Culture et Histoire



LA RENAISSANCE NÉGRO-AFRICAINE MAIS SANS PILLAGE CULTUREL…


Le continent africain sous domination coloniale, resta longtemps marginalisé au regard du patrimoine universel, victime des préjugés européocentristes, qui étaient le lot de plusieurs générations de chercheurs. Aussi, rien d'étonnant qu'à contrario, des thèses inverses – et dites afrocentristes -, furent forgées pour glorifier volontairement ou non, un certain passé des civilisations négro-africaines, quitte parfois, à prendre quelques «aises » avec la réalité historique. Aussi, « retour aux valeurs de l’Egypte négro-africaine », est-ce une réalité historique ou de la récupération afrocentriste ? Le débat sur ce thème est-il encore crédible voire utile à l’heure d’une nécessaire Renaissance négro-africaine avec ses vrais apports au patrimoine universel ?

La plus ancienne et la plus prestigieuse civilisation s'étant développée sur le continent africain, fut au centre d'une longue polémique non encore close. Pourtant en ne possédant pas d'historiens qui puissent être comparés à ceux des Grecs et des Romain, les Égyptiens n'en ont pas moins inventé un mode élaboré d’écriture, pour graver leur fabuleuse histoire, partout où il fut possible dans la pierre et reproduite sur les papyrus. Toutefois, le Papyrus de Turin, les Listes royales, La liste de Karnak, la Table de Abidos et la Table de Saqqarah, sont des supports qui pendant longtemps, ne livraient d'autres secrets que les noms de souverains avec leur durée de règne, sans nul autre détail. Ce « vide historique » constituait une « brèche providentielle » que certains chercheurs n'ont pas manqué d'exploiter. Une polémique soutenue devait longtemps opposer bien des égyptologues occidentaux, aux chercheurs africains Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga, qui soutenaient des thèses opposées. Les premiers défendant le rattachement de la civilisation pharaonique à celles du Proche-Orient antique. Et les deux camps s'accusant réciproquement, de manquer d'objectivité ou de révisionnisme. Pendant longtemps, il ne se trouvait pas un Égyptologue faisant autorité, pour reconnaître l’origine négro-africaine de la civilisation de l'Égypte pharaonique. Toutefois, un colloque initié par l'UNESCO et intitulé « Le peuplement de l'Égypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique » concluait à la fin de ses travaux, que pendant des millénaires, l'Égypte n'était pas habitée par un peuple sémitique et méditerranéen, comme c’est le cas de nos jours. Son peuplement était négro-africain. Lors de ce colloque, il fut également reconnu, que pour la langue et sur le plan culturel en général, l'Égypte pharaonique appartenait à l'univers négro-africain. Le débat n'est cependant pas clos et reste dans l'impasse. La polémique continue de faire rage. Le sujet est devenu objet de récupération par les uns ou de cynisme négrophobique par les autres.

L’AFRIQUE NOIRE REHABILITÉE ?

La thèse centrale de Cheikh Anta Diop a été accueillie par les tenants de la thèse de l’Egypte négro-africaine, comme la correction académique, de la falsification d’une histoire ancienne de l'Afrique. Elle suscita le plus grand enthousiasme dans ces milieux, qui continuent encore son exploitation, comme une mine intarissable et glorifiant fabuleusement l'apport des peuples noirs au patrimoine universel. Aussi, peut-on se demander, quel besoin pour des intellectuels noirs, de revendiquer des cultures ou une civilisation qui ne serait pas véritablement « nègre » ? Une interrogation davantage légitimée par certains documents établis par des préhistoriens et qui parlent de l’existence, dans la région du Nil, d’une population se rattachant au groupe chamitique proche des Berbères, des Somalis et des Gallas. Ces écrits évoquent aussi l’arrivée en Égypte d’étrangers d’origine sémitique qui se seraient mêlés à cette population. Cette vague d’immigration serait venue (via la mer Rouge) de la péninsule arabique, selon certaines hypothèses ou encore de la Syrie via le désert palestino-sinaïtique, selon d’autres. La fusion de ces deux groupes ethniques, selon les tenants de cette thèse, serait à l’origine de la formation du peuple égyptien qui ne serait donc pas négro-africain. Aussi, nous examinâmes bien des archives concernant l’histoire de ce pays. Nous avons aussi consulté nombre de textes rédigés par les historiens et philosophes les plus cités – à défaut d'être les plus crédibles -, de l'Antiquité, tels qu’Aristote, Hérodote, le géographe gréco-romain Strabon (Voyage en Égypte) et Diodore de Sicile. Certes les récits de la plupart d’entre eux, apportent des éléments, pouvant faire penser que le fabuleux patrimoine historique de la civilisation égyptienne, pouvait trouver sa source en 'Afrique noire. Mais comme tout le monde sait, il fallut attendre la Renaissance pour voir les rédacteurs de récits dits historiques commencer à accorder de l’importance à l’étude des sources et des textes. Ceci a permis de jeter les bases d’instruments précis et rigoureux, fondés sur l’analyse et l’explication des faits que nous connaissons de nos jours. Auparavant, les premiers « historiens » jusqu’à l’Antiquité, couchaient plutôt des récits ou narrations, dans lesquels se mêlaient copieusement mythe, réalités et fantaisie. Ces démonstrations souvent orientées étaient faites dans le but d’élaborer des instruments de propagande fortement imprégnés de politique ou de religion. En fait dans cet esprit, il n'existe aucune preuve sérieuse dans les récits des dits « historiens » Hérodote ou Diodore de Sicile, attestant que les Égyptiens étaient tous des Négro-africains, au moment où ils édifièrent leur prestigieuse civilisation. En outre, l'histoire et l'anthropologie n'étant pas statiques, d'autres pistes de recherches – du fait de découvertes plus ou moins récentes, négligées ou insuffisamment exploitées -, nous incitèrent à élargir encore plus, notre champ d'investigations en remontant le temps, vers une des périodes les plus nébuleuses de l'histoire de l'Égypte. Car comment expliquer l'essor fulgurant de sa civilisation, qui passe d'une période pré dynastique peu (ou pas) inventive, à un des développements culturels et scientifiques des plus fabuleux de l'histoire de l'humanité. Ce phénomène était-il exclusivement d'origine locale ?

