La Guadeloupe
APPROCHE STATISTIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE LA GUADELOUPE AU DÉBUT DU TROISIÈME MILLENAIRE
Par Tidiane N’Diaye
Avec une population de 422 000 habitants, l’archipel guadeloupéen compte environ 30% de chômeurs (au sens du BIT), parmi les 184 000 personnes qui constituent sa population active. Un taux très approximatif du fait de l’importance du secteur informel. L’importation de la presque totalité des matières premières, les distances qui séparent l’archipel des grands centres européens et des coûts salariaux supérieurs à ceux des pays voisins, sont parmi les handicaps structurels à un développement économique durable. Les transferts sociaux et autres rémunérations versées aux ménages entre autres, par les pouvoirs publics, gonflent aux trois quarts la part du secteur non marchand dans le PIB. Et comme une partie de ces transferts ne sont pas déclarés au fisc, environ seul 1 foyer fiscal sur 4 est imposable dans l’archipel.
Pourtant la Guadeloupe, contrairement au cliché classique de repaire d’assistés, est un des terrains les plus dynamiques (Tous DOM confondus) en matière de créations d'entreprises. Un grand nombre d’unités productives y ont vu le jour ces dernières années et malgré une conjoncture économique défavorable et la situation ultra périphérique de la Région dans l ’Union Européenne, leur taux de survie au delà du cap fatidique des trois ans, dépasse la moyenne nationale. C’est aussi un Département où le taux d’activité des femmes (48% contre 45% dans l’Hexagone), est en constante progression et désormais 1 créateur d’entreprise sur 3 est une femme. Longtemps caractérisée par une économie agricole d’exportation, l’archipel a vu la part de la valeur ajoutée de l’agriculture en totale perte de vitesse, y passer de 11% en 1970 à moins de 5% environ au début du troisième millénaire. Dans le même temps on a assisté à une explosion du monde des entreprises. Car si l’économie locale a enregistré une progression de son PIB d’environ 4% (soit le double de l’Hexagone), en moyenne au cours des trois dernières décennies grâce à des mesures publiques qui ont dopé l’investissement et l’activité, le rôle joué par les entreprises n’en a pas été moins dynamique. Celles-ci se sont profondément et durablement imposées à l’échiquier économique et social de l’archipel. Et ce, malgré la spirale d’étouffement que constituent les frais de personnels, la pression fiscale et les inévitables conflits sociaux. La majeur partie des entreprises guadeloupéennes sont concentrées dans l’agglomération pointoise qui a la particularité d’accueillir à la fois des unités commerciales, industrielles et celles évoluant dans les services aux particuliers comme aux entreprises. Cette zone située à un point stratégique à proximité du port et de l’aéroport, enregistre un très fort taux de densité d’établissements d’environ 100 pour 1000 habitants. A l’inverse, dans les îles du Nord, le Nord Grande terre, le Sud Basse Terre et la côte sous le vent, on s’est spécialisé plus ou moins dans l’exploitation du gisement touristique avec une grande concentration d’hôtels et de restaurants. Le secteur touristique occupe sans nul doute une place importante dans l’économie locale avec l’aéroport pôle caraïbes, véritable plaque tournante (près de 2 millions de passagers annuels) et le port qui enregistre une croissance soutenue des croisières et tout ceci avec une parfaite synergie entre ces deux points principaux d’arrivée et de départ. Toutefois, certains excès dans l’exploitation du gisement touristique et la qualité de l’accueil ont causé des torts peut-être irréparables au secteur. Il bénéficie de plus en plus d’une image négative à l’extérieur du fait de nombreux conflits sociaux avec coupures d’eau dans les hôtels, tristes champs de déchets, graffitis xénophobes voire racistes, agressions etc.
LE COMMERCE ET LES SERVICES,
POUMON DE L’ÉCONOMIE GUADELOUPÉENNE
C'est en règle générale le secteur du commerce et des services qui dynamise l’économie et attire massivement les nouvelles créations d'entreprises. Cette sphère dite tertiaire, est le poumon de l’économie guadeloupéenne. Ses activités prédominantes dans l'économie productive marchande ont accaparé la majorité des créations d'entreprises de ces dernières années et contribuent pour plus de 75% à la formation de la valeur ajoutée marchande. L’économie locale doit également beaucoup au secteur du BTP (bâtiment et travaux publics), au coeur duquel se trouve la construction. Il a la particularité d'être multiforme, les grosses entreprises y côtoient de petites unités souvent désorganisées avec des chantiers familiaux, dont les personnels sont sous déclarés ou non et beaucoup de "coup de main" et autres petits jobs. Cependant, le secteur du BTP emploie 12% des actifs occupés et représente 9% du salariat. Toutefois, ce secteur à l’image du tissu économique de l’archipel, qui compte 10 800 établissement artisanaux, soit 36% de l’ensemble des entreprises, est composé d'un nombre important de petites unités. L'artisanat est particulièrement présent dans le bâtiment guadeloupéen et réalise près de 70% du chiffre d'affaires du secteur. Les entreprises artisanales et de taille moyenne s’y trouvent en concurrence sur des marchés de faible taille, tandis que les grandes entreprises du secteur (plus de 50 salariés), réalisent le plus gros de leur chiffre d'affaires sur les travaux publics et les grands programmes immobiliers. Le BTP qui a connu une année 99 mitigée, devrait profiter d’une importante demande en logements privés et sociaux mais aussi, de nombreux chantiers publics (infrastructures routières, hôpitaux etc.), programmés entre 2000 et 2006 dans le cadre du nouveau DOCUP. L’autre secteur important de l’économie guadeloupéenne est celui de l’industrie agro-alimentaire. Il a longtemps constitué la seule activité industrielle locale. Ce secteur est généralement dominé aujourd’hui par les problèmes de la filière canne-sucre-rhum mais s’est diversifié depuis le début des années 70 avec l'implantation d'entreprises d'import-substitution produisant désormais sur place à partir de matières premières importées. A l’image de cette ingénieuse innovation, l’économie guadeloupéenne, tous secteurs confondus, constitue un des terrains les plus dynamiques en matière de créations d'entreprises.
Par définition une conjoncture économique défavorable incite plus volontiers à la prudence, mais beaucoup de chômeurs ou autres inactifs de l’archipel n’hésitent pas à se lancer à l'aventure en créant leur propre affaire. Et si environ 58,8% des entreprises crées au niveau national (DOM compris), passent le cap fatidique des 3 ans, les créateurs d’entreprises en Guadeloupe se situent au dessus de la moyenne avec un taux de survie de 62%. Les entreprises constituées en personnes morales sociétés etc., souvent par des créateurs bénéficiant d’une certaine culture de l’entreprise tant dans sa dimension juridique qu’économique, résistent mieux que celles déclarées en personnes physiques. D’autres facteurs expliquent aussi la survie des unités crées comme une bonne connaissance du monde économique, des statuts juridiques, des secteurs d'activités et les lieux d'implantation. Nombre d’entreprises locales doivent leurs chances de maintien au créateur lui-même qui bien souvent avait déjà exercé antérieurement une activité indépendante ou était un ancien cadre ou profession intermédiaire. Contrairement au cliché du « créateur bricoleur », beaucoup de guadeloupéens se lancent après études de marché sérieuse ce qui explique le nombre important d’entreprises qui passent le cap de la première année. Plus de 80% des créations se concentrent dans les secteurs des services, du commerce et de la construction, notamment le bâtiment. Mais l'impact de nouvelles entreprises dans l’économie guadeloupéenne a toujours été relativement faible sur l'emploi. Elles évoluent presque toujours, aux trois quarts dans le tissu de la micro-entreprise et occupent en moyenne entre 1 et trois salariés par unité à faibles charges. Se pose ensuite l’inévitable question du financement de départ et qui joue souvent un rôle déterminant car, plus de 75% des entreprises ayant bénéficié d’un prêt bancaire passent le cap des 3 ans, alors qu’elles ne sont à peine que 50% pour les autres. Il faut dire que si 32,8% des créateurs de l’Hexagone sollicitent un prêt bancaire, ils ne sont que 12,4% en Guadeloupe. Les autres ne comptent généralement que sur leurs faibles moyens financiers voire des aides familiales.
UNE ÉCONOMIE DE PAYS SOUS DÉVELOPPE MAIS
À CONSOMMATION DE TYPE OCCIDENTAL
D’une manière générale, les entreprises guadeloupéennes n’ont pas vraiment de problèmes de débouchés. Elles sont souvent confrontées à des difficultés liées à la trésorerie. Sur un marché à forte concurrence et minée par les fléaux de retards de paiements et d’impayés, souvent les chefs d’entreprises locaux puisent dans leurs ressources personnelles pour survivre. Mais longtemps restées dans l'ombre de l'agriculture et des administrations, les entreprises marquent aujourd'hui la vie quotidienne. Elles sont productives de manière suffisamment significative pour générer comme ailleurs des revenus. Même avec une part plus modeste par rapport aux transferts publics dans le PIB, elles participent de plus en plus au bien être collectif des Guadeloupéens qui ont vu leur environnement socio-économique évoluer vers une société de consommation de type occidental. Aujourd’hui, 56% des habitants de l’archipel sont propriétaires de leurs logements et seuls 16% d’entre eux sont encore considérés comme surpeuplés. Au cours des vingt dernières années, le taux des ménages connectés aux réseaux d’eau et d’électricité est passé de 32% à environ 94%. Pour une consommation d’eau évaluée à 29 Millions de M3, l’archipel produit désormais 56 Millions de M3 couvrant ainsi largement les besoins locaux. Plus de 9 foyers guadeloupéens sur 10 sont équipés de téléviseurs et de réfrigérateurs, 87% de téléphone et 54% des ménages possèdent une voiture.
