LA FRANCE
CRISE CONJONCTURELLE OU
SYSTÈME SOCIO-ÉCONOMIQUE EN MUTATION
Une analyse de la crise actuelle
Par Tidiane N’Diaye
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Plans sociaux, restructurations, Réduction des déficits, fonctionnaires privilégiés, réforme de la sécurité sociale des retraites : voilà quelques-uns des thèmes qui ont mis le feu aux poudres et provoqué les conflits sociaux de ces dernières années. Ceci malgré les différents gouvernements que la culture d’alternance a portés au pouvoir depuis 1981. Pourtant, les maux dont souffre la société française aujourd'hui sont entre autres les conséquences d'une lente mais progressive transformation du paysage économique international. Ce sont ces bouleversements qu'on désigne sous le vocable fourre-tout de crise. Ils vont des deux chocs pétroliers à l'invasion des produits asiatiques, pour partie responsables de la faillite des entreprises et du chômage. Et la mondialisation qui se met en place n’est qu’un aboutissement logique de tout ce processus.
Comment en est-on arrivé là ? Peut-on s'en sortir avec des remèdes superficiels et continuer à faire du sur-place ou faut-il adapter le fonctionnement de notre système socio-économique grippé ? Cela est-il possible sans grandes réformes douloureuses ? Ces questions méritent d'être posées car, si les économies occidentales ont connu par le passé des crises souvent plus conjoncturelles que structurelles, elles ont toujours été maîtrisées à terme. Cette fois, nous vivons une rupture d'ordre technologique qui n'a pas de précédents dans l'histoire de l'humanité.
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La crise de la pomme de terre en Irlande en 1848 a provoqué dans ce pays une des plus grandes famines que l'Europe ait connue, avec ses effets de grandes migrations de populations. C'était une crise de sous-production. Dans le contexte économique de l'époque les lois de l'offre et de la demande n'étaient pas maîtrisées. Celle de 1929 était une crise de surproduction, l'industrie ayant pour principaux débouchés l'industrie elle-même et les Etats. Quand ceux-ci font le plein et arrivent à saturation, tout s'écroule en un jeudi noir à Wall Street. De même que dans une crise de sous- production, il convient d'ajuster la demande à l'offre, l'approche keynésienne de l'économie avec des politiques d'intervention des Etats pour relancer la pompe en cas de crise a permis d'éviter un nouveau 29.
Jusqu'au début des années 70, le type de développement économique choisi par le monde occidental reposait sur le principe essentiel d'une société de consommation. Ceci impliquait la découverte, l'exploitation des énergies et leur mise en forme matérielle à des fins de consommation collective. Avec des méthodes de production rapide d'un très grand nombre de biens - méthodes héritées d'une économie de guerre -, la satisfaction des besoins était assurée au plus grand nombre d'individus, créant ainsi un nouveau marché. Dans ce contexte économique, le tiers monde apparaissait comme un immense réservoir de matières premières pour alimenter les industries de transformation occidentales. Ainsi les économies occidentales, en particulier l'économie française, ont connu pendant de très nombreuses années, une croissance forte et soutenue. A telle enseigne que dans l'esprit du grand public, être durablement au chômage était impensable. L'utilisation de l'arme du pétrole par les pays arabes, lors de la guerre du Kippour plonge l'économie mondiale dans la crise. Sur le plan politique, l'argument était discutable, mais justifié sur le plan économique. En effet au début du siècle, le prix du baril valait 1 Dollar 20 cents; en 1973, le prix du même baril valait 1 Dollar 60 cents. Autrement dit, si le prix de l'essence n'a cessé d'augmenter, la matière première qui permettait de le produire n'a augmenté que de 40 cents en 73 ans, suivant la volonté des compagnies occidentales qui faisaient la pluie et le beau temps.