Autrement dit, dans l'approche de la civilisation égyptienne nombre de chercheurs - et particulièrement les tenants de la thèse de l'Égypte négro-africaine -, n’ont-il pas négligé ou volontairement ignoré des apports – beaucoup plus importants ceux-là -, de peuples non africains ? Aussi, nous décidâmes à nouveau, de réexaminer la question, sous un angle affranchi certes des préjugés coloniaux du passé, mais aussi de toute forme de récupération afrocentriste. En fait au cours de la période pré dynastique, on ne trouve aucune trace de réalisations, prouvant un développement progressif de cette civilisation. Alors qu'elle connut un essor grandiose au début de sa période dynastique ou pharaonique, q ui ne date en fait que de 3000 avant notre ère – avec l'unification du pays par le fondateur de la première dynastie (Narmer) -, sans doute grâce à un catalyseur longtemps non identifié ou négligé. Le tout était donc de savoir, quel a été ce catalyseur ? Il est un fait établi, que ce pays fut plusieurs fois envahi, notamment par les Hyksos, peuplade « barbare » d’origine sémitique ou asiatique surgie du Proche et Moyen Orient ou d’ailleurs. Également en 525 avant notre ère, les Perses conquièrent l'Égypte avec Cambyse, puis avec Ataxerxés (343 avant notre ère.) Alexandre de Macédoine quant à lui, y fera une entrée triomphale en 332 avant notre ère, chassant les Perses avant d’y être couronné. À la mort du conquérant grec, l’un de ses généraux, Lagos, gouvernera l'Égypte. Ptolémée, fils bâtard de Philippe de Macédoine, y fonda la dynastie du même nom, établissant sa capitale à Alexandrie, avant les invasions suivantes notamment romaine. Cependant, une importante piste de recherches qui semble avoir été négligée, est celle d'une invasion de ce pays, beaucoup plus ancienne et qui remonterait vers la fin de la période pré dynastique (Voir : L’atlas de la Mésopotamie et du Proche-Orient ancien (Michael Roaf, Brepols, 1991. Et L'Histoire commence à Sumer (Arthaud), de Samuel Noah Kramer.

LA PISTE SUMERIENNE


Le Royaume de Sumer

De sérieuses raisons incitent à penser que bien avant les Hyksos, les Nubiens, les Grecs ou les Romains, d'autres envahisseurs seraient arrivés en Égypte, apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui serait le catalyseur de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Il est vrai que lors de sa période pré dynastique, il n'existait pas de récits tels que nous les connaissons de nos jours. L'écriture n'en était qu'à ses balbutiements. Mais si l'on se réfère à la religion et à l'iconographie royale des premiers monarques égyptiens, celles-ci révèlent que leurs Dieux et des rois légendaires, sont nés à l'est et venus d'un lieu appelé ile de l'embrasement ou de la flore. Or, vers l'est de l'Égypte et au-delà de la péninsule arabique, il y avait le royaume de Sumer situé le long des rives du Tigre et de l'Euphrate dans l'actuel Sud irakien. Dans le temple d'Osiris à Abidos, le dieu faucon « visiteur », est transporté sur un bateau par le roi égyptien lui-même. Ce dieu faucon Horus – dont le nom tire ses origines de Mésopotamie -, fils d’Osiris, est l'un des mythes fondateurs de la civilisation pharaonique. Tous les premiers souverains de ce pays porteront son nom : Horus Narmer, Horus Hara dit le combattant ou Horus Jet (le serpent). Certains égyptologues se sont étonnés aussi, que dans l'armement des premiers Égyptiens, une massue révolutionnaire inventée en Mésopotamie, ait rapidement remplacé la massue discoïdale, devenant même le symbole de puissance des pharaons. On doit sans aucun doute cet apport aux nouveaux-venus, que les Égyptiens appelaient les suivants d'Horus. Sans oublier l'architecture avec des constructions identiques et qui n'ont pu être inventées en même temps, à la même époque et à deux lieux distants de milliers de kilomètres. D'autres témoignages existent aussi, comme le couteau d'apparat découvert dans le Sud de l'Égypte, représentant d'un coté un personnage central portant un long caftan et un turban comme les dieux sumériens. On trouve ce même roi prêtre, exposé au musée de Bagdad. L'autre coté du couteau immortalise une bataille, opposant la flotte égyptienne à des envahisseurs venus à bord d'embarcations à haute proue au cours de la période pré dynastique. Dans l'Antiquité ces embarcations à haute proue étaient plus adaptées que les autres, pour la navigation en haute mer. Des tombes pré dynastiques égyptiennes contiennent énormément d'objets tous caractéristiques de la culture mésopotamienne archaïque héritée des Sumériens. La plupart de ces objets découverts en Égypte, l'ont été sur les sites de Nagada et surtout de Hierakopolis en Haute Égypte face à la mer Rouge. Et c'est en Haute Égypte que s'est développée la civilisation égyptienne, face à cette mer Rouge, par laquelle sont venus des peuples sumériens, en contournant par cabotage, la Péninsule arabique.



