HAÏLE SELASSIE
Aussi longtemps que l'on remonte dans l'histoire du monde - tout au commencement
- on trouve l'Ethiopie, et à la tête de l'Ethiopie, un Roi. Au Xe siècle avant
Jésus-Christ, le Roi Ménélik I, fils du Roi Salomon et de la Reine de Sabah,
fonde la dynastie Salomonienne d'Ethiopie dont le dernier représentant sur le
trône fût Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassie I alias Ras Tafari, notre
contemporain. Entre Ménélik I et Haïlé Sélassie I, il y a donc 3000 ans
d'histoire et de gloire en Ethiopie.
Né en 1892 dans un petit village de la province du Harrar en Ethiopie,
Tafari - dont le nom signifie "il sera craint" - est le fils du ras
Makonnen et de la princesse Wozeiro Yashimabet. Il a pour tuteur un
guadeloupéen, en la personne du docteur Vitalien, médecin personnel
de Ménélik II. Très jeune encore, Tafari étonne tout le monde par la
pertinence de ses propos et la dignité de son maintien. Rapidement élevé au
rang de Ras, c'est-à-dire de Chef, puis de Régent, Tafari a joué un rôle
déterminant dans l'entrée de l'Ethiopie au sein de la société des nations
en 1923. Le 2 novembre 1930 il est couronné Empereur d'Ethiopie sous le nom
royal d’Haïlé Sélassie qui signifie "Pouvoir de la Trinité". Conformément à
la tradition Ethiopienne, il porte les titres christiques de "Lion vainqueur
de la tribu de Juda, élu de Dieu, Roi des Rois d'Ethiopie". Le 16 juillet 1931
Haïlé Sélassie I donne à l'empire éthiopien sa première constitution qui doit
permettre l'adaptation de l'Ethiopie au présent en même temps que la conservation
de son passé et la préparation de son avenir. Pendant les premières années de
son long règne - qui va durer un demi-siècle - la modernisation de l'Ethiopie
est à l'ordre du jour : le roi introduit en effet dans son pays l'aviation,
le papier-monnaie, le cinéma...
Mais la guerre italo-éthiopienne qui commence en 1935 fait entrave au développement de l'Ethiopie (l'Italie, qui ne s'est pas remise de la défaite infligée à Adoua en 1896 par Ménélik II à l'armée Italienne, envahit l'Ethiopie). Haïlé Sélassie I qui se confie dans le mécanisme protecteur de la sécurité collective doit cependant faire face, seul et abandonné de tous, à l'agression de l'armée Italienne. Après une résistance héroïque, il est contraint à l'exil, les Italiens ayant défait l'armée Ethiopienne grâce à l'utilisation massive de terribles gaz toxiques à base d'ypérite et de phosphore. L'Ethiopie est occupée mais non colonisée car dans la personne du roi qui a refusé l'armistice, elle préserve son indépendance et sa souveraineté multi millénaire (seul pays d'Afrique jamais colonisé). D'ailleurs la résistance continue et le Négus, c'est-à-dire le roi, en est le chef. Le 30 juin 1936 Haïlé Sélassie I se rend à Genève, à la tribune de la Société Des Nations où il prononce son fameux discours condamnant l'immobilisme des démocraties occidentales et prophétisant l'avènement de la seconde guerre mondiale en ces termes : "aujourd'hui, c'est nous ; demain ce sera vous". À ce moment il incarne -dira-t-on plus tard- la conscience du monde. En 1940, l'attaque de la France par l'Italie lui donne l'occasion d'offrir à l'Angleterre la participation de l'Ethiopie à la guerre contre l'Italie et le 5 mai 1941, c'est triomphalement qu'il rentre à Addis-Abeba avec l'aide des Anglais : le lion de Juda a vaincu ! Transcendant l'esprit de vengeance, il conjure son peuple à ne pas rendre le mal pour le mal et se consacre tout entier à la reconstruction de l'Ethiopie. Le 3 novembre 1955, à l'occasion du 25e anniversaire de son couronnement, il révise la constitution de l’empire dans le but dit-il, de consolider les points acquis et de préparer la voie à de futurs progrès, notamment en rompant l'isolement de l'Ethiopie et en ouvrant celle-ci au monde extérieur. À Cette époque, Haïlé Sélassie I a atteint une stature internationale jamais égalée par ses prédécesseurs et qui le place très haut parmi ses contemporains. En 1963 il fonde l'Organisation de l'Unité Africaine et réunit à Addis-Abeba 32 chefs d’états africains pour une conférence au sommet. Il est désormais salué comme le "Père de l'Afrique". Paradoxalement, vers la même époque, son pouvoir commence à être discuté en Ethiopie par les intellectuels gagnés au marxisme, qui reprennent à leur propre compte la propagande fasciste visant à diaboliser l'empereur, propagande bientôt relayée par la presse internationale. Ainsi, on proclame que le roi donne à manger à ses lions pendant que son peuple meurt de faim. En 1974 c'est la révolution et avec la chute de l'empereur, c'est tout l'empire qui s'écroule et qui sombre sous le régime totalitaire du Derg, surnommé le "Négus Rouge". Un an plus tard une nouvelle terrible stupéfie le monde entier : le Négus Haïlé Sélassie I Roi des Rois d'Ethiopie, est mort... Privé de sa lumière, l'Ethiopie cherche désormais comme à tâtons le bonheur promis par la révolution, à travers les voies du centralisme, du pluralisme, du fédéralisme. Peut-être est-ce le moment de réhabiliter l'empereur, dont le plus grand tort, semble-t-il, est celui d'avoir été un peu trop en avance sur son temps, selon qu'il a été dit par les anciens : "le fruit qui mûrit le premier devient la pâture des oiseaux".
Kaël
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