LA MONTÉE DE L'ASIE
Derrière cette réaction apparaissait surtout un début de prise de conscience, voire de révolte, des fournisseurs de matières premières face à un ordre économique international jugé de plus en plus injuste. Une des premières conséquences visibles des deux chocs pétroliers (1973 et 1979) était la montée du chômage. Facteurs aggravants, les conséquences commerciales de l'éclatement des règles monétaires arrêtées à Bretton Woods en 1947 (SMI), l'internationalisation des économies et les évolutions technologiques, entraînent des restructurations industrielles et parfois même le déclin de certains secteurs d'activité. La détérioration des termes de l'échange fait qu'un certain tiers monde n'aspire plus à rester simple réservoir de matières premières et débouché pour produits finis occidentaux. Pour autant, ces pays n'auront pas réussi à changer les données économiques internationales par le canal des matières premières. Pourtant, certains d'entre-eux vont entrer dans la cour des grands par une voie inattendue. En effet, au nom de la course à la compétitivité, des firmes japonaises et dans une moindre mesure occidentales, ont transféré des technologies. L'effet a été entre autres de mettre sur orbite les tigres et dragons asiatiques (Taiwan, Singapour, Hong Kong, Corée du sud...). Ils produisent désormais avec les mêmes outils, des biens identiques à des niveaux de salaires souvent inférieurs de 90 % à ceux de leurs concurrents européens sans parler (pour certains) de l'utilisation des enfants ou de l'absence totale de politiques sociales. Néanmoins, leurs systèmes de production et de distribution, épargnés par des coûts élevés du travail et du poids des syndicats, sont devenus sinon plus, du moins aussi compétitifs que ceux de leurs concurrents extérieurs. La preuve en est qu'ils ont conquis et tiennent d'énormes parts de marché qu'ils ne sont pas prêts de céder. Même si dans un souci d'équilibre certains se réjouissent de l'essoufflement de leurs systèmes économiques qui commencent à connaître des problèmes identiques à ceux des économies occidentales, une sous traitance efficace commence à voir le jour en Malaisie, Birmanie voire au Pakistan. Et à plus ou moins long terme la problématique chinoise risque encore de compliquer les choses. D'une production industrielle planifiée à 80 % il y'a seulement 10 ans, diverses réformes ont fait chuter ce chiffre à 15% dans une économie où les taux de croissance du PIB tournent autour de 13 % en moyenne sur les trois dernières années. Quant au poids des échanges extérieurs, il a été multiplié par 12 en 15 ans passant de 20 Milliards de dollars en 1979 à 237 Milliards de dollars en 1994. Ainsi dans les échanges entre l'Union européenne et la chine, l'excédent commercial européen des années 80 s'est transformé en déficit de prés de 10 Milliards d'écus. La prophétie d'Alain Peyrfitte est en passe de se réaliser sur le plan économique. Car en dépit des crises financières de ces dernières années, les centres d’interets économiques du monde risquent toujours de se déplacer vers l’Asie, notamment la Chine.
LE TEMPS DES BOUCS ÉMISSAIRES
Dans un premier temps, face à ces nouvelles données, on a traité uniquement des symptômes, provisoires pensait-on. Mais devant la persistance du phénomène du chômage, il est devenu urgent d'agir sur les causes. La nécessité en était d'autant plus grande que malgré les diverses mesures prises, le fléau ne cesse de se répandre. Aucune région ni catégorie sociale n'est épargnée; en 1996, plus de 12 % de la population active française est sans emploi. Aussi, l'équilibre économique des sociétés occidentales qui reposait auparavant sur des taux de croissances forts et qui généraient des créations d'emplois correspondants, est bel et bien rompu. En France comme chez beaucoup de voisins européens, le seul secteur relativement épargné est celui de la fonction publique considéré à tort aujourd'hui comme un repère de nantis. Il ne faut pas perdre de vue que les fruits de la croissance passée ont surtout bénéficié au secteur privé, où durant les "trente glorieuses", il était plus que gratifiant et rémunérateur de travailler. Sans pousser jusqu'à l'image du fonctionnaire "vision Courteline", les emplois publics étaient dévalorisés voire méprisés. Aussi, dans un contexte où le nombre de postes offerts était supérieur au nombre de candidats, des carottes comme la sécurité de l'emploi et autres rémunérations annexes pour maintenir ou attirer des éléments en priorité sollicités par le secteur privé, peuvent se comprendre. Au contraire de certains clichés, la fonction publique française est l'une des plus efficaces d'Europe. En période de forte croissance, des écarts importants de rémunérations distinguaient le secteur public du secteur privé à l'avantage de ce dernier. Ces écarts se sont resserrés du fait que la récession, qui dure depuis deux décennies, a vu les salaires du privé revus à la baisse. Dans des secteurs sensibles comme la police, l'administration fiscale et douanière, les missions concernent souvent des intérêts énormes au profit de la nation. Il n'est pas difficile d'imaginer les risques courus par la collectivité si ces missions étaient assurées par des smicards ou des agents mal payés et menacés dans leur emploi.