Combattants sumériens, d'après la stèle dite "des vautours", art sumérien de Tello, musée du Louvre, croquis : E. Mourey


Il existe un courant qui descend de l'Inde en période de mousson. Ils en ont certainement profité, à des moments de l'année où les vents tournent en mer Rouge, pour naviguer du Sud vers le Nord. Tous ces éléments témoignent de contacts indiscutables entre les peuples égyptiens et sumériens, probablement vers la fin de la période pré dynastique. Ces Sumériens avaient déjà bâti une civilisation beaucoup plus avancée que celle de l'Égypte pré dynastique. En fait, au Moyen-Orient, au bout de quelques milliers d'années, les pluies se faisant plus rares, les populations d'agriculteurs se concentrèrent dans une région en forme de croissant et qui prit le nom de « Croissant fertile. » Ceci parce que, de grands fleuves - le Nil, qui traverse l'Égypte, le Jourdain, qui baigne la Palestine et surtout le Tigre et l'Euphrate dont le bassin forme la Mésopotamie -, y favorisent l'irrigation des champs et compensent la raréfaction des pluies. C'est là que les premiers signes de civilisation humaine sont apparus chez des peuples localisés dans ce Croissant Fertile. Tout a changé vers 12.500 ans avant notre ère, au cours de ce que les préhistoriens qualifient de « révolution néolithique.» L'abondance de la nourriture ayant pérennisé la sédentarisation de nombreux peuples en ces lieux, suivra un véritable choc culturel avec la banalisation de l'agriculture, l'apparition de l'élevage et le développement d'une civilisation urbaine. Tous ces éléments ont été à la base de la formidable évolution des Sumériens, qui furent les vrais premiers fondateurs des civilisations humaines, 10 siècles avant Babylone et les Assyriens. Des deux millénaires qui s'écoulent entre 9500 et 7500 avant notre ère, il reste encore des vestiges remarquables comme celui du site de Mureybet, au bord de l'Euphrate (l'Irak actuel). Entre 3.700 et 539 avant JC, plusieurs civilisations (sumérienne et babylonienne entre autres), puis les Akkadiens, les Hittites, les Assyriens, les Chaldéens et les Perses se sont succédé en Mésopotamie (région aujourd'hui partagée entre deux pays, l'Irak et la Syrie.) Le nom « Mésopotamie » a été donné par l'historien grec Ploybe (IIe siècle avant JC) et signifie « le pays entre les fleuves » (« mesos » : milieu et « potamos » : « fleuve ».) Pendant que se réunifiaient la Haute et la Basse Egypte par Narmer, se réalisait dans la région de Sumer, vers 3.300 avant JC, la première véritable révolution urbaine avec l'apparition de nombreuses cités-Etat dont URUK (aujourd'hui Warka en Irak), avec une organisation sociale hiérarchisée, dominée par un roi-prêtre et pratiquant le culte de la déesse de la fécondité. C'était au départ des sociétés villageoises du néolithique, qui ont évolué vers une civilisation urbaine des temps historiques (fin du IVe et début du IIIe millénaire avant J.-C.) Ils avaient déjà couché leur histoire sur des tablettes d'argile il y a environ 6000 ans. Plusieurs fouilles archéologiques ont permis dès le 19e siècle de retrouver des centaines de tablettes d'argile. URUK ou Warka a été visitée pour la première fois en 1835 par les Britanniques J. B. Fraser et L. Ross. Mais c'est William Kennet Loftus, qui effectuera les fouilles du site en 1849, 1852 et 1853. Puis des archéologues allemands dont Julius Jordan, dégageront méthodiquement en 1912, les couches anciennes. Les savoirs des Sumériens nous sont connus aujourd'hui, grâce à la découverte ‘ lors de ces fouilles -, de nombreuses tablettes d'argile gravées en écriture cunéiforme (en forme de " coins") relatant leur vie sociale, religieuse, culturelle et scientifique.




