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LES PAYS ACP
DANS LA JUNGLE DE LA MONDIALISATION.

Par Tidiane N’Diaye


Les pays de la zone Afrique, Caraïbe, Pacifique (ACP) dont beaucoup comptent parmi les plus pauvres de la planète, évoluent aujourd’hui dans un cadre où persiste un ordre économique international qui divise le monde entre pays industriels développés et les autres. Les premiers fixent les règles du jeu aux seconds qui subissent un diktat économique de plus en plus pesant. Les Pays ACP entre autres, généralement agricoles et exportateurs de matières premières, sont restés très dépendants des puissances occidentales et leurs économies régulées par les très aléatoires spéculations boursières. Il est difficile d’imputer cette réalité géo - économique injuste à une quelconque conspiration internationale des pays développés. Aussi pour comprendre, il faudrait remonter au XIXème siècle avec ses nombreux bouleversements qui ont transformé le paysage économique du monde, pour aboutir à la construction mondialiste actuelle. Au demeurant, cette entreprise gigantesque était inévitable parce que résultat des ajustements aux nouvelles normes de compétitivité internationale et aux lois du marché, pour dégager un gain optimal de ressources à l’échelle de la planète. Mais le tout est de savoir au profit de qui...

La révolution industrielle du XIX ème siècle qui s’est essentiellement développée en Amérique du nord et en Europe occidentale, est à l’origine de la division actuelle du monde en zones industrielles développées et zones sous-développées essentiellement agricoles. Cependant comme l’a démontré Marx, l’incroyable accumulation de capitaux grâce à l’économie esclavagiste, a servi de principal ressort économique au décollage industriel du monde occidental. Et on allait ensuite passer à une autre forme d’exploitation économique avec l’occupation coloniale des pays du Sud et le pillage de leurs sous-sols, pour alimenter les industries de transformation engendrées par la révolution industrielle. Dans le même temps une autre révolution, celle des transports, va favoriser l’expansion du commerce qui se cantonnait auparavant sur les côtes et le long des fleuves. Les puissances occidentales anticipant les conséquences d’une future autodétermination des peuples du Sud, vont ensuite empêcher l’industrialisation de la plupart des pays sous leur contrôle. La seule possibilité offerte aux pays tropicaux et non industrialisés, restait l’exportation de produits agricoles et de matières premières. Ainsi, les règles fixées par l’ordre économique international, allaient permettre de maintenir un écart important entre les pays industriels et les autres, dans le cadre de ce que l’on appelle communément les termes factoriels de l’échange. Cela veut dire en clair que ces règles condamnent les travailleurs des pays non industrialisés à être dépouillés dans toutes les transactions. Les exploitants dominicains ou ivoiriens auraient beau consacrer autant de soin et de compétence à la culture de leurs bananes ou ananas que les fermiers anglais et belges à l’élevage de leurs boeufs ou la culture de blés, leurs revenus respectifs seront toujours très différents. Dans le diktat économique des plus forts - Pays développés et qui contrôlent les marchés mondiaux -, les règles sont fondées sur le coût d’option et non sur le juste principe qui veut qu’à travail égal corresponde une rémunération égale. Ce système aura aussi bouleversé le fonctionnement traditionnel de beaucoup de pays tropicaux en imposant un modèle de développement calqué sur les sociétés occidentales. La précarité des voies de communication des pays tropicaux, l'absence d'industries de transformation en quantité significative pour traiter leurs matières premières et le contrôle des cours de beaucoup de leurs produits d’exportation par les règles du marché mondial, ont placé la plupart des pays de la zone ACP dans une position de dépendance totale. Une situation qui a mis en concurrence nombre de ces petits Etats exportateurs des mêmes matières premières (minerais, cacao, banane, ananas, café), tout en important les mêmes produits manufacturés.

Ainsi, ils ne peuvent développer de manière significative des échanges mutuels qui auraient grandement réduit leur dépendance commerciale vis à vis des pays développés. Ces derniers ont également imposé des cultures d'exportation par le canal du marché mondial, au détriment des cultures vivrières locales. Ceci a eu pour effet de changer les habitudes mais aussi de dénaturer durablement des régions entières. L'effet pervers de ce système, recentré dans une progressive Mondialisation de l’économie et toujours régulée par les mêmes, est que les pays développés verront une amélioration croissante de leur commerce extérieur tandis que celui des pays de la zone ne cessera de se détériorer. Pourtant, en termes de populations les pays développés ne représenteront bientôt plus que le quart de l'humanité mais absorberont les trois-quarts des richesses produites. Il n’y aura aucun changement notable si la Mondialisation ne réajuste pas les règles de fonctionnement de la finance internationale actuelle. Ses principes restent ceux de quelques banquiers voraces ou autres Golden Boys, qui raisonnent essentiellement en termes de profits conformément au modèle économique anglo-saxon ultra - mercantile. La situation est d’autant plus inquiétante que les décideurs politiques ont loupé le coche en ne se posant pas à temps les questions essentielles à savoir : Mondialisation, pour quelles finalités? En faveur de quels intérêts? Aussi, à leur grande désillusion, Mondialisation ne signifiera pas forcément garantie de rapports symétriques et égalité des chances. Les stratégies de croissance économique de cette architecture de dupes, vont inévitablement générer de nouvelles formes d’exclusion et de marginalisation. Ceci est tellement alarmant qu’au début des années 90, une réflexion a été menée à Bretton Woods. Elle a abouti à la notion de « groupes cibles » pour désigner les personnes âgées, les femmes et les handicapés comme possibles victimes de cette Mondialisation et pour lesquelles il devenait urgent de prendre des mesures. Si cette construction mondialiste de l’économie rend indiscutable l'impératif d'ouverture et d'échange, son diktat ultra - libéral, sous prétexte d'interdépendance économique, va transformer la planète en un vaste hypermarché où toute activité humaine ne répondra qu’aux lois de l'offre et de la demande. Or, le troisième millénaire devrait placer la dimension humaine au coeur de toute démarche politique ou économique.

Mais d’aucuns affirment que les grands Parrains de la Mondialisation ont prévu de faire aux Etats des « offres qu’ils ne pourront pas refuser » dans certains domaines, comme entre autres la production et les réformes sociales. Ceci pour favoriser la promotion d’intérêts privés et mieux s’attaquer aux droits acquis comme l’emploi et les protections sociales. Cette manoeuvre pourrait encore dépasser l’impensable, quand on sait que les puissants groupes pharmaceutiques s’entendent en ce moment pour freiner la recherche de vaccins (à coût abordable), contre le Sida sous le prétexte criminel et inhumain, que les pauvres ne constituent pas un marché intéressant. Aussi, pour réaliser le maximum de bénéfices, ils privilégient la commercialisation de médicaments onéreux et uniquement accessibles aux malades des pays riches. Cela se fait sans aucun scrupule, au détriments des populations défavorisées du globe et qui vont mourir par millions dans les prochaines décennies. Autrement dit économiquement et humainement, dans une Mondialisation contrôlée par les dinosaures adeptes du profit, beaucoup de pays de la zone ACP et plus largement du Sud, tout aussi pauvres risquent d'être entraînés dans une spirale de régression et leur avenir dangereusement hypothéqué. Pourtant, transcendant leur réflexe égoïste de nantis, ces grands prédateurs d’un néolibéralisme international, devraient réfléchir à la logique d’interdépendance qui sera au coeur de cette Mondialisation. Dans un tel système, les naufrages non - assistés voire provoqués des uns, peuvent avoir aussi un effet d'entraînement sur les autres

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