinidad 28 juin 1903-23 septembre 1959) est un leader noir
du panafricanisme au XXe siècle.
Kwame Nkrumah
Kwame Nkrumah est l’homme politique indépendantiste et panafricaniste qui dirigea le Ghana en tant que Premier ministre de 1957 à 1960
puis en tant que président de 1960 à 1966.
LE PANAFRICANISME AUJOURD’HUI
Incontestablement ce mouvement a connu ses heures héroïques et de gloire dans la dernière phase de la période coloniale de l’Afrique, et
durant les luttes qui ont été organisées à partir des années 1960 contre la ségrégation raciale, aux Etats-Unis notamment. Durant toutes ces
époques, le sentiment de fraternité et de solidarité entre les Noirs de l’Afrique et de la diaspora a été très fort et exaltant. C’est sous sa
bannière que les jeunes africains qui se sont retrouvés en Europe comme étudiants ou comme travailleurs dans les années 1950 et 1960
ont constitué des fédérations d’étudiants (FEANF, WASU, Ligue africaine de la jeunesse, etc.) ou de travailleurs dans les pays européens
où ils se retrouvaient, ou dans les villes africaines où fonctionnaient alors de rares universités (UGEAO ou AED à Dakar). C’est à son nom
que la solidarité de tout le continent s’est manifestée après 1960 à l’endroit des peuples encore sous domination coloniale (britannique,
portugaise ou espagnole) et contre la politique de l’apartheid (Afrique du Sud, Namibie). Une partie des objectifs politiques du panafricanisme
a été atteinte : tous les pays africains sont devenus formellement indépendants. Aux USA, longtemps pays du racisme, de la ségrégation raciale
et des pratiques terroristes du KU KLUX KLAN, les pratiques racistes ont été mises officiellement hors la loi, même si elles n’ont pas totalement
disparu dans la réalité. Cependant, les objectifs d’unité et de solidarité de l’Afrique, de restauration de la personnalité de l’homme noir, et de la
construction d’une économie florissante commune à toute l’Afrique sont loin d’être atteints. De même aux Etats-Unis l’égalité véritable entre
citoyens n’est pas encore totalement réalisée. Le passé pèse encore d’un certain poids et a laissé des séquelles durables dans de nombreux
esprits et dans toutes les situations sociales. Certains penseurs africains ont considéré que la vision du panafricanisme et ses objectifs politiques
péchaient par le fait qu’ils prônaient l’entente et l’harmonie entre tous les Africains ou leurs descendants où qu’ils soient. Or les Africains ne
sont pas tous égaux devant la richesse, et ils se retrouveront à des positions différentes dans les modes de productions propres à chaque pays
ou à chaque région. La vision panafricaniste semblerait donc ignorer la répartition inégale des richesses et des avantages dans les sociétés africaines.
Cependant, une initiative remarquée est celle de Thomas Sankara qui, dans l’esprit du panafricanisme, avait créé en 1985, un Institut des Peuples
Noirs (IPN), pour la recherche sur l’histoire et la culture des peuples africains et des peuples noirs de la diaspora. Sa mise en place avait été
précédée par la tenue d’une grande conférence internationale, qui annonçait le réveil d’un nouveau panafricanisme militant. Il devait rassembler
des chercheurs noirs de tous les continents et bénéficier de soutiens de multiples origines. Mis en veilleuse après la chute du CNR et la disparition
de son leader, cet institut existe encore, mais n’a plus qu’une vocation nationale et ne dispose pratiquement pas de ressources pour son fonctionnement.
« L’Afrique aux Africains », est toujours un beau et noble slogan de lutte du panafricanisme. Seulement, cinquante à soixante ans après, l’absence
persistante de véritables démocraties, la misère généralisée dont sont victimes de nombreux peuples africains sans couverture sociale minimale,
la position marginale du point de vue économique et culturelle de l’Afrique, par rapport aux autres continents, pose un constat des plus désolants.
Ceci même si encore un autre panafricanisme révolutionnaire né aux U.S.A par Khalid Abdul Muhammad, ou en France par Kemi Seba, prédicateur
extrémiste noir, prône le retour à l’Afrique mère. Du point de vue culturelle, un autre courant de ce mouvement est un afrocentrisme ( par opposition
à l’eurocentrisme), qui s'appuie sur les travaux de Cheikh Anta Diop, notamment repris par Molefi Kete Asante, Jean-Philippe Omotundé et Réné
Louis Etilé Parfait. Enfin un autre courant, politique celui-là, initié par le Président du Sénégal Abdoulaye Wade, ambitionne de réaliser le rêve
des pères fondateurs du panafricanisme, en incitant l’ensemble des peuples du continent noir, vers les Etats Unis d’Afrique. Mais pour l’heure,
comme tout grand mouvement d’esprit naissant, il reste encore dans le domaine de l’actualité, avant d’être soumis, avec le recul au jugement de
l’histoire.
Tidane N’Diaye
Sources :
- Wikipédia
- Philippe Ouedraogo
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