Le SMIC local a été récemment aligné sur celui de l’Hexagone. Entre 1970 et 1994, le revenu disponible des ménages est passé de 4000 Frs par habitant à 47 500 Frs. Pourtant ceci ne doit pas faire oublier que l’archipel compte 28203 RMIstes et que près de 70 000 Guadeloupéens, soit un habitant sur 6, vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1500 Frs par personne et par mois). Les ménages sont de plus en plus vulnérables et en proie à des difficultés de surendettement et d’exclusion sociale aggravés par un phénomène de chômage de longue durée qui prend des proportions inquiétantes. Et malgré le dynamisme du secteur des entreprises, le PIB continue en grande partie d’être artificiellement gonflé de transferts publics par les rémunérations versées aux ménages et autres prestations sociales qui génèrent du pouvoir d’achat. Celui-ci reste cependant toujours orienté en priorité vers la consommation au détriment de l’épargne et de l’investissement. Ainsi, la demande des ménages est le principal moteur de la croissance de l’économie guadeloupéenne. Il est vrai que même en période d’essoufflement, certaines dispositions comme la loi Perben sont venues soutenir la demande des ménages par aides fiscales ou alignement du SMIC qui ont eu pour effets de stabiliser la consommation autour de 6,9% en moyenne par an. Mais l’un des principaux bénéficiaires de la demande des ménages est le secteur de l’automobile qui ne s’est jamais aussi bien porté. 14 000 Véhicules supplémentaires ont été immatriculés dans l’archipel en 1999, soit une augmentation de 7% des achats pendant que l’ensemble des autres secteurs, notamment agricole et agro-alimentaire, connaissent des difficultés. La banane reste toujours en deçà de ses possibilités dans un secteur où les planteurs sont de plus en plus endettés et leurs ressources totalement dépendantes de l’évolution mondiale des produits tropicaux sous la dictature de l’OMC. Les phénomènes climatiques ont durement touché le secteur - le cyclone Georges a détruit 80% des bananeraies -, et des coups de grâce portés par les différents blocages du port, ont fait évoluer les exportations à la baisse. Dans ce contexte, l’effet d’entraînement tant annoncé d’un environnement national ayant renoué avec la croissance, ne s’est pas traduit de manière positive sur l’économie de l’archipel du fait de conflits sociaux récurrents aggravant les blocages des traditionnels handicaps structurels.
QUELS OUTILS POUR QUEL DÉVELOPPEMENT ?
En abordant un nouveau millénaire qui sera marqué par la jungle de la mondialisation, l’on peut au demeurant s’interroger sur l’efficacité des divers outils de développement mis en place depuis des décennies. L’un des derniers et qui devait provoquer des miracles, est la loi de défiscalisation. En fait elle a surtout bénéficié à des contribuables fortement imposés dans l’Hexagone et qui ont vu là un moyen inespéré, d’opérer des placements financiers sans grands risques. Et au demeurant le principal destinataire de ces dispositifs, c’est-à-dire le secteur touristique via ses hôtels et ses bateaux, est celui qui dégage les résultats les plus faibles et largement derrière l’industrie qui ne bénéficie pas des investissements de défiscalisation. Si cette mesure incitative s’est traduite par plus d’investissements et d’équipements dans l’archipel, ses effets ont été négligeables sur l’emploi. Entre 1986 (début de la loi Pons) et 1989, l’emploi salarié formel n’a progressé que de 4% alors que cette évolution était de 5% par an en moyenne avant la défiscalisation. Celle-ci n’a pas vraiment compté parmi ses objectifs la création d’emplois en grand nombre car le taux de chômage dans l’archipel est passé de 20 à 25% entre 1986 et 1994. Même l’Etat s’y retrouve à peine puisque les prélèvements obligatoires ont reculé durant cette période chutant de 38,3% à 37,5% ces dernières années. En fait l’arrivée massive d’investisseurs a renforcé un peu plus l’économie à deux vitesses de l’archipel entre les oubliés des zones déprimées, pauvres et les nantis des enclaves de luxe. Au demeurant, tous ces dispositifs-miracles n’ont pas vraiment changé grand chose. Ils laissent apparaître chez les investisseurs, plus un « mercantilisme aidé » à objectif hautement fiscal, qu’une réelle volonté de générer des activités de nature à favoriser le développement économique et social de l’archipel guadeloupéen qui en a besoin. Car dans une économie à fonctionnement rationnel et au sein d’un système de plus en plus décentralisé, le développement économique ne peut être tributaire de l’Etat providence. Il ne peut dépendre que d’un secteur privé suffisamment productif et dont les objectifs doivent être avant tout, de créer de la richesse au bénéfice des populations et de l’économie locales. Mais pour cela il faudrait que les législateurs et les acteurs politiques et socioprofessionnels accordent leurs violons, ce qui n’est pas une mince affaire.
II
SOCIÉTÉ ET INSÉCURITÉ EN GUADELOUPE,
LE VRAI DÉBAT
Depuis le milieu du XXème siècle, les profondes modifications de la vie économique et sociale en France avec répercussion sur ses Départements d’Outre Mer, ont sensiblement influencé les comportements délictueux ici comme ailleurs. En fait c’est le reflet d’une société de plus en plus riche mais fragile car, incapable de réduire ses îlots de pauvreté repaires naturels d’exclus révoltés et délinquants potentiels. Cela est encore beaucoup plus visible dans les grandes zones urbaines comme les banlieues des villes hexagonales ou l’agglomération pointoise. Le phénomène de la délinquance y est inséparable de la dégradation de la vie sociale. Dans cet environnement, le rythme et le mode de vie comme la structure fonctionnelle de l’espace, ne favorisent plus des relations sociales fécondes où jadis l’on pouvait apprendre le rapport à l’autre. Entre 1980 et 1998, si la population guadeloupéenne n’a progressé que de 1,3%, les vols avec violence, notamment attaques à main armée, ont été quant à eux presque doublé en 5 ans passant de 550 en 1994 à 1055 en 1998. Ainsi, malgré une certaine efficacité de l’action policière pour enrayer ces fléaux, en 1998 (dernières statistiques fiables connues), le taux de criminalité en Guadeloupe, 63 pour 1000 habitants a dépassé celui de l’Hexagone qui était de 61 pour 1000 habitants.
En outre, cette explosion plus que inquiétante de la criminalité a particulièrement été favorisée par tout ce qui symbolise les tentations d’une société qui affiche sans pudeur l’insolence d’un luxe qui au demeurant n’est honnêtement accessible qu’à une minorité de citoyens. Difficile de nier la relation entre ce phénomène et l’explosion de la criminalité dans un archipel qui compte un tiers de sa population active au chômage, presque autant qui n’ont que le RMI pour vivre et un Guadeloupéen sur 6 évoluant du mauvais coté du seuil de pauvreté. Rien d’étonnant que dans un tel contexte, l’Etat apparaisse comme l’accusé n°1. Pourtant l’expérience des sociétés modernes confirme que la matrice socio-économique complexe de notre système, génère inévitablement un « mal être » chez certains groupes sociaux vulnérables et dont le basculement se fait rapidement entre marginalité et délinquance. Toute marginalisation des exclus induit de l’agressivité qui en retour, engendre l’inquiétude et le sentiment d’insécurité comme celle que nous connaissons actuellement dans l’archipel. Ainsi, ceux que nous percevons plus acteurs que victimes, c’est-à-dire les jeunes, ont pourtant vu une inévitable mais pas toujours positive transformation de leur environnement socio-économique. Celle-ci a entraîné l’explosion de leurs repaires notamment familiaux et la dégradation des moeurs, pour preuve le nombre de viols sur mineurs déclarés et en constante progression depuis la partielle levée de la loi du silence. Aujourd’hui dans toute cellule familiale (principal fondement de l’architecture sociale), l’absence de l’un ou l’autre parent crée les conditions favorables à la délinquance. Toutes les études prouvent que les enfants élevés dans une famille monoparentale ont de plus fortes chances que les autres de commettre des délits. Plus de 80% des familles monoparentales sont formées d’une femme et d’un ou de quelques enfants ; cela signifie que c’est à la femme qu’incombe la tache de socialiser l’enfant. Les garçons qui sont particulièrement vulnérables à la délinquance, risquent d’en pâtir plus que les filles. Ils sont élevés dans des conditions souvent précaires mais surtout privés d’un modèle d’identification et d’une vraie figure d’autorité. Ceci est aggravé par l’échec scolaire qui fait également partie intégrante du tableau clinique du jeune délinquant. Mais le rôle de socialisation de l’école ne saurait être surestimé car l’enfant qui est issu d’un milieu criminogène peut devenir délinquant quelle que soit l’école où il sera envoyé. Et par on ne sait quel mécanisme, vient rapidement se greffer le phénomène de la toxicomanie comme remède miracle ou aboutissement logique. Dans l’archipel il provoque des ravages dans les milieux de grande pauvreté.
