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LA GUADELOUPE

Situation :

La Guadeloupe se situe environ à 7° sud du Tropique du Cancer soit la même latitude que le Sénégal. Elle est distante de plus de 100 kilomètres de la Martinique (l'île anglaise de la Dominique est située entre elles deux), de 3500 Kms de New York et de 7200 Kms de la Métropole. Elle est souvent appelée "le papillon" compte tenu de sa forme ressemblant étrangement à celle d'un papillon aux ailes déployées. Elle est en effet composée de deux parties séparées par un petit bras de mer appelé "Rivière Salée" qui relie la Grande Terre (588 km²) région calcaire et la Basse Terre (848 km²) région de terre volcanique et pour cause puisque là se dresse le volcan de la Soufrière ! La Guadeloupe est en fait un archipel avec les Saintes au sud de la Basse-Terre, Marie-Galante au Sud-est, la Désirade à l'est, enfin Saint-Martin et Saint-Barthélemy qui sont les "îles du Nord".

Les origines du mot Guadeloupe :

Le père Dutertre (1610-1687), un des premiers chroniqueurs de l'île, fut bouleversé par la beauté et la clarté de ses eaux et lui aurait attribué pour cette raison le nom d'un auteur célèbre de cette époque appelé Lopez ; d'où le nom de "Agua de Lopez". Mais il est plus vraisemblable que le mot "Guadeloupe" fut donné à l'île par Christophe Colomb lors de son débarquement à Sainte-Marie à Capesterre, le 4 novembre 1493, pour rendre hommage à "Santa Maria de Guadeloupe de Estramadura" auprès de laquelle il s'était rendu en pèlerinage en Espagne pour la remercier de l'avoir sauvé de la tempête pendant son premier voyage. L'île était sans nom pour les conquérants espagnols, mais pas pour ses habitants les caraïbes qui l'appelaient "Karukéra", ce qui signifiait "l'île aux belles eaux".

Les vestiges d’une économie esclavagiste sucrière à Marie Galante













Des siècles avant les Européens, les amérindiens vivaient déjà dans les Antilles: les Arawaks au Nord et les Caraïbes au Sud. Les caraïbes étaient armés d'arc et de flèches empoisonnées. Ils embarquaient sur des pirogues pour piller les îles Arawaks. Ils se nourrissaient de galettes de manioc appelées 'cassaves', de bananes, de patates; ils buvaient la bière de banane. Lors de la conquête espagnole, quelques volées de flèches de la part des amérindiens suffisaient à chasser l'ennemi espagnol et ceci pendant tout le XVIIè siècle. Christophe Colomb découvrit la Guadeloupe le 4 novembre 1492 pendant son deuxième voyage. Par le traité de Tordesillas en 1494, les Espagnols et les Portugais s'étaient partagé le monde. La Guadeloupe était sous contrôle espagnole. Cependant, comme il n'y avait pas d'or sur la Guadeloupe, les Espagnols la négligèrent. Les autres pays de l'Europe furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIè siècle. L'Angleterre lançait ses corsaires contre les Espagnols alors que les Hollandais n'attaquaient les Portugais qu'à partir de 1595. Au début du XVIIè siècle, français, anglais et hollandais pouvaient participer à la conquête. Bientôt, par une alliance franco-anglaise, la colonie de Saint-Christophe apparaît (actuel Saint-Kitts-Nevis). En 1625, Belain d'Esnambuc se réfugiait dans l'île. Décidé à établir des français dans les îles voisines, le second d'Esnambuc, de l'Olive, se rendit en France où il rencontra du Plessis qui connaissait les Antilles. Entre temps, les Français avaient reconnu la Guadeloupe que les caraïbes nommaient Karukéra, la Dominique et la Martinique. Du Plessis et de l'Olive s'associèrent et obtinrent le commandement de la Guadeloupe. Ils recrutèrent des hommes sur place et débarquèrent à la Guadeloupe le 28 juin 1635. Pendant le voyage, du Plessis et de l'Olive s'étaient disputés et sitôt à terre, la colonie s'était divisée. A la mort de du Plessis, les Français attaquèrent las amérindiens. La guerre dura 5 ans. Il ne resta des caraïbes qu'en Grande-Terre et à Marie-Galante. La colonie de la Guadeloupe occupa le sud de l'île et l'ouest de Marie-Galante. La paix en 1660 avec les caraïbes favorisa l'augmentation de la population. Il y eut peu de nobles qui s'établissaient à la Guadeloupe. De même, les artisans manquèrent souvent. Les bourgeois étaient plus nombreux que les paysans. L'inégalité sociale était de rigueur, comme en France métropolitaine: la noblesse dominait le tiers-état. Cependant, les différences étaient surtout liées à la propriété des terres. Les grands habitants envoyaient leurs enfants en France alors que les petits habitants se contentaient de l'école tenue par des religieux.

