Les Falachas, Nègres errants du peuple juif de Tudiane N'Diaye
aux éditions Gallimard
[214 pages - 19,50 euros - ISBN : 2070771350]
Au début des années 1980, des milliers de Juifs Falachas partent de leur Ethiopie natale pour retrouver Israël et vivre leur rêve de " retour à Sion ". La situation de leur pays d'origine n'est pas au beau fixe après le coup d'état du colonel Menguistu : alors qu'Israël ignorait l'existence de ces Falachas depuis 1948 et ne reconnaissait pas la judaïté de ceux-ci, il organise leur évacuation. Mais, à leur arrivée, les ressortissants ont été confrontés à de nombreux problèmes sociaux, raciaux et ont retrouvé, pour beaucoup, la misère qu'ils avaient fuie.
Tidiane N'Diaye est économiste et cadre de l'INSEE Guadeloupe. Egalement directeur de recherches à Sup de Co Caraïbes, il a écrit de nombreux ouvrages sur les civilisations négro-africaines.
- EXTRAITS de "Les Falachas, Nègres errants du peuple juif"
Ce chemin était un véritable calvaire, qui durait un mois au minimum. En sortir vivant relevait de l'exploit, car les zones traversées étaient infestées de bandits et d'animaux sauvages. A leur arrivée (…), les Falachas étaient attendus par des bus et des ambulances, réquisitionnés depuis des jours. Les pauvres, fraîchement débarqués, démunis de tout sauf d'un maigre bagage, s'agenouillaient pour baiser la Terre Promise en priant. La médiatisation de l'événement commença en fait dès la fin l'année 1984 par un article publié dans Nekuda qui dévoilait le pont aérien entre le Soudan et Israël (…), l'opinion publique apprenait ainsi l'existence d'une opération " messianique " d'évacuation de malheureux Juifs noirs éthiopiens. [...]
En fait, leurs pratiques religieuses sont plus proches de celles de la secte juive hétérodoxe des Samaritains. Ils observent les mêmes durées d'isolement pour les femmes, pendant les règles et à la naissance. (…) L'on retrouve le même principe appelé Attenkunn, qui signifie " Ne me touchez pas ", chez les Falachas. Une recommandation qui impose à tout membre de cette communauté qui entre en contact avec des non-Juifs de se purifier avant d'approcher ses coreligionnaires. (…) Peu après la naissance sont pratiquées l'excision chez les filles et la circoncision chez les bébés mâles. Il convient toutefois de noter que dans nombre de sociétés africaines, d'autres ethnies pratiquent la circoncision pour une toute autre raison. [...]
En fait ce qui rend difficile leur intégration dans la société israélienne actuelle, voire leur véritable reconnaissance comme Juifs authentiques, semble relever d'une raison plus raciale que religieuse. Ceci parce qu'une évolution des principes du judaïsme se serait produite. La condition raciale par l'hérédité -celle de la religion étant simplement facultative- est devenue nécessaire (…). Aussi peut-on se demander pourquoi toutes ces manÏuvres démesurément médiatisées des autorités de l'Etat Hébreu pour les rapatrier. Et pourquoi aujourd'hui les Falachas se heurtent à un non-dit, dressé comme une barrière virtuelle mais infranchissable.