La Diaspora noire



Louis Farrakhan


En 1952 celui que l’on surnomme encore « Le charmeur », rencontre Malcom X lors d’un de ses concerts. Il rejoindra la Nation de l’Islam trois ans plus tard. Rebaptisé « Louis X », il met son talent au service des Black Muslis. Certaines de ses oeuvres, dont la pièce de théâtre Orgena et la chanson Le paradis du Blanc c'est l'Enfer du Noir (à laquelle rendra plus tard hommage le groupe de rap Public Enemy dans l'album MUSIC IN OUR MESSAGE) rencontrent un franc succès. Devenu pasteur du temple de Boston, Louis X se révèle par ses capacités d'organisation et contribue à l'essor des Black Muslims. Lorsque Malcom X annonce sa décision de quitter la secte, le disciple prend sa place au sein de l'organisation. Il renie son ancien maître et alimente la campagne injurieuse qui conduira à son assassinat. Celui qu'on appelle désormais «Halem Abdul Farrakhan» défend farouchement la doctrine de son apôtre Elijah Muhammad. Après la mort de celui-ci en 1975, la brève collaboration entre Farrakhan et le fils héritier de Muhammad (Warith D. Muhammad) aboutit au schisme de la secte en 1977. Désapprouvant l'enseignement de son père, Warith Muhammad prône l'abandon de l'intégrisme et le ralliement à l'Islam orthodoxe sunnite. Farrakhan crée une nouvelle Nation de l'Islam, fidèle à Elijah Muhammad. Le champion de l'intégrisme moral qui vitupère contre «les filles qui se promènent avec une ficelle entre les fesses» est aussi connu pour ses argumentations radicales contre le lobby juif. «Tant que les Juifs ne s'excuseront pas pour la traite des Noirs, tant que les rabins et les professeurs d'écoles talmudiques ne s'excuseront pas pour le mythe hamitique, je ne m'excuserai pas.» Réputé antisémite parce qu'il rend les juifs responsables pour une bonne part de l'exploitation des Noirs («Pourquoi dit-on de moi que je suis antisémite? Parce Que je dis la vérité au sujet de l'implication des Juifs dans le commerce des esclaves noirs»), Farrakhan est diabolisé par les médias. Mais l'efficacité des Black Muslims dans les ghettos noirs et leur intransigeance dans la lutte contre la drogue leur assurent une audience considérable dans les quartiers populaires. A Washington; à l'endroit même où M. King avait rassemblé Noirs et Blancs pour prier et croire en un avenir multiracial, le «prophète de la rage» parvient à réunir derrière lui un million d'hommes et de femmes noires en octobre 1995. Le succès de ce rassemblement est perçu par la société blanche comme les stigmates d'un «formidable recul de la pensée noire aux Etats-Unis»; et d'une radicalisation du militantisme Noir. Si beaucoup des Noirs présents ce jour-là entendent avant tout manifester leur nationalisme et leur mécontentement, l'influence de Farrakhan n'en est pas moins confortée. Il organise avec Kwamé Touré une réunion avec des rappeurs américains pour obtenir d'eux la promesse de ne plus tenir de propos misogyne ou dévalorisant pour les femmes. Aujourd'hui l'Islam est le pendant religieux du nationalisme Afro-Américain. Les détenus se convertissent en masse dans les prisons pour ne pas se laisser entraîner dans l'engrenage des gangs. Farrakhan jouit dans les ghettos d'une grande popularité alors que les élites et les journalistes blancs continuent de le décrire comme un névrosé. Ses amitiés avec certains dictateurs africains (Farrakhan a accepté le soutien et l'argent du colonel Khadafi) le privent du soutien de certains intellectuels noirs.

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