Tablette pictographique sumérienne fin du 4ème millénaire, musée du Louvre

Cette écriture cunéiforme, née vers 3300 à Sumer et en Elam des nécessités de l'administration et du commerce, est l'écriture la plus ancienne du monde. Notons aussi que les principales sources sur les mathématiques mésopotamiennes ‘ appelées mathématiques babyloniennes -, datent de l’époque des Sumériens et des Akkadiens. Leur numérotation est en base 60 : - 60 et 1 par exemple, sont désignés par le même terme : gesh ou geshta. 60 60 se dit shar (c'est la raison pour laquelle le nombre 3600 sera représenté par un petit cercle, car ce mot signifie " cercle, totalité, ensemble") 60 60 60 se dit shar - gal. A partir de cette base sans doute, nous devons à ces férus d'astronomie, entre autres, la division sexagésimale du temps et du cercle : 60 minutes dans une heure, 24 heures dans une journée, 360 degrés dans un cercle. Les récits des Sumériens décrivaient une histoire de la création qui ressemble étrangement à celle de la genèse. Cependant si l'on peut émettre des doutes sur l'histoire – un brin fantaisiste -, de leurs « ancêtres extraterrestres » venus sur la terre c'est-à-dire les Annunakis, force est de reconnaître que leur civilisation était la plus avancée de l'époque. Bien avant les constructions monumentales égyptiennes, se dressait déjà en Mésopotamie, une pyramide dite « cimetière royal d'UR. » Elle fut bâtie à étages, comme le furent par la suite, les premières pyramides construites dans la Vallée du Nil. C'était aussi une pyramide de conservation des corps, bâtie il y a plus de 4 600 ans, c'est-à-dire entre -2650 et -2600, selon les identifications des deux rois d'UR : Meskaladung et Akalamdung. Ces rois sumériens furent tous enterrés avec leurs richesses personnelles : bijoux, or, argent, mobilier, vaisselles et pièces d'art à la manière des pharaons égyptiens. Notons que vers cette même époque sumérienne, se mettaient au point en Égypte, les merveilles architecturales de Imhotep, bâtisseur – sur ordre du pharaon Djeser de la IIIème dynastie -, du domaine funéraire de Saqqarah et sa pyramide à degrés. Avec ce que nous savons des connaissances des Sumériens, celles-ci ont sans nul doute bénéficié aux bâtisseurs des pyramides d'Égypte. L'édification des monuments du plateau de Gizeh par exemple, n'est pas le fait du hasard. D'une précision étonnante, ces pyramides sont bâties à cheval sur le 30ème parallèle et bien alignées sur les quatre points cardinaux. Cette merveille architecturale incorpore mystérieusement la valeur transcendantale du nombre Pie (3,141 592 653 589 793 238), qui représente le rapport constant du diamètre d'une sphère à sa circonférence. Les architectes de ces merveilles connaissaient parfaitement la forme et les dimensions de la terre.



Ziggurat d'Ur : cette ziggurat est un édifice religieux de la Mésopotamie sumérienne en forme de pyramide à étages. L'influence sur les futurs travaux d’Imhotep (domaine funéraire de Saqqarah en Egypte) est évidente.

En fait sur une des tablettes d'argile découvertes chez les Sumériens, notre système solaire est décrit avec une impressionnante précision. On y voit le soleil, la terre avec toutes les planètes autour c'est-à-dire ce que nous savons seulement depuis trois siècles. Ils connaissaient aussi, il y a 6000 ans déjà, l'existence de Pluton que nos astronomes n'ont découvert qu'en 1930. Ainsi, des millénaires avant Copernic et Galilée, les Sumériens savaient que nous n'étions pas le centre de l'univers. Cette civilisation très avancée n'avait pas de défenses naturelles, de montagnes ou de déserts. Elle fut bâtie sur une immense plaine bien irriguée installée au milieu des grands flux migratoires qu'ont traversés tous les peuples de l'Antiquité.



Personnage sumérien. La barbe tressée rappelle déjà celle des futurs monarques égyptiens

Une région aussi fertile était forcément attirante. La plupart des conquérants venus d'Asie ou d'Europe y ont donc pris pieds. C'est vers 2000 avant JC, après un long rayonnement, que les cités sumériennes laissèrent la place à Babylone, cité centrale de la Mésopotamie. Des monarques ou une partie de ses populations a dû chercher ailleurs un havre de paix sous des cieux plus cléments comme le Nord de l'Afrique. Ils se seraient greffés aux populations locales, apportant une contribution inestimable à la civilisation égyptienne.

L’ÉGYPTE N’APPARTIENT PAS AU MONDE NÉGRO-AFRICAIN

L’Egypte qui est un carrefour entre les peuples de la Méditerranée, de l'Afrique et du Proche-Orient, était habitée à l'origine par des populations immigrant du Sahara, pour s'installer dans la vallée du Nil. A l'époque du Sahara verdoyant et fertile, vivaient dans la région d'abord des populations paléolithiques de type Cro-Magnon du Nord de l''Afrique. De récentes découvertes - notamment celles de Paul Sereno, professeur à l'Université de Chicago et explorateur pour le National Geographic -, faites dans un cimetière préhistorique, nous apprennent un peu plus sur le peuplement ancien de la région nord de l'Afrique. Entre 7 et 5 mille ans avant la construction des pyramides, les peuples de chasseurs-cueilleurs les plus anciennement installés en ces lieux - plus massivement au centre du Sahara -, furent les Kiffians et les Ténéréens. Puis à « l'ère sapiens », le Sahara connut un peuplement assez complexe avec un premier groupe formé de populations dites à « Têtes rondes », qui deviendront des Bovidiens mélanodermes, c'est-à-dire des Nègres purs parlant une langue dite nilo-saharienne. A cela on pourrait aussi ajouter les ancêtres des Peuls, Négro-africains déjà métissés et parlant le niger-kordofanien. Le groupe le plus important semble être celui des Protoberbères, proches des Sémites actuels et dont la langue afro-asiatique, appartient - comme celle des Sémites -, au groupe de langues longtemps qualifié de chamito-sémitique.