ENTRE PROTECTIONNISME ET DÉLOCALISATION
Cependant, devant la vague des licenciements massifs et une courbe ascendante du chômage, on a continué à colmater des brèches en adoptant des politiques aussi différentes les unes des autres. Cela va des politiques ultra-libérales à la THATCHER, aux politiques de traitement social du chômage sous forme de divers programmes d'insertion basés sur la solidarité et qui impliquent un niveau très élevé de ponctions fiscales. Ces programmes n'ont pas infléchi la tendance du sous-emploi. Toutefois, bien des secteurs à la pointe de la technologie (chimie, aéronautique) ou industrie du luxe se portent bien. Mais paradoxalement, leurs résultats, pour l'essentiel en commerce extérieur, ne se traduisent pas en termes d'emplois créés. Aussi, une réalité très dure à admettre aujourd'hui, surtout par les décideurs politiques, est que dans la course à la compétitivité, beaucoup d'autres secteurs des économies occidentales se trouvent en face d'une alternative: protectionnisme ou délocalisation. La première est impossible à mettre en oeuvre pour cause de GATT. Mais aussi, une explosion démographique aggravée par un sous-développement économique chronique du tiers monde ne peuvent que constituer des facteurs de déstabilisation mondiale. Quant à la seconde, elle apparaît de plus en plus plausible. La plupart des pays de l'est européen se trouvent dans la situation de l'Europe occidentale au lendemain du second conflit mondial, terrain propice à un plan Marshall industriel. Identité de culture et main-d'oeuvre à bon marché sont des paramètres favorables à une implantation ou sous-traitance massive des industries occidentales. Ceci risque fort d’être favorisé par l’arrivée d’un grands nombre de pays de l’Est dans l’Union Européenne. Une telle ouverture pourrait dans une certaine mesure assurer la survie de secteurs de production en difficultés, mais elle continuera à supprimer des emplois en grand nombre en Europe de l'ouest. Ceci est d'autant plus inquiétant que le marché du travail, déjà étroit, devra aussi faire face à une arrivée annuelle de près de 150 000 jeunes français (250 000 selon le CNPF) hauts diplômés (bac + 4 ou plus) à la recherche d'un premier emploi. Seuls 80 000 postes correspondant à leur niveau de formation leurs seront proposés. Si ces prévisions se confirment, d'ici à la fin du siècle près de 800 000 jeunes hauts diplômés seront sur le carreau, sans parler des autres. Dans cette vision de l'économie de demain, les décideurs politiques doivent se préparer à faire face, quels que soient les outils statistiques ou tours de passe-passe employés, à des taux de chômage qui donnent le vertige. En clair, des millions de personnes actives ou encore dans le circuit scolaire ou universitaire, ne trouveront jamais un travail car ni l'Etat providence ni les entreprises en mutation ne seront en mesure de restaurer le plein emploi. L'Etat ne pourra garantir que la création d'emplois publics notamment dans l'éducation nationale qui aura besoin de 30 000 enseignants supplémentaires d'ici à l'an 2005. Quant aux entreprises, elles ont grandement réduit leurs effectifs depuis une quinzaine d'années. Pour autant, elles ont bénéficié par le biais de différentes mesures gouvernementales de plusieurs milliards de francs d'exonération pour les inciter à embaucher. Une politique qui n'a produit aucun effet vraiment significatif, car dans une logique de marché, le recrutement des entreprises dépend de la demande. Les deux objectifs de l'Etat sont l'assainissement des comptes par la réduction des déficits publics et la lutte contre le chômage. Il y a une contradiction fondamentale entre les ambitions de l'Etat et celles des entreprises.