Malgré la résistance de leurs aînés à la drogue, les enfants des milieux défavorisés sont très vite appâtés par une consommation qui au début leur est servie gratuitement. Ils seront vite « accro » et finissent par servir de cibles permanentes aux pourvoyeurs. Les uns et les autres vont être alors contraints aux délinquances classiques qui accompagnent la toxicomanie des jeunes rapidement sans ressources c’est-à-dire la revente de drogue, le vol y compris avec violence comme les braquages devenus courants dans l’archipel. Ainsi, d’aucuns trouvent impossible d’éviter le débat sur cette insécurité qui est en grande partie une conséquence des tentations d’un système dont le moteur est une religion de l’avoir et du paraître au détriment de l’être et symbolisé par une consommation incitatrice mais ô combien frustrante pour les plus démunis. Toutefois, la réflexion est imprégnée d’à priori idéologiques et de polémiques politiques. Un débat qui oppose les partisans d’un Etat policier autoritaire et omniprésent et ceux qui prennent d’abord en compte la dimension économique du phénomène. Cependant, pour le citoyen moyen, la loi doit instaurer une frontière absolue entre le social et le non - social et les moins pragmatiques envisagent l’autodéfense pour pallier aux supposées carences de l’Etat. Ici apparaît donc la rupture provoquée par une politique pénale libérale de la délinquance, en relaxant trop vite les repris de justice ou en leur offrant des prisons de luxe. En fait pour résumer ce débat il tourne entre les vieux concepts de l’inné et de l’acquis. Pour les partisans du tout répressif, l’homme est un animal dangereux qui porte toujours en lui un éternel instinct de destructivité qu’il convient de canaliser, de socialiser ou de réprimer. Pour les autres, tout être humain naît bon son devenir ne dépend plus que des conditions de vie environnementales. Autrement dit l’homme est avant tout façonné par le milieu. L’ennui c’est que les partisans du premier concept refusent de croire à l’influence et à la responsabilité du milieu, qui est d’abord la famille et nous tous, avant d’être l’Etat policier ou notre système judiciaire. C’est donc dans ce cadre que doit se situer le débat et non ailleurs. Mais hélas - ou inévitablement selon les appréciations -, ailleurs veut aussi dire que de tous temps, le modèle de la civilisation dominante a influencé les autres. Ainsi, du pays de l’oncle Sam où une vieille maxime du Far West dit que Dieu créa les hommes et Samuel Colt les rendit égaux, nous est venue la progressive californisation de nos villes par le canal de la violence cathodique et autres vecteurs hollywoodiens « ramboiïsants ». Pour autant, nous devrions éviter de nous inspirer des réponses de ce système, qui est celui au monde qui a le plus engendré la violence. Elles commencent toujours par une dangereuse surenchère pour aboutir très vite à des extrêmes, à l’image de « l’Etat serial Killer » du Texas. Et lorsqu’une société en arrive à ne plus opposer que la loi du talion à ses enfants égarés et à ses désoeuvrés, c’est qu’elle aura désespéré de l’humanité depuis longtemps, ce qui est une première étape vers la décadence.
III
DE L’EMPLOI DES JEUNES EN GUADELOUPE...
Ce début de millénaire est marqué par une bonne santé de l’économie mondiale avec d’excellentes perspectives de croissance dans les pays de l’Union européenne. Celles-ci devraient même égaler le niveau de l’économie américaine qui a connu 8 années consécutives de croissance. Et de tout l’ensemble européen voire de l’OCDE, l’économie française est en passe de réaliser les meilleures performances. Pourtant, malgré l’effet d’entraînement souvent attendu, cette embellie économique n’a que très légèrement profité à l’archipel guadeloupéen (Taux de chômage ayant chuté de près de 4 points pour se situer actuellement autour de 26% ).Quant à la légère baisse du chômage des jeunes, elle s’explique plus par le succès des emplois aidés en Guadeloupe, que par les effets de la croissance de l’économie hexagonale. Autrement dit la problématique de l’emploi des jeunes actifs reste sérieusement posée.
Si toujours sur le papier la croissance locale est traditionnellement supérieure à celle de l’Hexagone depuis plus d’une décennie, elle reste grandement soutenue et ne crée pas suffisamment d’emplois significatifs au sens de la population active. Ceci est d’autant plus préoccupant que malgré une inversion des flux migratoires, l’archipel connaît encore une croissance démographique importante. Les emplois offerts sont en nette diminution du fait que la population active en âge de travailler augmente plus vite (en ordre de grandeur de 3 pour 1) que la croissance des emplois. Dans le même temps, on assiste à une précarisation du marché par des formules d’emplois temporaires ou saisonniers, ce qui est un des effets pervers du système des 35 heures. Aussi, certaines catégories de populations se trouvent plus vulnérables que d’autres. C’est le cas des jeunes qui sont un peu plus de 100 000 en Guadeloupe dans la tranche d’âge des 15-29 ans et dont le taux de chômage est de 44,5%. Et si l’on étend ce champ statistique à l’ensemble des jeunes plus ou moins adultes et qui n’ont pas encore 35 ans, ils constituent 62,1% des sans emplois de l’archipel. Cette réalité est aussi frustrante qu’elle interpelle, car c’est là un sombre reflet des angoisses d’une génération sacrifiée ou en voie de l’être si rien n’est fait. John Lennon écrivait un jour dans ses moments troubles : Si tu veux savoir où en est une société avec sa civilisation, il faut regarder sa jeunesse. En fait les nouveaux laissés pour compte de la société française d’aujourd’hui, semblent être les jeunes. Ils sont les premières victimes du non emploi et leur taux de chômage est largement supérieur à celui de la moyenne. Les jeunes sont également légion dans les emplois précaires en Guadeloupe, ce qui peut s’expliquer en partie, par l’échec scolaire. Plus de 50% des jeunes hommes et 42% des jeunes filles âgés de 25 à 29 ans sortent du système éducatif (encore inadapté au monde des entreprises), sans aucun diplôme. Et depuis l’apparition du phénomène du chômage, pour augmenter ses chances d’accès à des emplois salariés à plein temps, la possession d’un diplôme est indispensable. Ainsi, sans espoir d’emploi stable immédiat, beaucoup de jeunes choisissent d’allonger leur scolarité pour ne pas être trop démunis au moment d’affronter le parcours du combattant du marché du travail. Et face aux carences de l’économie locale qui exclue encore près du tiers de la population active de l’archipel, une certaine solidarité entre les générations joue pleinement. Elle permet à plus de 50% des jeunes hommes de vivre chez les parents pour continuer leurs études ou dans l’attente d’un premier emploi stable. Les filles du même âge (25-29 ans) quant à elles, entrent plus précocement en ménage et sont même plus de 17% à supporter déjà, une famille monoparentale avec un ou plusieurs enfants.
L’IMPASSE DES SOLUTIONS PUBLIQUES
Certes jusqu’ici un important dispositif d’aides a été mis en place pour faciliter l’insertion des jeunes dans la vie active. Mais près des deux tiers des emplois assistés se situent hors du secteur marchand voire tout simplement du secteur productif. Ce sont essentiellement des CES, CEC, CIA et plus récemment des Emplois-Jeunes, autrement dit un dispositif parking qui ressemble plus à un remède social, qu’à une réelle possibilité crédible de faire des jeunes des agents économiques à part entière. En fait, toutes ces mesures émanant des pouvoirs publics risquent à terme de se révéler inefficaces du fait que dans une économie saine, il convient d’éviter le mélange des genres. On ne développe pas économiquement un pays pas plus qu’on ne règle la question du chômage des jeunes par des décrets ou des lois, le plus souvent à portée électoraliste. Ni l’Etat ni ses relais décentralisés n’ont pour vocations principales de créer des emplois ou de développer une économie. L’expérience prouve qu’ils le font mal et à coup de ponctions fiscales très élevées. Ceci débouche souvent sur le gonflement artificiel de secteurs non productifs et a pour effet de décourager l’initiative privée. Les anciens régimes communistes planificateurs et bureaucratiques l’ont appris à leurs dépens. Aussi, les pouvoirs publics devraient se contenter de réguler les circuits économiques et d’aider à initier des projets et non de trop s’en mêler. Et au demeurant dans l’archipel guadeloupéen les vrais emplois créés par les structures publiques ne représentent en stock, que 27% de l’emploi salarié total. Cela est certes utile dans notre système pour assurer les traditionnelles missions régaliennes, mais négligeable au plan macro-économique. Car au delà des grands mouvements d’esprit de toute nature, il ne peut être de développement rationnel sans les entités économiques productives, généralement véhiculées et contrôlées par les entreprises privées et la volonté des autres acteurs économiques.