Puis d'autres populations assez ombreuses, beaucoup plus avancées - et encore plus proches de l'ethnie assimilée « blanche » des Protoberbères, que des négro-africains -, arrivèrent dans la région. Ces nouveaux-venus qui avaient domestiqué le cheval et mis au point un type de char, étaient probablement originaires déjà, du Croissant Fertile. C'est lorsque le climat devint plus aride, que la plus grande partie de ces « Tassiliens » immigrèrent dans la vallée du Nil copieusement irriguée. Elles constitueront le premier véritable peuplement de l'Égypte. Dans cet ensemble figuraient certes depuis toujours, des Nègres « mélanodermes » (vraisemblablement ancêtres des Bantous actuels) et les ancêtres des Peuls, mais devenus très minoritaires au fil du temps. Une partie de ces populations -négro-africaines ayant rejoint la vallée du Nil, s'est aussi assimilée et fondue dans ce creuset initial, notamment au Sud. Une étude minutieuse de certains crânes prédynastiques découverts dans le sud égyptien, à Abidos et à Hou, dévoile leur origine typiquement négroïde. D'autres découvertes d'effigies égyptiennes semblent confirmer aussi la présence de Noirs, dans ce pays. Toutefois, au cours d'une époque où sa population devint plus homogène, les Égyptiens figuraient les Noirs nubiens – pourtant voisins négro-africains les plus proches d'eux -, dans de nombreuses représentations, en « étrangers » différents. Ce qui n'est pas le cas pour les Libyens comme sur les Plaques de faïence de la tombe de Ramsès III. D'où la simplification abusive d'égyptologues européens, qui classaient systématiquement les anciens Égyptiens dans la « race blanche », parce que vivant au nord du Tropique du Cancer et dans la « race noire », les Nubiens localisés au-delà du Tropique. Enfin, dix neuf siècles avant notre ère, une stèle fut érigée par Sésostris III et portait cette inscription : Frontière sud, stèle élevée en l'an VIII, sous le règne de Sésostris III, roi de Haute et de Basse-Égypte, qui vit depuis toujours et pour l'éternité. La traversée de cette frontière par terre ou par eau, en barque ou avec des troupeaux est interdite à tout noir, à la seule exception de ceux qui désirent la franchir pour vendre ou acheter dans quelque comptoir. Ces derniers seront traités de façon hospitalière, mais il est à jamais interdit à tout noir, dans tous les cas, de descendre le fleuve en barque au-delà de Heh. Tous ces éléments incitent logiquement, à penser qu'une population noire, n'a jamais été majoritaire en Égypte. Autrement comment expliquer que des 74 Millions d'égyptiens actuels, on ne recense qu'une très infime minorité de Noirs, souvent qualifiés de « Abd » ou « Zenjis » (esclaves), par leurs compatriotes, parce que généralement descendants de concubines noires qui meublaient les harems des sultans au cours de la traite négrière arabo-musulmane. Dans ce sens homme sémites – femmes noires le croisement a toujours été accepté. En revanche il est notoirement connu, que dans le monde arabo-musulman le mépris des Noirs est tel, qu’on ne se mélange pas avec. Il suffit d’observer le comportement des Libanais et Syriens qui vivent en Afrique et aux Antilles depuis des siècles, pour s’en convaincre. Et quand bien même ce comportement changerait par on ne sait quel miracle, la science génétique est là pour retrouver leurs traces chez d'éventuels descendants. Il est vrai qu’à l’inverse de leurs compatriotes caucasiens, certains égyptiens – comme beaucoup de nord-africains -, affichent des traits dits « négroïdes. » Toutefois, la génétique nous apprend, que des études sur les populations du Nord de l'Afrique et particulièrement maghrébines, révèlent des traces "négroïdes" persistantes dans leur patrimoine génétique. Mais le déséquilibre saisissant entre les lignées matrilinéaires sub-sahariennes (25 %) et les lignées patrilinéaires (40 %,), démontrent à l'évidence que la presque totalité de ces croisements, impliquait des hommes de type sémite avec des femmes noires et non des pharaons ou notables noirs avec des femmes sémites. Ce déséquilibre s'explique par un afflux massif de femmes sub-sahariennes (des harems), car les hommes nègres eux, étaient écartés de la reproduction du fait de castration massive, d’infanticide ou d’abstinence, pour les rares «virils » généralement combattants. » Enfin, la quasi disparition des Noirs en Egypte, ne saurait s’expliquer par exode massif, fuite volontaire ou même par un génocide. Ces bouleversements catastrophiques des peuples, n'ont au demeurant, jamais réussi dans l'histoire de l'humanité, à rayer totalement de la carte ethnique d'un pays, sa composante « autochtone » et originellement majoritaire. Les rescapés amérindiens, aborigènes, arméniens et juifs en sont un témoignage vivant.

LA 25ème DYNASTIE DES PHARAONS NOIRS, SEULE MARQUE NÉGRO-AFRICAINE PROUVÉE DANS LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE


TAHARKA le Grand (689-664.)


Du point de vue strictement historique et anthropologique, en dépit d'une présence avérée de populations noires dans l'Égypte antique - et beaucoup plus récemment en période d’esclavage -, la seule réalité qui demeure - quant à sa marque culturelle, économique ou politique -, est l'unanimité sur les origines ethniques des pharaons de la XXVème dynastie des pharaons noirs. La Négritude de ces monarques ayant régné dans ce pays est attestée par l'histoire. Parce que ces quatre souverains non égyptiens, étaient originaires du bassin de Dongola, dans le nord de l’actuel Soudan. Ces pharaons noirs de la dynastie couchite ont conservé à tort, jusqu’à une période récente, le nom de rois éthiopiens, qui leur avait été donné dans l’Antiquité, du mot grec aethiops qui signifie « face brûlée. » Alors que la XXVème dynastie était bien Nubienne. Les Nubiens étaient des hommes valeureux et d’une grande probité et passaient alors, pour les véritables seigneurs du Nil. Ce qui inspira à Hérodote, cette remarque sans doute exagérée : « C’est ici que les hommes y sont les plus grands, les plus beaux, et vivent le plus longtemps. » Le prophète Isaïe assurait qu’ils avaient frappé de stupeur sa génération. Isaïe, pourtant accoutumé aux envahisseurs venus de tous horizons, écrivait : « Allez messagers légers, vers une nation à la taille élancée, au visage glabre, redoutable depuis qu’elle existe, marchant droit sur son chemin, foulant tout aux pieds… »
        