L'organisation des colonies ne fut pas bouleversée par les changements que connut leur administration. On passa de gouverneurs à seigneurs-propriétaires en 1650 et de seigneurs-propriétaires à gouverneurs en 1664, date à laquelle fut fondé la compagnie des Indes Occidentales. Les premières compagnies avaient pour mission de faire venir aux îles des français par milliers. La condition difficile des paysans du XVIIè siècle en France les poussait à s'engager pour les îles. Mais, les engagés étaient souvent maltraités par les colons. Ainsi, le nombre des engagés chuta. Jusque là, les compagnies des îles ne cultivaient que le tabac. Il fut remplacé par le sucre, d'abord à Saint-Christophe, puis à la Guadeloupe et à la Martinique. Avec l'amélioration des techniques de fabrication des sucres et la multiplication des moulins, on acheta davantage d'esclaves. Les Français ne pratiqueront la traite des nègres que vers la fin du XVIIè siècle. La vie des nègres dans les colonies fut très dure. En plus de l'esclavage, ils étaient victimes de sévices. Ils marronnaient (ils fuyaient). Lorsqu'ils étaient re capturés, soit ils mourraient battus, soit ils perdaient plusieurs de leurs membres. D'autres, poursuivaient leur marronnage en dépit du Code Noir instauré en 1685. Toute guerre entre la France et d'autres puissances maritimes ralentissait le commerce des îles. De plus, les îles étaient constamment balayées par des ouragans, bouleversées par des tremblements de terre. Ainsi, après le tremblement de terre de 1736 et l'ouragan de 1738, les habitants de la Grande-Terre, ruinés, provoquèrent des troubles.

L'ouragan de 1751 causa une nouvelle disette. En 1758, le Canada étant défait, les Anglais cherchait à prendre les Antilles. A la Guadeloupe, le courage des colons fut vain. Basse-Terre, Saint-François, Sainte-Anne et Gosier furent incendiés, les plantations dévastées et des milliers d'esclaves sont capturés et emmenés à Antigua. Après trois mois de combats, la Guadeloupe capitule le 23 avril 1759. De même, la Martinique est prise.

L'occupation anglaise fut économiquement bénéfique pour la Guadeloupe : reconstruction de Grande-Terre, création de Pointe-à-Pitre. Bientôt, le traité de Paris laissait à la France, la Guadeloupe ainsi que la Martinique. Le problème de l'esclavage était toujours présent. Pour maintenir le maximum de main d’œuvre sur les plantations, le roi rendit encore plus difficile les affranchissements. Un esclave ayant sauvé son maître ne pouvait plus être qu'avec l'autorisation du gouverneur. Cependant, les esclaves s'émancipaient intellectuellement: ils étaient de plus en plus nombreux à lire. Aux Antilles, la Révolution française fut très bien accueillie. Mais tous ceux que le travail des esclaves enrichissait, refusaient de les libérer. En avril 1790, des nègres révolutionnaires se soulevèrent dans l'est de la Basse-Terre. La révolte des nègres des Trois-Rivières et l'égalité des droits accordés aux nègres en 1792 provoquèrent des vagues d'émigrations des colons vers les îles anglaises. Affaiblies, les îles furent de nouveau conquises par les Anglais en avril 1794 qui rétablirent de même l'esclavage. Les émigrés revinrent à leur île.
Au moment où la Guadeloupe capitulait, une flotte de Sans-Culottes partait de la France pour aider la Guadeloupe. La flotte fut bien reçue par la population lassée par les cruautés contre-révolutionnaires. Avec leur aide, ils occupaient Pointe-à-Pitre le 6 juin 1794 et affichaient le même jour le décret abolissant l'esclavage. Les nègres s'enrôlèrent quasiment tous dans l'armée et firent échouer les Anglais venant de la Basse-Terre aux portes de Pointe-à-Pitre. Comme en France, sous la Terreur, le gouvernement devait effacer toute trace de monarchie. Les contre révolutionnaires furent guillotinés. Les grandes Habitations furent exploitées pour le gouvernement. Les anciens esclaves devaient y travailler sans la liberté promise. Ainsi, en 1797, au Lamentin et à Marie-Galante, ils se révoltèrent. Certains nègres devinrent des pirates, terrorisant les Anglais et enrichissant la Guadeloupe. Nouveau chef de la colonie, Lacrosse débarqua en mai 1801. Il avait autrefois défendu la liberté et l'égalité des nègres. Mais il n'était plus le même homme. Lacrosse avait pour mission de ramener l'ordre ancien dans la colonie. En octobre 1801, la révolte militaire éclata et Lacrosse s'exila à la Dominique d'où il prépara la défaite des hommes de couleur. Lacrosse fit courir le bruit que ceux-ci étaient en rébellion cotre la métropole.