SECTEUR PRIVÉ: SEUL DEBOUCHÉ POSSIBLE POUR LES JEUNES
Il faut toujours partir du postulat que, l'objectif de toute entreprise n'est pas en priorité de créer des emplois pour plaire aux politiques, mais de réaliser des bénéfices avec le minimum de moyens (y compris humains). Ensuite, c’est de la contribution des entreprises et des ménages, les premières par le biais d’une partie de leurs bénéfices et différentes charges, les seconds par celui des revenus que leur versent les entreprises, que l’Etat et ses relais tirent essentiellement les moyens d’entreprendre ou de faire de la redistribution, si généreuse soit-elle. Aussi, toute mesure qui n’a pas pour principal objectif de raisonnablement soulager les entreprises de l’économie productive de l’archipel pour qu’elles embauchent ou d’inciter essentiellement les jeunes à créer les leurs par des moyens y compris financiers, est vouée à l’échec.
Notons que les économies les plus solides de nos jours comme celle des USA, qui n’ont qu’un taux de chômage de 4,7%, doivent grandement leur dynamisme à l’initiative des jeunes créateurs d’entreprises et généralement dans le secteur des services. Seulement là-bas ils sont souvent aidés par des structures financières disposant de capitaux à risques. Mais dans le système français l’obstacle - Et non des moindres -, est que depuis les nationalisations de 1945, nous avons hérité de la nébuleuse bancaire la plus ringarde du monde. Parce qu’elle est dirigé par des fonctionnaires détachés, qui ne viennent donc pas du secteur concurrentiel. Rien d’étonnant que les chefs d’entreprises en difficulté, et les jeunes créateurs souvent fauchés passent pour des suspects aux yeux de ces « boutiquiers Arpagon », frileux, allergiques à toute forme de risque économique et qui ne prêtent qu’aux riches, à moins d’avoir un bien immobilier à prendre en otage. Il est plus que temps de mettre fin à ce terrorisme bancaire qui torpille l’esprit d’entreprise et réduit de plus en plus les débouchés du privé.
ENFIN UNE BONNE ORIENTATION POUR LES JEUNES
Toutefois pour l’heure, l’aspect positif de cette vaste problématique est que le gouvernement dans sa loi d’orientation, a donné la priorité au développement économique face à l’institutionnel. Les nouveaux convertis au pragmatisme gestionnaire que sont les socialistes, ont visiblement rompu avec leurs vieux dogmes idéologiques pour reconnaître que c’est l’économique qui permet à l’Institutionnel voire à toute forme de pouvoir de fonctionner et non le contraire. Ainsi, ce dispositif qui coûtera 3,5 milliards aux contribuables, soit plus de 4 fois la loi Perben, va concerner dans son volet économique 9 entreprises sur 10 et plus de la moitié des salariés du privé. Ainsi, dans sa loi d’orientation il propose enfin quelque chose de concret aux jeunes. Chaque année, près de 10 000 d’entre eux âgés de moins de 30 ans en bénéficieront doublement. Il s’agit d’abord d’une formation professionnelle, sur place ou hors du département, (que l’Etat prendra en charge) et ensuite d’une aide en capital pour installer leurs entreprises au retour. Ces mesures auront le mérite d’orienter un peu plus qu’avant, l’insertion des jeunes dans l’économie productive plutôt que vers des emplois assistés et lourdement supportés par la collectivité nationale et qui débouchent souvent dans un néant artistique à mi chemin entre désarroi et révolte. Egalement seul l’économique étant capable de générer les moyens de la solidarité, un dispositif important permettra à un actif local qui le souhaite, de partir à 55 ans pour favoriser l’embauche d’un jeune. C’est une véritable révolution car cette mesure intervient à un moment où l’espérance de vie est de 74 ans pour les hommes et 82 ans pour les femmes et tout semble indiquer que ce n’est pas là un plafond. Il reste à espérer que la plupart des actifs concernés puissent jouer le jeu par un noble élan qui sera une véritable solidarité entre les générations et en faveur de nos enfants. Aussi, ingénieux et généreux serait un tel geste pour éviter à ces jeunes âmes pourtant bien nées, que la mise en valeur n’attende pas trop le nombre des années...
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hommes |
femmes |
total |
| 20/24ans | Actifs occupés | 4156 | 2158 | 6315 |
| | Chômeurs | 4704 | 51749 | 9853 |
| | Scolarisés | 4341 | 6850 | 11191 |
| | Autes inactifs | 1619 | 1566 | 3185 |
| | Taux d'activité | 59,8 | 46,5 | 52,5 |
| | taux de chômage | 53,1 | 70,5 | 60,9 |
| 25/29ans | Actifs occupés | 88,54 | 6980 | 15834 |
| | Chômeurs | 5469 | 7213 | 12682 |
| | Scolarisés | 636 | 970 | 1606 |
| | Autes inactifs | 1411 | 2623 | 4034 |
| | Taux d'activité | 87,5 | 79,8 | 88,9 |
| | taux de chômage | 38,2 | 50,8 | 44,5 |
L’ACTIVITÉ DES JEUNES GUADELOUPÉENS DE 20 A 29 ANS EN 1998
IV
L'ENTREPRISE, MOTEUR DE L' ÉCONOMIE GUADELOUPÉENNE
Longtemps restées dans l'ombre de l'agriculture aux Antilles, les entreprises marquent aujourd'hui la vie quotidienne en contribuant au bien être collectif. Leurs activités sont essentiellement commerciales c'est-à-dire qu'elles créent des produits appelés (biens et services), puis ceux-ci génèrent des revenus. En échange du travail qu'ils fournissent aux entreprises, les ménages perçoivent ces revenus pour consommer les biens et services produits par les entreprises. Ainsi, lieu de vie, d'activité et de répartition des revenus, l'entreprise est au coeur de notre circuit économique.
Est considérée comme Entreprise, toute personne morale de droit privé ou public (Sociétés), ou toute personne physique exerçant de manière indépendante une activité non salariée (Artisans en nom propre). L'entreprise est définie comme une unité économique, juridiquement autonome, organisée pour la mise en oeuvre d'un ensemble de facteurs de production de biens et de services destinés au marché. Quand elles ont un statut juridique de Société (SA, SARL, Groupement d'intérêt économique, Sociétés de personnes en nom collectif ou par actions), elles sont des unités dites à comptabilité complète c'est-à-dire qu'elles disposent de documents qui retracent la totalité de leurs opérations économiques et financières de l'année d'exercice ainsi qu'un bilan d'actifs et de passifs. Les personnes physiques exerçant une activité commerciale indépendante ont le statut d'Entreprises Individuelles. Ces dernières n'ont pas la même forme juridique que les sociétés. Les entreprises individuelles ne sont pas dissociées des ménages qui les possèdent et dont le patrimoine se confond avec celui de l'entreprise.
A sa naissance, l’entreprise bénéficie d'un acte d'état civil et tout au long de son existence elle passe par divers changements : de taille, d'activité principale ou de statut juridique. Aussi, pour identifier les entreprises et leurs établissements, l'INSEE a conçu un outil (SIRENE), qui est mis à jour en permanence à partir des déclarations, créations, modifications et cessations, recueillies par les centres de formalités des entreprises (CFE). Ces CFE sont des antennes inter-administratives implantées dans les chambres des métiers, chambres de commerce et d'industrie (CCI), Greffes, URSSAF et aux centres des impôts. Ils permettent aux personnes physiques ou morales de réaliser l'ensemble des formalités (administratives, sociales et fiscales) en un lieu unique. Depuis 1994, pour disposer de plus amples renseignements sur la démographie des entreprises, il a été mis en place un Système d'Information sur les Nouvelles Entreprises (SINE). Cet outil a pour principal objectif de suivre sur 5 ans des générations d'entreprises nouvellement créées. Dans l'archipel Guadeloupéen, on dénombre 27 400 établissements appartenant à des entreprises exerçant leur activité principale hors des secteurs de l'agriculture et des administrations. 40% de ces établissements sont implantés dans l'agglomération de Pointe A Pitre et les deux tiers ne comptent aucun salarié. Pour ceux qui emploient plus de dix salariés, ils sont près d'un millier tandis que deux mille de ces établissements emploient plus de six salariés. Les activités tertiaires (plus de 20 salariés en moyenne) sont prédominantes en occupant les trois quarts des unités devant l'industrie et la construction (10 à 19 salariés en moyenne) qui représentent 35% des activités de l'ensemble.
LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES EN GUADELOUPE
Sont répertoriées dans le secteur industriel les unités ayant pour activité principale la transformation de matières premières devant aboutir à un produit fini à des fins commerciales. Ces unités peuvent également réaliser certains services industriels, notamment installer ou réparer des matériels mécaniques ou électriques à caractère industriel. Le secteur industriel est présenté ici hors secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Le secteur de l'industrie regroupe les entreprises guadeloupéennes à activités industrielles employant un effectif égal ou supérieur à 6 salariés, soit une centaine. Elles emploient un total de 2600 salariés et réalisent un chiffre d'affaires de 2100 millions de francs. Ces entreprises exercent leurs activités dans les domaines de l'énergie (notamment EDF qui réalise 33 % du chiffre d'affaires du secteur), de l'industrie extractive, de l'industrie manufacturière (biens intermédiaires comme les filières bois, métaux destinés à la construction) et les unités de l'industrie agro-alimentaire. En Guadeloupe, la production de biens intermédiaires est fortement concentrée sur les produits minéraux tandis que bien d'équipement riment avant tout avec travail des métaux. La dernière enquête annuelle d'entreprise dans l'industrie réalisée par l'INSEE (EAE 1993), révèle que le secteur de l'énergie est de loin le plus important de l'industrie guadeloupéenne tant en matière de chiffre d'affaires que de valeur ajoutée. Grâce à l'EDF, l'énergie représente un quart des effectifs salariés et les trois quarts des investissements du secteur industriel. L'accroissement global de la productivité du secteur industriel observé lors de cette enquête est également dû à l'amélioration de la valeur ajoutée du secteur de l'énergie. L'Energie précède les industries agro-alimentaires qui font une entrée remarquée en occupant un tiers des effectifs, un dixième des investissements et un cinquième des réalisations. Quant aux biens intermédiaires, ils rétrogradent à la troisième place avec un quart des investissements et un quart des réalisations et des effectifs salariés. Dans le secteur industriel, la structure juridique des unités est généralement à caractère commercial. Le capital est détenu par des investisseurs locaux ou des groupes métropolitains ayant créé des filiales dans l'archipel. Toute création dans ce secteur nécessite généralement des investissements importants et il est fréquent de trouver des fonds européens, de l'Etat ou des collectivités locales sous forme d'aides pour les montages financiers. Les entreprises bénéficient également de certains avantage notamment en matière de défiscalisation. Dans le secteur industriel l'agro-alimentaire a longtemps constitué la seule activité industrielle de la Guadeloupe. Ce secteur a commencé à se diversifier depuis le début des années 70 avec l'implantation d'entreprises d'import-substitution produisant désormais sur place à partir de matières premières importées.
Le secteur des industries agro-alimentaires comprend les industries des viandes, du poisson, des fruits et légumes, des corps gras, l'industrie laitière, le travail des grains, la fabrication d'aliments pour animaux, et autres industries alimentaires, l'industrie des boissons et du tabac. Le secteur des industries agro-alimentaires est dominé par les problèmes de la filière canne-sucre-rhum (Beauport, Grosse-Montagne). Seuls Gardel et Grand'Anse semblent se maintenir. A l'image des autres secteurs, les entreprises industrielles sont implantées dans leur immense majorité autour de l'agglomération de Pointe A Pitre. Une main d'oeuvre plus importante et la proximité des infrastructures de communication tels le port et l'aéroport expliquent en priorité ce choix. Ceci a pour effet de provoquer depuis peu, la saturation de cette zone. Aussi, phénomène récent, on assiste de plus en plus au développement de secteurs relais à Baillif, Sainte rose, Arnouville et Jaula. La plupart des entreprises industrielles guadeloupéennes sont des unités de petite taille et emploient un nombre relativement faible de salariés. 72% d'entre elles comptent moins de 20 salariés et 94 %, emploient moins de 50 salariés. Enfin l'industrie connaît les mêmes difficultés que les autres secteurs de l'économie de l'archipel généralement confrontés à une faible demande. Pour les industries du bâtiment, la fin des travaux de gros oeuvre de la nouvelle aérogare nord a entraîné une diminution de 2,4 % des ventes de ciment en 1995. Toutefois, on y enregistre 33 % de radiations en moins durant le quatrième trimestre 1995 par rapport au quatrième trimestre 1994 et sur l'ensemble de l'année 1995 la moyenne est de 23 %. Les entreprises de l'imprimerie ont vu leur chiffre d'affaire progresser de 5 à 15 %. Dans les unités de fabrication de peinture et dans la chimie, l'activité a été particulièrement soutenue. Au quatrième trimestre 1995, la demande de peinture a été stimulée par la remise en état des bâtiments et autres lieux endommagés par les derniers cyclones mais également par les chantiers de la prison et de l'aéroport ce qui s'est traduit par une progression de 3 à 5 % du chiffre d'affaires des unités de fabrication de peinture. Le résultat le plus significatif du secteur en 1995, est celui réalisé par le secteur d'eau minérale avec un chiffre d'affaires en progression de 26 à 43 %.
LE TERTIAIRE, POUMON DE L'ÉCONOMIE GUADELOUPÉENNE :
Le commerce et les services sont les secteurs prédominants de l'économie productive marchande de l'archipel guadeloupéen. A eux seuls ils contribuent pour plus des deux tiers à la formation de la valeur ajoutée marchande. Le secteur du commerce comprend le commerce de détail (et intermédiaire) qui réalise 46% du chiffre d'affaires du secteur, il concerne la commercialisation à des particuliers jusqu'à l'installation et la réparation d'articles personnels ou domestiques chez le client. Le commerce de gros (36% du chiffre d'affaires du secteur), quant à lui, concerne les activités de commercialisation à des détaillants ou à des entreprises. Enfin, le commerce et la réparation automobile qui réalisent 18% du chiffre d'affaires du secteur. Sur les 16,7 Milliards de chiffres d'affaires réalisés par ce secteur en 1993, l'alimentaire pèse pour 39%. Le secteur du commerce compte 61% d'entreprises sans salariés. 84 entreprises employant au moins 20 salariés réalisent 42% du chiffre d'affaires du secteur. 9100 commerces (6500 établissements) dont les deux tiers en points de vente sans salarié, reflètent le dynamisme et la présence du petit commerce traditionnel (lolo etc..) en Guadeloupe malgré l'implantation des grandes surfaces. Toutefois, 350 établissements (commerce de gros, grands magasins de meubles, d'électroménager, de loisirs et grandes surfaces) emploient au moins 10 salariés. Quant au secteur des services marchands, il comprend 8900 établissements opérant dans les activités immobilières, les services aux ménages, les activités de récupération, les agences de voyage et les services aux entreprises (hôtels-restaurants, éducation-santé-action sociale, services personnels). Si l'on exclue l'éducation et la santé, 12 500 personnes sont employées par les 3300 entreprises des services. Les plus gros employeurs du secteur restent les hôtels-restaurants avec 45% des effectifs mais enregistrent le plus faible résultat de valeur ajoutée par personne occupée loin derrière les activités immobilières. L'enquête annuelle d'entreprise dans les services en 1994 révèle un élargissement du tissu des entreprises du secteurs des services marchands de plus de 1,7% et d'une augmentation des effectifs de + 9,3% en moyenne aux Antilles et en Guyane. La majorité des entreprises de ce secteur sont de petites tailles et emploient moins de 6 salariés pour 95% d'entre elles. Ce tissu de micro-entreprises est bien implanté en région et couvre la presque totalité des services et notamment, ceux rendus aux particuliers. 3361 entreprises du secteur évoluent dans des activités de traiteurs ou de cafés-hôtels-restaurants. Dans les services de blanchisserie, de coiffure ou autres services funéraires, le tissu de la micro-entreprise assure une grande couverture en laissant peu de place aux grosses unités. Avec un investissement supérieur, les petites entreprises réalisent prés de la moitié (49,6%) du chiffre d'affaires des services rendus aux particuliers. L'enquête annuelle de l'INSEE sur les services en 1994 observe également la montée en puissance de l'activité de gestion de l'habitat social des entreprises de l'immobilier. Les 631 entreprises concernées ont investi 497 millions de francs et occupé à cette activité, 65% des effectifs salariés du secteur.
QUAND LE BATIMENT VA MAL...
Au coeur du secteur de ce qui est généralement appelé BTP (bâtiment et travaux publics), se trouve la construction. La construction recouvre la réparation des sites, la construction d'ouvrages (de bâtiments ou de génie civil), les travaux d'installation et de finition, la location avec opération de matériel de construction. Le secteur du BTP a la particularité d'être multiforme. Les grosses entreprises y côtoient de petites unités souvent désorganisées avec des chantiers familiaux, personnel sous déclaré ou non et beaucoup de "coup de main" ou autres petits jobs. En 1994, sur 9200 salariés, seuls 4300 d'entre eux ont fait l'objet d'une déclaration. Cependant, le secteur du BTP se place en tête des secteurs productifs de l'archipel guadeloupéen en employant 12% des actifs occupés et représente 9% du salariat. Toutefois, ce secteur est composé d'un nombre important de petites unités, 3500 établissements des 5130 du secteur se limitent au chef d'entreprise. L'artisanat est particulièrement présent dans le bâtiment guadeloupéen. Le cas de Terre de Haut illustre parfaitement ce phénomène, sur 17 artisans recensés, 14 exercent leur activité dans le bâtiment. Ainsi, dans l'archipel, l'artisanat réalise 70% du chiffre d'affaires du secteur du bâtiment. Les entreprises artisanales et de taille moyenne se trouvent en concurrence sur des marchés de faible taille, tandis que les grandes entreprises du secteur (plus de 50 salariés), réalisent le plus gros de leur chiffre d'affaires sur les travaux publics et les grands programmes immobiliers. Au sens économique, seuls 152 établissements sont non artisanaux c'est-à-dire égalent ou dépassent 10 salariés. A l'autre extrémité, seule une dizaine d'entreprises emploient plus de 50 salariés et réalisent 48% du chiffre d'affaires du secteur et versent 47% des rémunérations. Le secteur du BTP a profité du dynamisme démographique que connaît l'archipel guadeloupéen depuis 1982, qui a entraîné un besoin de milliers logements supplémentaires et d'infrastructures. Entre 1982 et 1991, on dénombre près de 42 000 logement construits dans l'archipel. Par l'incitation des particuliers à construire des maisons individuelles et la récupération d'activités de sous-traitance des grandes entreprises, le bâtiment a profité des lois de défiscalisation (reconduites ensuite), pour conforter sa position dans l'économie guadeloupéenne. Toutefois, le BTP a connu une phase de récession à partir de 1992. Cette situation a poussé nombre d'anciens salariés du secteur à se mettre à leur compte.