La Nubie est née avec les premiers royaumes du Sud saharien (3000 avant Jésus-Christ.) Elle connut l'invasion et la colonisation égyptienne sous la XVIIIème dynastie (vers 1400 avant Jésus-Christ.) A la fin du Nouvel Empire, vers 1070 avant Jésus-Christ, les Egyptiens se retirent de la Nubie soudanaise. La région redevient indépendante et tombe dans l'oubli jusqu'en 747. A cette date, l’Egypte sera conquise par le roi de Koush, Piyé Menkheperret (747-715), surnommé « le Vivant », fils du roi napatéen Kashta. Il avait organisé une expédition militaire le long du Nil pour défendre ses États, alors sous tutelle des souverains de l'Égypte du sud, la coalition des forces de l’Égypte du Nord avec les Libyens se précisant. Les Nubiens finiront par battre Tefnakht, pharaon de la XXIVème dynastie, et son fils Bocchoris. C’est l’issue de cette guerre qui conduira les Couchites nubiens à s’emparer du trône d’Égypte. Piyé, inaugura ainsi une lignée de pharaons noirs, qui sera celle de la XXVème dynastie, symbole de la seule véritable marque de pouvoir négro-africain dans l'histoire de ce pays. Ces pharaons noirs avaient adopté pleinement la culture égyptienne et avaient imposé la tradition pharaonique en en Nubie. En fait ils respectaient scrupuleusement les coutumes et les institutions égyptiennes tout en restant attachés à leurs spécificités négro-africaines jusque dans leurs portraits. Et dans les écrits égyptiens seuls ces pharaons sont désignés par leur couleur de peau. Après la XXVème dynastie, le royaume de Méroé (275 av notre ère.-350) sera l’un des derniers hauts lieux des civilisations négro-africaines de la région. C’est après le pillage de Napata par les armées de Psammétique, que la capitale de la Nubie fut déplacée vers le sud au niveau de la 4e cataracte, par le roi Arkamani 1er. C’est ainsi que naquit la civilisation méroïtique.


ALORS COMMENT EXPLIQUER LES FRAGMENTS DE CULTURES ET DE CROYANCES QUI SE TROUVENT AUJOURD’HUI À LA FOIS EN ÉGYPTE ET EN AFRIQUE NOIRE ?

Dans la région nord du continent noir, il y eut sans aucun doute cohabitation entre Négro-africains et Protoberbères depuis les origines du peuplement du Sahara, comme le note la préhistorienne algérienne Malika Hachid (Le Tassili des Ajjers, préface de Théodore Monod.) Par la suite des interactions très étendues entre les peuples du Nord du continent et ceux de la partie subsaharienne et dans les deux sens, ont laissé des traces indélébiles. L’histoire atteste que, le mouvement de populations ayant concerné tout le continent noir et connu sous le nom de : La Grande dispersion des Bantous, aurait commencé au début de l’assèchement du Sahara, du à l'abaissement de la nappe phréatique et la détérioration subséquente du milieu. Ces Bantous vivaient dans la région du Haut Nil, comprise entre le 17ème et le 21ème parallèle sur les bords de grands marécages. Ils formaient une partie des populations des royaumes de Kouch, de Napata et de Méroé, pendant la période du Sahara humide, notamment au cours du règne du pharaon de la 25ème dynastie, TAHARKA le Grand (689-664.) La paléontologie et l’anthropologie attestent, que le saharien mésolithique d’Asselar, était un Noir de type bantou. Egalement de nombreux objets dont des vases trouvés dans l’Aouker préhistorique - situé dans l’actuelle Mauritanie -, sont identiques en tout point, à ceux qui sont encore utilisés par les peuples bantous d’Afrique du Sud.

C’est à partir de 5000 ans avant notre ère, que le climat devenu aride au Nord du continent, a entraîné l’abaissement du niveau des lacs. Ce phénomène modifia le modèle économique de la région, précédemment fondé sur l’exploitation des ressources naturelles, surtout aquatiques, comme la chasse, la pêche et la cueillette. Ses conséquences ont provoqué la migration des populations qui vivaient dans cette zone. Avec la perte de leurs terres fertiles, elles exercèrent une pression progressive sur leurs voisins du sud. Ceux-ci furent contraints à envisager à leur tour un déménagement sur de longues distances. La plupart d’entre eux prirent d’abord la direction du sud-ouest et du sud-est du continent, pour éviter d'affronter la forêt. Mais d’autres furent contraints de s'y engager. Durant leur longue progression, des populations bantoues néolithiques venant du Nord se sont fixés dans de nombreux pays, notamment au Nigéria, autour du bassin du fleuve Congo et plus à l'est près des Grands Lacs. Ces populations forment jusqu’à nos jours, les unes le «noyau bantou occidental» et les autres le «noyau bantou oriental.» Par la suite une partie d’entre elles, continua sa marche, pour atteindre une région connue comme étant le territoire du Grand Zimbabwe, royaume fondé vers 400 avant notre ère. Les structures du Grand Zimbabwe sont avec celles de l’Egypte, les plus imposantes découvertes architecturales en Afrique. Ce qui explique que les origines de cet ancien siège d’une importante formation économique et politique médiévale, furent au centre de bien des polémiques. De nombreux chercheurs refusaient de croire, qu’une civilisation aussi avancée, pouvait être l’œuvre de populations négro-africaines. Le naturaliste et géologue allemand Karl Mauch, écrivait en 1871 : « La cité n’a pas été construite par des Africains, car le style de construction est trop élaboré : c’est l’œuvre de colons phéniciens ou juifs.»