La réduction des déficit publics et la création d'emplois en grand nombre impliquent des taux de croissance très élevés voire exceptionnels, ce qui dépend entièrement de l'activité des entreprises. Et l'objectif premier de ces dernières n'est pas la création d'emplois mais la production de bénéfices avec le minimum de moyens y compris humains. La révolution technologique actuelle les aide beaucoup dans ce sens. Toute analyse politique ou économique devra intégrer cette logique primordiale de rentabilité. Ainsi, d'aucuns pensent qu'il aurait mieux valu consacrer l'argent public à subventionner des emplois d'utilité sociale. Dans un hypothétique retour de croissance, les entreprises auraient quand même recruté pour faire face à une importante reprise de l'activité. Les effets pervers de ces politiques ont surtout mis en évidence une profonde fracture sociale dans une société malade du chômage de longue durée et d'exclusion. Pour retrouver une véritable cohésion sociale, la seule réponse de type économie de marché semble insuffisante. Au risque de contrarier les orientations des instances supranationales qui tendent à faire du moins d'Etat, les pouvoirs publics (Etat et collectivités locales) seront bien obligés à penser un nouveau type d'économie d'utilité sociale. Il faudra bien admettre un jour que les exclus de l'économie productive ne pourront être occupés que dans un sous-secteur (à la charge de la collectivité) où pourront être consolidés des emplois à statut intermédiaire entre travail et assistance.
RÉFORMES ET MOYENS
Toutefois, l'on peut se demander si la société française (l'Etat et les contribuables) sera en mesure de financer de telles orientations. Pour ce qui est des contribuables, on a atteint un niveau de prélèvements obligatoires qui reste l'un des plus élevés d'Europe occidentale. Quant aux pouvoirs publics, la défaillance des entreprises de plus en plus nombreuses, le manque à gagner en matière de recettes (TVA, impôt sur le bénéfice, impôt sur le revenu des contribuables devenus chômeurs), la montée continuelle du chômage et les mesures de son traitement social, ont engendré des coûts importants. Les déficits ont inévitablement été creusés, ce qui réduit la marge de manœuvre. Même s'il ne relève pas directement de la gestion de l'Etat, le déficit du système de protection sociale reste l'un des problèmes les plus importants du moment. A son origine, cette administration fonctionnait sur le principe de l'assurance. Elle ne supportait que des prestations dites contributives. Le principe était que seuls touchaient des prestations ceux qui versaient des cotisations en fonction de leurs salaires. Les cotisations des actifs alimentaient les retraites des anciens cotisants. Les premiers déséquilibres du système sont apparus avec une évolution démographique qui fait cotiser un nombre insuffisant d'actifs par rapport aux retraités. En outre, socialisation des politiques gouvernementales et conjonctures économiques défavorables à l'emploi aidant, l'Etat a étendu ces prestations à d'autres catégories non cotisantes (allocations familiales généralisées, minimum vieillesse versé à des personnes n'ayant pas cotisé à l'assurance vieillesse etc.). Ainsi, de la fonction d'assurance on est passé à celle de solidarité, sans que l'Etat ne contribue pour une part égale à cette extension. Toute politique réaliste pour l'avenir passera avant tout par un assainissement de tous ces comptes et une profonde réforme du fonctionnement de la société. Cette révolution socio - économique pourra-t-elle se faire avec l'aval des partenaires sociaux ? Ceci est une autre histoire...