Ainsi, durant cette période, on a assiste à un gonflement des effectifs de l'artisanat essentiellement dans le bâtiment. Cependant, le chiffre d'affaires du secteur est resté stable en 1994 grâce aux travaux routiers et aux différentes aides de l'Etat à la construction. Les travaux de la déviation de Petit Bourg (25 millions de francs) et ceux de la rocade nord de l'aéroport (50 MF), s'ajoutant à la construction de LES, de logements locatifs et à l'aménagement de l'habitat, ont permis ce maintien. Par ailleurs, 17 opérations sont programmées pour lutter contre l'insalubrité. Elles concernent 500 logements par an sur la commune des Abymes. Le LBU (ligne budgétaire unique) qui globalise l'aide de l'Etat au logement, est revenu à 441 millions de francs en 1994 en Guadeloupe. Les effets du dynamisme démographique des années 80 et la fixation d'une partie de la population active qui n'émigre plus font qu'à priori, les besoins de logements et d'infrastructures publiques devraient encore durer. Toutefois, si la livraison de la nouvelle aérogare et la poursuite de gros chantiers comme la rocade nord maintiennent un peu le secteur hors du rouge, le BTP va mal. Dans ce secteur, il est un refrain bien connu : carnets de commande vides, absence de développement planifié, charges trop lourdes, délais de paiement trop longs ....A ce refrain connu, il convient d'ajouter le lourd handicap que constitue le maintien d'un secteur clandestin très actif et dont la concurrence illégale est grandement préjudiciable aux entreprises du secteur. Dans le même temps, les procédures actuelles d'appels d'offres excluent trop souvent les entreprises locales au profit de sociétés relais qualifiées de "boites aux lettres" de grandes firmes nationales voire multinationales qui font la loi sur le marché. Cette situation relègue souvent les entreprises locales au rang de sous-traitants ce qui a pour effet de rétrécir leurs marges, occasionnant ainsi des difficultés supplémentaires dont beaucoup ne se relèvent pas toujours. Enfin, le schéma d'aménagement régional envisagé par les pouvoirs publics pourrait aider à harmoniser et planifier les investissements structurants dans le cadre d'une véritable politique de développement capable de relancer l'activité dont au premier plan bénéficierait le secteur du BTP. Pour l'heure, ce secteur reste à risques car les créations et les défaillances d'unités y sont courantes. Aussi, pour beaucoup d'entreprises du secteur l'avenir sera incertain.
L’ARTISANAT DANS L’ARCHIPEL GUADELOUPÉEN
L’artisanat est défini en fonction de l’activité économique exercée (production, transformation, réparation, prestation de service) et surtout de la taille de l’entreprise qui doit en principe compter moins de 10 salariés. Les entreprises artisanales sont particulièrement nombreuses en Guadeloupe et exercent leurs activités dans la construction, la réparation, les services et la fabrication. Toutefois, l’artisanat c’est d’abord les métiers du bâtiment, secteur qui regroupe la moitié des entreprises de l’archipel et réalise 70 % de la production artisanale. Dans ce secteur important, un artisan-maçon fonctionne dans près de 3 cas sur 4 sans salariés. Même s’il pèse d’un poids énorme dans le secteur, la construction n’en a pas le monopole. On y trouve également des entreprises de transport, du textile-habillement, de la viande ou de la réparation. A l’image des autres secteurs d’entreprises on enregistre une forte concentration des artisans autour de l’agglomération pointoise qui compte 30 artisans pour mille habitants contre 18 artisans pour mille habitants dans les grandes agglomérations de l'hexagone. Il faut dire que tout de suite derrière la construction on trouve la réparation, les transports et d’autres activités du secteur tertiaire pour lesquelles la forte concentration de population des grandes agglomérations constitue avant tout un marché important. En l’absence d’une véritable tradition artisanale en Guadeloupe, se pose la question de la relève et du maintien de l’activité. Cependant, l’artisanat attire de plus en plus de jeunes.
Entre mars et décembre 1994, 2211 jeunes guadeloupéens ont été reçus par le service apprentissage de la chambre des métiers et 52, 28 % d’entre eux ont trouvé un employeur . Pour 55,4 % de ces futurs artisans en herbe, les niveaux scolaires sont supérieurs à la classe de troisième de collège. Les jeunes ont également bénéficié de contrats de qualification dans le secteur, 34 en 1993-1994 et 54 contrats en 1994 - 1995. A son vingtième anniversaire en 1994, le bilan de la chambre des métiers est mitigé ce qui au demeurant est conforme à l’ensemble de l’activité de l’archipel. On note cependant, un relatif rajeunissement des nouveaux créateurs d’entreprises du secteur artisanal ainsi qu’un niveau de qualification plus élevé que par le passé. Dans le même temps, les radiations dépassent légèrement les immatriculations en moyenne sur les 3 dernières années. Ce phénomène s’explique partiellement par les difficultés du BTP, secteur le plus important et qui enregistre 43 % de radiations contre 31 % d’immatriculations. Certains secteurs géographiques se distinguent particulièrement en matière de créations. Dans les îles du nord de l’archipel on enregistre en 1994, 146 création à Saint Martin qui occupe la première place, suivie des Abymes (95 créations) mais talonné par Saint Barthélémy qui avec 66 créations de nouvelles unités occupe la troisième place. A elles seules, les îles du nord ont enregistré, pour l’époque considérée, 212 unités nouvelles représentant 23 % de l’ensemble des 885 immatriculations de l’archipel. Les immatriculations des îles du nord ajoutées à celles de la région de Pointe A Pitre, constituent plus de la moitié des créations d’entreprises artisanales en Guadeloupe (54,2 %).
LA DÉMOGRAPHIE DES ENTREPRISES :
APPROCHE JURIDIQUE DES DÉFAILLANCES ET SOUTIENS
La plupart des créateurs d'entreprise en Guadeloupe sont des chômeurs ou inactifs, jeunes (30 ans en moyenne), et ne disposant pas plus de 70 mille francs d'investissement pour se lancer. 90 % des nouvelles créations le sont dans le tissu de la micro-entreprise et n'emploient aucun salarié. Les secteurs du commerce, des servies et de la construction concentrent plus de 80 % des créations d'entreprise dans l'archipel soit 791 sur les 1038 unités immatriculées en 1994. A la fin de l'année 1995, le taux de survie de ces jeunes entreprises était de 72 % contre 76 % dans l'Hexagone. Même si défaillance ne veut pas dire cessation d'activité, il s'agit d'une situation de nature à renseigner sur la santé d'une entreprise. Une entreprise est dite en situation de défaillance à partir du moment où une procédure de redressement judiciaire est ouverte à son encontre. Une telle procédure peut (et doit) être déclenchée dès que l'entreprise se trouve en état de cessation de paiement c'est-à-dire qu'elle n'est plus en mesure de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. L'entreprise est alors tenue de déposer son bilan au greffe du tribunal de commerce compétent. Défaillance ou dépôt de bilan sont deux termes qui désignent la situation d'une entreprise suite à un jugement du tribunal compétent. Ce jugement en pareil cas, est une ouverture de redressement judiciaire qui n'arrête pas les activités de l'entreprise. La phase de fonctionnement qui va suivre, consiste à confier la gestion de l'entreprise à un administrateur judiciaire qui devra déterminer la viabilité de l'affaire, notamment si par un moyen ou un autre celle-ci peut retrouver une bonne santé permettant de faire face à ses charges. Aussi, dans l'affirmatif l'entreprise peut bénéficier d'un nouveau jugement de fin de redressement lui permettant ainsi de continuer comme avant sa défaillance. Dans le cas contraire, un jugement de liquidation est prononcé et consacrera la cessation d'activité. En règle générale, les défaillances d'entreprises n'aboutissent que pour une faible part à la cessation d'activité (souvent pour raisons économiques ou financières). Une scission (éclatement en plusieurs activités), une fusion acquisition (absorption par une autre entreprise) ou la simple fermeture pour diverses raisons peuvent conduire, en dehors de toute procédure, à la disparition d'une entreprise.