       
Monuments du Grand Zimbabwe


C’est à partir de ces éléments que spéculent encore certains chercheurs tenants de la thèse de l’Egypte négro-africaine, qui hélas se perdent souvent en conjectures, voulant exclusivement rattacher la civilisation pharaonique à l'Afrique noire. Cette confusion est d’autant plus compréhensible que jusqu’à nos jours, les Nubiens eux-mêmes disent à qui veulent les écouter : « Nous sommes les racines de l’Egypte et nous sommes Egyptiens jusqu’à l’épine.» Ils se considèrent les défenseurs de l’Egypte, étant son portail sud. Mais si la Nubie a de tout temps été négro-africaine et servi de zone tampon entre l’Afrique noire et le monde méditerranéen et oriental, les Égyptiens, comme la plupart des peuples du Nord de l’Afrique donnant sur la Méditerranée, échangèrent pendant longtemps - et probablement en priorité -, leurs connaissances et leurs expériences avec des peuples et des cultures du Moyen – Orient, de l’Europe et de l’Asie. Ce qui a ainsi logiquement engendré un développement culturel multicentré dans l’ancienne Méditerranée orientale. Aussi, l'Afrique noire ne saurait être historiquement, la source unique et culturelle de la civilisation égyptienne. Au commencement du miracle égyptien, bien avant les invasions des Hyksos, Nubiens, Grecs et autres Romains, des peuples venus du Sud de l'Irak actuel, seraient arrivés en Égypte apportant avec eux un savoir technologique beaucoup plus avancé et qui servit de ressort au décollage de la civilisation primitive égyptienne et de son évolution future. Ces hommes furent réellement les premiers colonisateurs et probables initiateurs des temps dynastiques. Sans doute de la même manière que les apports des premiers immigrants Étrusques ont servi de catalyseurs à la civilisation romaine. On sait aussi qu'une part considérable de ce que nous attribuons à la civilisation grecque ancienne, avait eu des antécédents clairement identifiables dans des cultures voisines établies de longue date. Pour ce qui est de l'Égypte, l'historien juif du Ier siècle, Flavius Joseph, parlait déjà d'une immigration préhistorique de peuples mésopotamiens dans ce pays. Ces « immigrants bâtisseurs», le Livre de la Genèse les qualifient de « Fils de Cham » l'un des trois enfants de Noé, maudit par son père et que l'on aurait abusivement désigné, comme l'ancêtre des peuples noirs. La confusion avec une « Égypte négro-africaine » viendrait entre autres, de cette interprétation.

LA RENAISSANCE AFRICAINE MAIS EN SE RÉAPPROPRIANT SES PROPRES VALEURS ET APPORTS AU PATRIMOINE UNIVERSEL.

Si l'apport des civilisations négro-africaines - dans de nombreux domaines -, au patrimoine universel est aujourd'hui indiscutable, il serait tout simplement illusoire, de chercher à « négrifier » la civilisation égyptienne, en éliminant ses apports sémitiques ou indo-européens, comme son héritage culturel. Elle eut des « marques » africaines, mais aussi d’autres plus importantes et venant de peuples non originaires du continent noir. Car force est de reconnaitre que l’Afrique noire fut l'une des rares parties du monde, longtemps restées hors de cette forme d'enrichissement « diffusable » et favorisé par l'écriture. Pendant que celle-ci bénéficiait aux peuples du Croissant Fertile, à ceux d'Europe et d'Asie, la plupart de ses sociétés sont restées et restent pour l'essentiel orales. Ceci explique, qu'elles n'aient pas véritablement profité à temps, des foisonnements scientifiques qui se jouaient chez les bâtisseurs de « Mésopotamie sumérienne », d'Égypte, de Grèce ou de Rome. Ce pourquoi sans doute, on ne trouve pas traces en Afrique subsaharienne – excepté le Grand Zimbabwe -, d'équivalents des vestiges de URUK, des monuments de Gizeh, de Abou Sembel ou même beaucoup plus proches de nous, de Venise ou de Constantinople. Parce que pour bâtir des civilisations comme celles de l'Égypte pharaonique, de Venise ou de Constantinople, on a besoin d’autres choses que de griots ou de marabouts. Persister sur la voie d’une « civilisation de l’Egypte négro-africaine » serait une de ces démarches peu scientifiques et que l'on pourrait assimiler à ce que Nietzsche appelait : « une tentative de se donner, comme à posteriori, un passé dont on voudrait être issu par opposition à celui dont on est vraiment issu.» Ce complexe vient du fait que de nos jours la question souvent posée - et à laquelle beaucoup apportent une réponse sans nuance -, est celle des écarts actuels de développement entre l’Afrique et ce qu’on appelle le monde développé. Faut-il rappeler que la Grèce est l’ancêtre de toutes les civilisations indo-européennes, que l’Espagne et le Portugal ont dominé le monde pendant des siècles. Pourtant, ces trois pays comptent aujourd’hui parmi les moins développés du monde occidental.