La paix qui s'annonçait avec les Anglais était signe de retour à l'esclavage. Ils opposèrent une résistance héroïque mais les soldats périrent à Baimbridge (Abymes) et à Matouba (Saint-Claude) le 28 mai 1802. Bonaparte avait rétabli l'esclavage. La flotte française est détruite à Trafalgar par les Anglais. Ceux-ci occupent la Martinique en 1809 et la Guadeloupe en 1810. Les îles ne seront remises à la France qu'en 1815. Ces changements de régime ont peu influencé les conditions de vies de ces îles. En effet, la première moitié du XIXème siècle sera marqué par de fortes tensions sociales. L'évolution démographique déjà commencée au XVIIème siècle s'accélère : le nombre des blancs diminuent par contre le nombre des hommes de couleurs augmente fortement. De 1790 à 1831, le nombre des esclaves de la Guadeloupe augmente de 8% malgré l'interdiction de la traite négrière de 1806. Le marronnage qui est le refus de l'esclavage a été particulièrement important entre 1802 et 1807 en Guadeloupe. Les colons formèrent des groupes de chasseurs des bois pour les traquer. Les maîtres vivant dans la peur des empoisonnements, voyaient en leurs esclaves des sorciers ce qui entraîna des répressions puis des révoltes. A partir de 1831, la Monarchie de juillet lance des réformes : Les libres de couleur reçoivent des droits civils, l'emprisonnement des esclaves est réglementé, l'arbitraire des maîtres est limité. La loi Mackau de 1845 permet aux esclaves de posséder des biens et d'acheter leur liberté même si le maître la leur refuse.

L'Angleterre ayant aboli l'esclavage en 1833, des esclaves fuient vers des îles anglaises telles que Antigua et la Dominique. Fils d'un riche porcelainier, Schoelscher découvre l'esclavage au cours d'un voyage en Louisiane et à Cuba. Il en est horrifié et publie plusieurs ouvrages réclamant son abolition immédiate. La Révolution de février qui a donné le pouvoir à des hommes de progrès lui fournit l'occasion. Le 27 avril 1848, il fait proclamer à Paris l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. En Guadeloupe, le 27 mai, l'esclavage a été pour toujours aboli. Les anciens esclaves de plantation fuient les habitations pour cultiver leur propre terre ce qui entraîne le déficit de main d’œuvre. C'est ainsi qu'en 1852, on fit appel à l'immigration des Congos : 6000 à la Guadeloupe. A partir de 1861, l'immigration indienne prend le relais : 45000 à la Guadeloupe. Pendant la seconde guerre mondiale, les colonies partent au secours de la métropole. Éloignées des champs de bataille européens, les Antilles échappent à l'agression germano-italienne. Des comités de soutien se créent en Guadeloupe pour envoyer aux soldats français des vêtements et des vivres. Entre 1940 et 1943, les Antilles sont sous le régime de Vichy. La jeunesse est embrigadée et loue le maréchal Pétain. Pourtant, dès juillet 1940, des Antillais s'insurgent contre la politique de Pétain et suivent le général de Gaulle. Des groupes de résistants se forment en Guadeloupe. Pour combattre l'Axe, ils gagnent clandestinement la Dominique et Sainte-Lucie. Finalement, les îles antillaises sont libérées un an avant la France. La paix revenue, le gouvernement français transforme les vieilles colonies en départements. En 1946, le représentant de l'état n'est plus un gouverneur mais un préfet. La loi de décentralisation de 1982 crée la région de la Guadeloupe.

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