Dans l'archipel guadeloupéen, on a enregistré en 1993, un record avec 66 défaillances d'entreprises. Le BTP arrive en tête avec 33 entreprises défaillantes suivi du secteur de l'hotellerie-restauration avec 18 défaillances précédant de peu l'immobilier, secteur dans lequel 15 entreprises ont été défaillantes. Toutefois, ramené au nombre total d'entreprises, ces chiffres peuvent paraître négligeables du fait de l'importance du tissu de la micro-entreprise dans l'archipel. Le taux de défaillances d'entreprises tourne en moyenne autour de 1% pour l'ensemble des départements d'outre-mer alors qu'il atteint 3,4% dans l'Hexagone. Le niveau de développement économique et social du département n'est pas sans incidences sur la bonne santé des entreprises. Aussi, la Guadeloupe, région classée dans l'objectif N°1 ("en retard de développement"), bénéficie de l'effort de solidarité de l'Union Européenne. Dans le cadre des fonds structurels pour la période 1994/1999, les entreprises locales bénéficient d'un important dispositif d'aides financières. Ainsi, 57 millions de francs seront octroyés pour aider à la création d'entreprises et à l'embauche. 412 millions de francs d'aide seront consacrés au soutien, à l'adaptation et à la promotion de la compétitivité des entreprises guadeloupéennes. Pour les investissements matériels et immatériels des entreprises, ils seront aidés à hauteur de 223 millions de francs. Quant à l'ingénierie financière, les actions collectives et la créations de structures d'accueil des entreprises, est prévue une enveloppe de 126 millions de francs.

RÉPARTITION DES ENTREPRISES ARTISANALES PAR SECTEUR D’ACTIVITÉ ET TAILLE.

LES ENTREPRISES ARTISANALES PAR ACTIVITÉ ET ZONE D’IMPLANTATION

LES INDUSTRIES AGRO-ALIMENTAIRES PAR ACTIVITÉ

L’ÉNERGIE EN GUADELOUPE ET SON RÉSEAU ÉLECTRIQUE

LE BATIMENT ET LES TRAVAUX PUBLICS EN CHIFFRES
V
LES COMPTES ÉCONOMIQUES DE L'ARCHIPEL GUADELOUPÉEN
Les comptables nationaux élaborent et publient, toujours avec trois ans de retard, les comptes économiques définitifs de chaque département d’Outre mer. Ceux de la Guadeloupe que vient de publier l'Institut et qui portent sur l'année 1992, résument l'économie de l'archipel par une légère reprise de l'activité marchande, une contraction du commerce extérieur (avec la chute globale des importations), et une croissance de 9,5 % du produit intérieur brut (PIB) contre 8 % l'année précédente. Bien que toujours très ouverte sur l'extérieur, l'économie de l'archipel voit le poids de ses échanges extérieurs par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB), diminuer, passant de 64 % en 1991 à 51 % en 1992. Ceci s'explique par une sensible dégradation de la demande et des importations de biens d'équipements (-21 %), et de biens de consommation (-13 %), en 1991 et 1992. Les importations de biens et de services qui étaient restées stables autour de 9 milliards de francs en 1990 et 1991, ont diminué de 12 % en valeur et de 10 % en volume en 1992.
Le produit intérieur brut guadeloupéen s'élevait en 1992, à 18 milliards de Francs soit 44 651 frs par habitant. Cette croissance est due essentiellement au développement du secteur marchand car la croissance du PIB marchand a été de 11,2 % en 1992 contre 8,6 % en 1991. L'activité marchande de l'archipel est entraînée par les services marchands et l'industrie manufacturière. Dans le même temps, malgré la chute de ses prix du fait de la dérégulation du marché, la production bananière s’est redressée en volume. Avec 35 % du montant global des exportations guadeloupéennes, la banane reste le premier produit d'exportation de l'archipel. Quant à la filière canne à sucre-rhum, en l'absence de véritable plan de restructuration, son avenir reste incertain et ce d'autant que la succession de catastrophes naturelles l'a ramené à son niveau le plus bas depuis deux décennies. La chute de la production de cannes à sucre en 1992 (-18 %), s'est répercutée sur la production d'alcool et de sucre. Néanmoins, malgré le déclin de 30 % de ses exportations, le sucre demeure la deuxième production agricole de la Guadeloupe. Les autres industries agro-alimentaires stabilisent leur production au même niveau que l'année précédente (1991), tandis que l'industrie manufacturière enregistre une progression de 35 % de sa part de valeur ajoutée dans la valeur ajoutée globale de l'économie guadeloupéenne. L'année 1992 a également confirmé la récession dans le secteur du bâtiment. Cette mauvaise passe est due à des commandes différées par des collectivités locales confrontées à des difficultés budgétaires mais aussi aux effets atténués de la loi de défiscalisation. Par ailleurs, on note un sensible accroissement de la production du secteur hotels-cafés-restaurants en raison du développement du parc hôtelier. Cependant, le taux d'occupation des chambres est en baisse.
COMPTES ÉCONOMIQUES :
Comment sont-ils élaborés ? et pour quelle utilité
Les comptes économiques sont conformes aux principes qui régissent toute gestion rationnelle : en particulier, les dépenses doivent correspondre aux recettes, les sorties aux entrées. C'est la méthode des "équilibres ressources-emplois" (ERE), qui conduit au calcul du Produit Intérieur Brut.
Dans son principe même, la comptabilité nationale se veut une représentation aussi fidèle que possible de l'économie. Un de ses objectifs fondamentaux est donc la description du circuit économique avec ses interactions. Dans une architecture chiffrée, elle expose comment les entreprises créent des biens et services (flux réels), puis comment cette création génère des revenus (flux monétaires). En échange du travail qu'ils fournissent aux entreprises, les ménages perçoivent des revenus, qu'ils dépensent en achetant les biens et services produits par les entreprises. Les administrations tirent leurs ressources des prélèvements obligatoires ; en contrepartie, elles fournissent des services collectifs gratuits et redistribuent les revenus nationaux. Et enfin, dans une économie internationalisée, on importe des biens (pétrole, matières premières) pour compléter ou produire une partie de l'offre ; de même, on exporte pour satisfaire une demande extérieure.
Un important travail de collecte
Pour élaborer les comptes de ce circuit économique, le Système Elargi de
Comptabilité Nationale (SECN) fait côtoyer en permanence deux concepts :
RESSOURCES et
EMPLOIS. Sous forme d'équilibres, il vont être au coeur des
comptes détaillés des départements d'outre-mer, pour l'analyse de l'offre et
de la demande par produit. Les RESSOURCES représentent la quantité de biens et
services disponibles sur le marché. Les EMPLOIS représentent l'utilisation faite,
ou susceptible de l'être, de ces biens et services. Ainsi, avant toute
représentation ou traitement comptable de l'économie pour une année donnée,
se posent deux questions fondamentales : quelle a été la quantité de produits
(ressources) disponible sur le marché ? Où et comment avons-nous utilisé
(emplois) ces produits ?
Répondre à ces questions implique que l'on dispose avant tout des informations comptables de base, grâce à un important travail de collecte. Il s'agit de réunir l'ensemble des documents comptables des unités composant les secteurs institutionnels de l'économie[1], afin de retracer toutes les opérations accomplies par ces unités dans le cadre de leur activité au cours de l'année. Pour les administrations centrales ou locales, ce sont des "comptes administratifs". Les informations comptables concernant les sociétés et quasi-sociétés, les entreprises individuelles sont recueillies sous forme de fichiers extraits des enquêtes de l'INSEE (Enquêtes Annuelles d'Entreprise) ou transmis par les services fiscaux, suivant les déclarations de bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Pour les autres secteurs institutionnels, les documents comptables se présentent sous forme de rapport d'activité ou de comptes financiers. Les différentes opérations concernant les interactions entre Ressources et Emplois du circuit économique sont consignées dans ces documents comptables.
Satisfaire les besoins
Les
RESSOURCES disponibles sur le marché ont deux origines possibles : la PRODUCTION (P) et les IMPORTATIONS (IM). Par PRODUCTION, le SECN entend d'abord la production marchande, c'est-à-dire ce qui est produit pour être vendu comme le rhum, la banane ou les voyages en avion. Cette activité est le fait des entreprises privées, des travailleurs indépendants et des entreprises publiques à caractère industriel ou commercial (EDF, France Télécom..).[2]
Par IMPORTATIONS, le SECN entend "tous les biens entrant définitivement sur le territoire économique à titre gratuit ou onéreux, mais aussi tout ce qui est consommé hors du territoire économique par des résidents" (nuitées d'hôtel d'un Martiniquais au Canada, repas pris par un Guyanais au Surinam). Les RESSOURCES disponibles représentent donc la somme de la Production, et des Importations.
La finalité des RESSOURCES disponibles sur le marché est, bien évidemment,
leur utilisation pour satisfaire les besoins de consommation ou d'investissement des
agents économiques ; une partie d'entre elles sera également orientée vers l'exportation.