Ailleurs également, d’illustres civilisations qui ont atteint dans leur histoire, des points culminants de grandeur, comme la Mésopotamie (Irak) l’Egypte ou la Perse (Iran), ont sombré inévitablement dans la décadence et les retards de développement. Aussi, l’Afrique regorge aujourd’hui de pays dits parmi «les moins avancés», c’est-à-dire les plus éloignés du monde occidental, de sa modernité et de son progrès. Il est difficile de nier que l’époque technique que l’on vit, née de la Révolution industrielle, confère à la civilisation occidentale actuelle, une hégémonie mondiale qu’aucune autre civilisation du passé n’a connue. Un observateur plongé dans le monde développé d’aujourd’hui conclura souvent à la supériorité de la civilisation occidentale. Toutefois, ce qui lui apparaît comme une évidence ne l’est plus quand on situe le dernier siècle et demi de l’ère industrielle par rapport à l’ensemble de l’histoire de l’humanité. Comme l’a souligné de manière brève et pourtant forte, C. Lévi-Strauss dans «Race et histoire» : ramenée sur la durée de l’humanité, l’ère moderne n’apparaît plus que comme une parenthèse, encore très courte même si on n’en connaît pas la fin. Aussi, l'époque moderne - et ses innovations technologiques -, n'est qu'un bref épisode des sept mille ans d'histoire africaine. Par ailleurs, il serait dérisoire d’enfermer le monde actuel dans une seule genèse du progrès du à l’occident. Comme le notait le philosophe anglais Francis Bacon, trois inventions sont à l’origine de la suprématie européenne et changé la face du monde : la boussole, la poudre et l’imprimerie. La boussole, rendit possibles leurs voyages de découverte et par la suite la colonisation, grâce à une supériorité militaire décisive que leur procurait la poudre. Quant à l’imprimerie (ou l’écriture) qui existait dès le VIIIème siècle soit 7 siècles avant Gutenberg, elle leur permit de répandre leurs connaissances et d’imposer leur modèle de civilisation. Pourtant aucune de ces inventions n’est européenne. Elles émanent toutes des Chinois, puis véhiculées en Europe par les Arabes. Aussi, des temps immémoriaux aux formidables découvertes du dernier siècle, nées dans les pays développés sont à inscrire dans la longue histoire des progrès de l’humanité, où le «hasard et la nécessité» ont aussi souvent eu droit de cité. De l’apport des civilisations négro-africaines aux découvertes des Chinois à celles des Arabes puis aux inventions européennes, américaines ou japonaises, c’est toute une longue chaîne du savoir de la grande famille humaine qui parcourt le temps. Il est donc vain de vouloir affirmer la supériorité absolue - c’est-à-dire au-delà du seul aspect technique et matériel -, de la civilisation occidentale. A contrario, il est tout aussi vain de vouloir lui opposer une supériorité relative de civilisations passées. En la matière, un regard plus neutre est le meilleur garant du respect de la diversité humaine, passée ou encore présente. Aussi, pour ce qui est du retard actuel de l’Afrique, l’honnêteté intellectuelle commanderait de reconnaître tout simplement, que l'agression majeure tout au long des siècles, dont elle fut victime, puis son occupation suivie de sa mise en coupe réglée, a sans aucun doute marqué un coup d'arrêt à ne certaine évolution de ses civilisations. Ce tournant a impitoyablement arraché et isolé les peuples noirs de la caravane humaine, à une époque où naissaient des techniques qui allaient à terme, permettre au reste du monde d’entrer dans une nouvelle ère de progrès. On peut subodorer qu’un tel « bouleversement » a brouillé la conscience historique de l'homme noir de par l'énorme ponction humaine qu’il a engendrée, engloutissant des énergies créatrices, des forces vives inestimables et provoqué une stagnation démographique sur plusieurs siècles. Ainsi après avoir été le berceau de l’humanité et de grandes civilisations, l’Afrique n’a pas échappé à la règle des civilisations mortelles de Paul Valery. Alors que dès les premiers millénaires de l’histoire de l’humanité - notamment au cours des périodes paléolithique et néolithique, le rôle tenu par le continent noir fut de tout premier ordre. Nombreux sont ses peuples – bien que usant de l'antique média de l'oralité -, qui ont mis sur pied des ensembles politiques, économiques et culturels des plus élaborés. L'Afrique a vu naitre et s'épanouir des civilisations aussi prestigieuses que celles du Grand Zimbabwe, de la Nubie, de l'Éthiopie, de Ghana, du Mali, de Nok, d’Ikbo Ukwo, d’Ifé - au nord du Nigeria actuel – et qui ont livré pendant plus d’un millénaire, des chefs-d’œuvre parmi les plus exceptionnels et surprenants connus à ce jour, meublant les plus grands musées et que recherchent encore les plus avertis des collectionneurs du monde entier.


L’Atlas du monde du roi de France Charles V,
dressé par le Catalan Abraham Cresques en 1375,
présentait le Rex Melli (Empereur du Mali),
tenant à la main un morceau d'or.


Et faut-il le rappeler, à Tombouctou, haut lieu de culture africaine, dès le XIIème siècle l’université de Sankoré soutenait avantageusement la comparaison avec les universités européennes. C'est de cet apport inestimable au patrimoine historique de la grande famille humaine, que doivent s'enorgueillir les jeunes générations négro-africaines. En se démarquant de ces approches engagées, « victimisantes » et paranoïdes dans le style : « l’Afrique merveilleuse, mère de l’Égypte noire, ancêtre de toutes les civilisations, mais dont l'héritage aurait été volé par les Blancs… » Ceci dans le respect et la reconnaissance de l’apport des uns et des autres au patrimoine universel, pour mieux regarder devant, vers une véritable Renaissance négro-africaine dans un monde d'interdépendance culturelle des peuples.


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