Au demeurant, la plupart de ces déficits sont dus en grande partie à la récession et ses effets sur le chômage et à la défaillance des entreprises. Celui du système de protection sociale n'échappe pas à la règle. Il est seulement dû pour une modeste part à l'augmentation des dépenses sociales. En quatre ans, les dépenses sociales n'ont progressé que de 2,5% passant de 26 à 28,5% du PIB. Il est de bon sens notoire qu'une reprise sensible de l'activité réduirait ce pourcentage. Pour l'heure, en attendant la mise en oeuvre de ces réformes - qui vont se révéler douloureuses pour plus d'une corporation -, l'impératif économique commande. L'exonération des charges et le blocage des salaires directs profitent provisoirement aux entreprises. La hausse de la TVA et la création de nouvelles ponctions fiscales sous de formes déguisées, ont réduit la demande intérieure. Une faiblesse qui n’a pas été supplée par le commerce extérieur. Après une augmentation de 7,1% en 1995, les exportations n’ont augmenté que de 5,1% en 1996. Comme l'un des problèmes majeurs de l'économie actuelle est une crise de la demande, la démarche positive serait une relance par la consommation. Autrement dit, la feuille de paie n'est pas l'ennemi de l'emploi.... Annoncée par Jospin, promise par Chirac (ce qui visiblement sera tenue), la baisse des impôts va dans le bon sens. Mais le tout est de savoir comment le gouvernement Raffarin et ses possibles successeurs réussiront le tour de passe « Baisse des impôts et augmentation des dépenses ».
SYSTÈME DES RETRAITES :
LE COURAGE ET LA NÉCESSITÉ
Non ce n’est ni une fable socio-économique de Jean de la Fontaine ni une étude du professeur Monod, mais tout simplement ce que peut inspirer l’éternelle reculade de nos gouvernants, toutes tendances confondues, face à la question essentielle des retraites. Un sujet aussi sérieux ne peut se terminer par une simple boutade moralisatrice, car il engage notre avenir à tous. Au lendemain du second conflit mondial, notre système de retraites par répartition a été bâti comme un pacte basé sur les principes d’universalité et de solidarité entre les générations. Dans son fonctionnement, il ne supportait que des prestations dites contributives. En clair seuls en bénéficiaient ceux qui versaient des cotisations en fonction de leurs revenus. Les contributions des actifs finançaient les retraites des inactifs anciennement cotisants. Depuis plus d’un demi siècle ce système a permis d’assurer aux retraités un niveau de vie comparable à celui des actifs en réduisant fortement la pauvreté chez les personnes âgées. Entre 1970 et le début des années 90, le revenu des retraités a augmenté deux fois plus vite que celui des actifs. Malgré l’abaissement de l’âge de cessation définitive d’activités et qui a fortement accru le nombre de bénéficiaires du système, la situation des retraités n’a cessé de s’améliorer. Le montant du minimum vieillesse a triplé et de 2,2 millions retraités qui en 1970 vivaient au dessous du seuil de pauvreté, on en recensait plus que 1 million en 1998. Pourtant le système va se gripper très vite du fait d’une évolution négative de la démographie qui va faire cotiser un nombre insuffisant d’actifs par rapport aux inactifs bénéficiaires.
En outre, dans un contexte de crise économique et de fracture sociale avec son corollaire d’exclusion et de marginalisation des éléments les plus vulnérables, l’Etat va étendre ces prestations, comme le versement du minimum vieillesse, à d’autres catégories non cotisantes. Ainsi on est passé de la fonction d’assurance vieillesse à celle beaucoup plus large de grande solidarité. Seulement voilà, si depuis longtemps les démographes et économistes tirent la sonnette d’alarme, l’heure n’est plus aux reculades. Dans 6 ans la France sera confrontée à une accélération encore plus marquée du vieillissement de sa population. Les enfants du Baby-Boom vont arriver massivement à l’âge de la retraite, ce qui risque de créer un choc des générations. Dans le même temps, les démographes prévoient un élèvement continu de l’espérance de vie qui sera environ de 84 ans pour les femmes et de 75 ans pour les hommes. Le système de retraites par répartition a bien fonctionné pendant un temps car à l’origine il a été fallacieusement conçu dans un contexte favorable où l’espérance de vie était de 65 ans comme l’âge de la retraite, équation confortablement simple et élémentaire mon cher Watson... Mais aujourd’hui avec l’allongement de la durée de la vie 10 actifs cotisent pour 4 retraités. En 2040 ils seront 10 cotisants pour 7 bénéficiaires car la France comptera 10 millions de retraités supplémentaires et les actifs âgés de 20 à 60 ans diminueront de 1 million. Dès lors peut-on se demander comment préserver à terme ce système tout en assurant l’équilibre de son financement et ce d’autant qu’à partir de 2010 déjà il faudra trouver 280 milliards de francs supplémentaires par an pour payer les pensions des retraités. C’est totalement irrationnel et absurde comme tout le monde sait. Pourtant si rien n’est fait les évolutions démographiques seront l’onde de choc qui fera exploser le système. Beaucoup de pays de l’Union Européenne confrontés au même problème ont déjà réagi comme l’Allemagne qui a anticipé ses difficultés en ramenant la durée des cotisations à 45 ans. Cette nation germanique et aryenne a également avalé des couleuvres en sacrifiant son vieux principe du droit du sang au profit de celui du sol.
