Razzia sur l'afrique
Razzia sur l’Afrique
par MICHEL GRODENT
Le Soir.be, vendredi 16 mai 2008, 12:57
Il y a deux ans, la publication de l’enquête de Robert C. Francis, Esclaves chrétiens, maîtres musulmans, mettait en évidence,
selon Jacqueline Chambon, l’éditrice de la version française, un « sujet politiquement incorrect, sous-estimé par Fernand Braudel
et par nombre d’historiens » : l’esclavage des blancs en Méditerranée, de 1500 à 1800, par les Barbaresques.
Les livres se suivent et, par certains côtés, se ressemblent. Traiter sur la longue durée de l’esclavage des Africains par les Arabes témoigne,
dans la conjoncture actuelle, d’un manque aussi flagrant de correction politique. Certains Africains et Arabes s’accordant à faire porter
à l’Occident la responsabilité de tous leurs maux, il n’est pas légitime, croient de bons esprits, de nuire par des révélations intempestives
à des ententes stratégiques.
Tel est le constat navrant dressé par Tidiane N’Diaye dans Le génocide voilé où il relate une enquête historique, rendue malaisée
par la rareté des sources, la disparition des archives ou l’absence d’archivage des documents. L’historien ne peut dissimuler que son
travail repose « sur des hypothèses, des récits de griots, des recoupements et des témoignages directs ou indirects. » On eût aimé
que son récit, assorti d’une bibliographie, fût pourvu d’un appareil de notes permettant de vérifier sur pièce : quand l’auteur dit que
selon Michelet, « la France aurait gagné à devenir musulmane », on voudrait savoir à quel texte il se réfère.
Cela n’enlève rien à l’intérêt de son propos qui, pour beaucoup, fera l’effet d’une bombe intellectuelle, la traite négrière et le mépris
raciste qu’elle supposait de la part des Arabes impliqués dans ce crime contre l’humanité ayant de quoi soulever le cœur.
A toute époque, l’esclavage des Noirs trouva en Islam des penseurs pour le justifier et les arguments théologiques ne manquaient pas.
Sous le regard de certains Européens et avec la complicité de roitelets locaux, véritables « collaborateurs » d’une entreprise génocidaire,
les razzias des chasseurs d’hommes en terre africaine eurent pour effet de ruiner des équilibres ancestraux.
Mettant à profit des témoignages, N’Diaye entre dans le détail d’une « bestialisation » horrifique qui n’épargnait ni les femmes
ni les enfants et devait s’accompagner d’une politique de « castration massive ». Une culture prédatrice qui saigna littéralement
l’Afrique noire : pour l’auteur, il n’y a aucun doute, le retard économique du continent s’explique par l’esclavagisme. A quand une
repentance arabo-musulmane pour les dix-sept millions d’Africains déportés durant dix siècles ?
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