Les
EMPLOIS (ou utilisations des RESSOURCES) sont destinés en partie aux consommations intermédiaires (CI), telles que la farine (pour la fabrication du pain ou des gâteaux.), la canne à sucre (pour la fabrication du rhum), le ciment et la peinture (utilisés par les entreprises du BTP pour la construction de maisons). Il s'agit là d'un des postes les plus importants du marché intérieur car, pour produire, toutes les entreprises ont besoin de ces consommations intermédiaires (CI), qu'il s'agisse de matières premières, de produits semi-finis, ou d'énergie. Au terme du processus de production, les biens ou services atteignent une certaine valeur de production ; en soustrayant les consommations intermédiaires, on obtient une VALEUR AJOUTEE (excédent de la valeur des biens produits sur la valeur des biens consommés), qui représente la véritable création de richesse réalisée à partir du processus de transformation. C'est l'addition des valeurs ajoutées de toutes les branches ou secteurs institutionnels d'une région d'outre-mer au cours d'une année qui
permet d'approcher le Produit Intérieur Brut.
En termes d'équilibres
La consommation finale (Cf) est un autre poste des EMPLOIS. Elle représente l'ensemble des biens et services consommés par les ménages (à l'exclusion des logements ou maisons, considérés comme des investissements) et les administrations. Cette consommation finale des Ménages concerne principalement des postes budgétaires comme l'alimentation, l'habillement, les équipements et les loisirs (voiture, téléviseur, machine à laver, vacances). Par ailleurs, tout ce que consomment les administrations est considéré comme de la consommation finale. Les autres EMPLOIS sont : la formation brute de capital fixe (FBCF) ou investissement matériel, c'est-à-dire l'ensemble des biens durables acquis par les unités de production pour le fonctionnement de leur activité pendant au moins un an (bâtiments, meubles, machines, véhicules de service ou animaux de reproduction) ; les exportations (EXP) de biens ou services qui sortent définitivement du territoire économique et ce, à titre gratuit ou onéreux ; la variation de stocks (VS), c'est-à-dire l'ensemble des biens restant chez le producteur (en fabrication ou déjà produits) mais disponibles à l'échange.
Or, dans toute gestion rationnelle, les dépenses doivent correspondre aux recettes, les sorties aux entrées. Ce principe, le SECN le traduit en termes d'EQUILIBRES RESSOURCES - EMPLOIS. Autrement dit, pour l'année considérée, la quantité ou valeur des biens et services disponibles sur le marché (issus de la production ou des importations) doit être égale à la quantité ou valeur des biens et services consommés, stockés ou exportés. En outre, la plupart des biens et services étant soumis à divers droits et taxes, l'indispensable équivalence comptable ne pourra être réalisée qu'en intégrant ces facteurs. Dans les DOM, il s'agit des Marges Commerciales, des Droits de Douane, de l'Octroi de Mer et de la TVA (sauf en Guyane).
Pour chaque niveau de la nomenclature
Aussi, l'égalité suivante existe entre RESSOURCES et EMPLOIS :
Prod.+Import.+Marges+Douanes+Octroi+TVA) = CI+CF+FBCF y compris Marges+Var. Stocks+EXP.
Les marges commerciales, comptabilisées en RESSOURCES, représentent
alors la "production" des branches du Commerce. Pour assurer l'équilibre,
elles sont alors réaffectées en EMPLOIS et incluses dans les postes de
consommations (CF et CI) et la FBCF.
Les comptables de l'INSEE réalisent actuellement les équilibres RESSOURCES - EMPLOIS pour chaque niveau 600 de la nomenclature des activités et des produits (NAP)[4]. Pour la base 1990, ce niveau sera la NAF en 700 subdivisions. Les données statistiques utilisées pour les équilibres sont exprimées en francs de l'année courante :
- la production marchande du produit considéré, toutes unités confondues,
- les importations et exportations de ce produit,
- la TVA, l'Octroi de Mer et les Droits de Douanes perçus par l'Etat sur le produit.
Pour les DOM, chaque équilibre comporte un partage déterminé entre les différents postes d'Emplois et une ventilation des marges commerciales. En base 90, il y aura en outre des clés de ventilation des marges de transport. Soit le partage suivant, en emplois (exemple fictif, hors variations de stocks),
pour un produit "bois"
| production de bois |
% de consommation finale (CF) |
% de consommation intermédiaire (CI) |
% de FBCF |
| 100 tonnes |
30 |
50 |
20 |
Cela signifie que, pour 100 francs de bois produit, 30 sont consommés par les ménages ou les administrations (CF) ; 20 sont intégrées dans les investissements des entreprises ; 50 servent à produire d'autres produits, comme, par exemple, des charpentes ou des meubles.
Sur ces emplois, les taux de marge commerciale sont respectivement de 80% (marge sur CF), 50% (FBCF) et 30% (CI). Ce qui signifie que, pour une Consommation Finale (exemple, achat de bois par un particulier), le prix payé comprend en moyenne 80% de marge commerciale réalisée par le vendeur.
L'équilibre par construction
les données statistiques fixent ensuite :
| Production de X |
Importation de X |
Octroi + Droits de Douanes |
Exportation du produit X |
| 20000 |
136743 |
10819 |
200 |
On peut alors suivre un série d'étapes mécaniques qui assurent par construction l'équilibre entre les Ressources et les Emplois. La première étape est le calcul du marché intérieur (Marché Intérieur (MI) = Production + importations - exportations + taxes diverses). Ce marché représente la quantité de produit disponible sur le territoire. Il se partage entre les différents postes d'emplois, selon les clés de partage, soit dans l'exemple : MI = 20 000 +136 743 - 200 + 10 819 = 167362.
Le partage en emplois se fait donc comme suit :
30% pour la CF, soit 50209 sur lesquels s'ajoutent 80 % de marges commerciales, soit 40167,
50% pour la CI, soit 83681, plus 30 % de marges commerciales, soit 25104,
20 % pour la FBCF, soit 33472, plus 50 % de marges commerciales, soit 16736.
Ressources
| Production |
Importations |
Octroi + Droits de Douanes |
Marges commerciales sur CF |
Marges commerciales sur CI |
Marges commerciales sur FBCFCF |
Total des ressourcesF |
| 20000 |
136743 |
10819 |
40167 |
25104 |
16736 |
249569 |
Emplois
| CF yc marges |
CI yc marges |
FBCF yc marges |
Exportations |
Total des emplois |
| 90376 |
108785 |
50208 |
200 |
249569 |
La demande est pressante
Les équilibres Ressources - Emplois sont ensuite additionnés les uns aux autres pour donner l'Equilibre Général du Produit Intérieur Brut. C'est en effet à partir de cette égalité globale que l'approche du PIB par la production est établie[5]. La première étape est le calcul de la Valeur Ajoutée Totale, par la différence entre Somme des productions et Somme des CI. Le PIB est alors égal à la somme :
Valeur Ajoutée Totale + Total des Droits de Douane, Octroi de Mer et TVA.
Les agrégats, tels le PIB, sont essentiels pour tous les acteurs de la vie économique. Ils sont abondamment cités, comme données de cadrage de l'économie locale. Leurs variations sont suivies de près, en temps qu'indicateurs de l'évolution économique. Or, en 1995, on ne dispose encore que des comptes de 1991, et ce manque de "fraîcheur" est unanimement regretté. La demande nationale et européenne en la matière est pressante, en particulier pour le suivi des fonds européens accordés dans le cadre de l'objectif N°1 (rattrapage des régions en retard de développement, dont le PIB par habitant est inférieur à 75% de la moyenne européenne). Les nouvelles procédures d'élaboration des comptes économiques des Antilles et de la Guyane permettront de réduire les délais de fourniture de ces informations.
Le PIB est le principal Agrégat (grandeur synthétique) du SECN
et le plus utilisé pour mesurer les résultats de l'ensemble de l'économie.
Son mode de calcul est une synthèse des trois approches du circuit économique
(production, demande, revenus). C'est aussi à partir du PIB que l'on mesure
le taux de croissance par exemple:
PIB 1998 - PIB 1997 = taux de croissance du PIB de la Guadeloupe entre 1997 et 1998
|
[1] Administrations publiques et Institutions sans but lucratif, Ménages, Sociétés et Quasi sociétés, Sociétés d'Intermédiation financières indirectement mesurée, Entreprises d'assurance et Reste du monde.
[2]Il existe par ailleurs une production non marchande qui est, pour l'essentiel, le fait des administrations publiques et des Institutions sans but lucratif. Dans l'ancien système comptable (celui utilisé pour les Comptes des DOM), la production des biens et services non marchands comme les services rendus par les administrations (défense, sécurité, santé) n'étaient pas pris en compte. En 1976, par souci d'une description plus complète de la réalité sociale, le système actuel a élargi son champ en les intégrant dans l'élaboration des comptes, d'où son appellation de Système Elargi de Comptabilité Nationale (SECN).
[3] (PIB, voir encadré).
[4]Quelquefois aussi en niveaux plus fins, pour l'équilibre de certains produits particuliers, comme les produits pétroliers, la banane, le rhum ou encore l'activité des mutuelles.
[5]Son mode de calcul est une synthèse des trois approches du circuit économique
(par la production, par la demande, par les revenus). La variation du PIB est
le
taux de croissance de l'économie.
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