Cette concession historique lui permet d’intégrer d’actuels et de futurs cotisants au teint basané jadis indésirables, pour dynamiser sa courbe démographique. Mais en France les gourous d’extrême droite redoutables polémiqueurs et racistes pathologiques ont depuis longtemps influencé les politiques de tous bords pour écarter cette hypothèse. Et hélas dans le même temps, le seuil de renouvellement des générations a été franchi dans les DOM. Pour ne citer que l’exemple de la Guadeloupe qui de 6 enfants en moyenne par femme dans les années 60, a vu depuis le dernier recensement le taux de fécondité des femmes passer sous la barre des 2,1 avoisinant désormais celui des nations occidentales. Autrement dit notre système de retraites par répartition est plus que jamais menacée par une dangereuse évolution démographique. Il faut donc chercher des solutions ailleurs. Elles existent et vont du possible relèvement de l’âge de la retraite avec révision du nombre d’annuités de cotisation (y compris dans la fonction publique), à la taxation des autres revenus des ménages sur le principe de la CSG, sans oublier une mise à contribution plus importante des revenus du capital spéculé tout en provisionnant des ressources en fonds de pensions. Cette dernière idée est sans doute bonne car elle permettra que les actifs paient les retraites d’aujourd’hui (répartition maintenue) et une partie de leurs retraites de demain sera capitalisée. Toutefois des exemples récents nous montrent la volatilité des placements boursiers car, ce système pervers implique aussi que grâce à la capitalisation d’une partie de sa retraite future, un travailleur français pourrait assurer une vie confortable à un retraité étranger sous le soleil de Santa Barbara, de Copa Cabana ou de la Costa Brava. Aussi entre retraite par capitalisation suggérée par les libéraux et le maintien du système actuel cher à la traditionnelle mouvance de gauche, il faudra bien arriver un jour à une solution intermédiaire. Mais pour l’heure face à l’urgence, la seule question que tout décideur, quelle que soit sa mouvance politique, semble réellement se poser est : comment opérer des réformes nécessaires et inévitables mais douloureuses, sans provoquer de vagues y compris se mettre à dos son propre électorat ? Pourtant si les gouvernants doivent toujours garder présent à l’esprit que leur fonction consiste à prévoir, celle-ci exige aussi sur des questions essentielles, un certain courage pour agir à contre courant lorsque l’intérêt général le commande. Bien sûr nul n’ignore en France qu’au nom du sacro-saint principe de préservation des acquis, il est difficile de réformer sans consensus social, tout aussi impossible à réaliser. A chaque grand projet de réforme, face aux « corporatismes-forteresses », la seule véritable majorité qu’un gouvernement est sûr de réunir est celle du refus et de l’affrontement. Mais au demeurant cela n’est pas nouveau, il ne fait que perpétuer une vieille tradition. Jules César avait déjà observé et noté dans ses mémoires, un peu avant le début de notre ère, l’étrange et fascinante guerre civile permanente que se livraient les Gaulois. La culture d’affrontement n’est donc pas un obstacle en France mais un élément du débat avec lequel il faut toujours compter même plus de 2000 ans après. Le gouvernement Raffarin aura eu le mérite de le comprendre.
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