L'éditorial de Guy TIROLIEN
La sagesse de nos anciens, reprise par Socrate nous enseigne et nous exhorte à n
ous connaître nous-mêmes si nous voulons connaître Dieu et l'univers. Or la
connaissance de nous-mêmes passe par l'étude de notre histoire : il nous faut
remonter les escaliers du temps pour mieux escalader notre présent. Il s'agit
d'une entreprise difficile périlleuse car tout au long de cette épopée nous
devrons faire face à nos propres démons, contempler face à face la dure réalité
d'expériences traumatisantes telle que la Traite des Noirs. Cependant, notre
passé ne se résume heureusement pas à cette triste époque qui a duré quatre
cents ans. Notre histoire ne commence pas à Gorée et elle ne se limite pas aux
périodes relativement récentes marquées par l'esclavage, la colonisation et la
néo-colonisation. Notre histoire remonte aux origines mêmes de l'humanité et de
la civilisation, en passant par l'Afrique notre continent d'origine. En effet,
contrairement à ce qui était enseigné hier encore à nos parents, nos ancêtres
ne sont pas les Gaulois. Pour la majeure partie d'entre nous nos ancêtres étaient
africains. Et les ancêtres de nos ancêtres étaient ceux-là mêmes qui ont donné
au monde la civilisation. En étudiant l'histoire glorieuse de nos aïeux et des
civilisations qu'ils ont fondées, nous entrons consciemment dans un processus
de désaliénation et de renaissance. Mais puisque cette histoire a été tronqué,
falsifiée par les blancs, soucieux d'affermir leur hégémonie, il sied que nous
les Noirs, réécrivions cette histoire "pour notre propre édification et pour
celle des autres" (C.A.Diop Nations Nègres et Culture. Tome I page 179.
Présence africaine).
La reconquête de notre histoire nous procurera la connaissance de nous-mêmes, de
notre véritable identité et contribuera de ce fait à jeter les bases d'une
civilisation de l'universel. En dehors de cette connaissance libératrice,
toute tentative visant à atteindre l'universel court à l'échec. La meilleure
façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel passe donc nécessairement
par la connaissance de notre histoire. Et il s'avère que cette histoire est belle,
valorisante, gratifiante. Par son étude, nous allons retrouver confiance en
nous-mêmes, en nos potentialités : nous, les noirs, nous pouvons encore
participer valablement dans l'avenir - comme par le passé - à l'édification
d'une civilisation humaine intégrale. Ce que la Grèce et Rome sont pour les
Européens, l'Égypte et l'Ethiopie le sont pour nous, les noirs, que nous soyons
de l'Afrique ou de la diaspora. Et de même que le discours historique a joué un
rôle déterminant dans l'asservissement de notre peuple, la fonction de la mémoire
historique va jouer un rôle fondamental dans le processus de notre rédemption.
Kaël
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